Fin du placement syndical - La CCQ promet d’avoir les chantiers à l’oeil

Près de 40 ans après la publication du Rapport de la Commission Cliche, «l'employeur aura droit de sélectionner qui il veut», a dit la vice-présidente Services aux partenaires de la CCQ, Josée Fortier.
Photo: - Le Devoir Près de 40 ans après la publication du Rapport de la Commission Cliche, «l'employeur aura droit de sélectionner qui il veut», a dit la vice-présidente Services aux partenaires de la CCQ, Josée Fortier.
L’industrie de la construction du Québec sera ébranlée lundi prochain par une révolution : le placement syndical sera conduit à l’échafaud.

La Commission de la cons-truction du Québec (CCQ) gardera à l’oeil dès cet instant les sympathisants de l’ancien régime cherchant à contourner les nouvelles règles d’embauche sur les chantiers. « Ceux qui voudront contourner le système, on va documenter [leurs manigances] et on va les poursuivre ! », a lancé la p.-d.g. de la CCQ, Diane Lemieux, jeudi, dans une entrevue avec Le Devoir. Mais, dans un premier temps, on veut que les gens adhèrent et se conforment au nouveau système. On ne veut pas écoeurer le monde. »

Elle compte sur la collaboration de tous les acteurs de l’industrie, y compris les associations syndicales les plus récalcitrantes à l’abolition du placement syndical, c’est-à-dire la FTQ-Construction et le Conseil provincial des métiers de la construction (International).

Les employeurs auront la mainmise sur l’embauche de leurs travailleurs. Ils disposeront d’une nouvelle base de données virtuelle, le Carnet référence construction. Celui-ci renfermera les fiches des quelque 165 000 travailleurs de la construction.

Près de 40 ans après la publication du rapport de la commission Cliche, « l’employeur aura droit de sélectionner qui il veut », a fait valoir la vice-présidente des Services aux partenaires de la CCQ, Josée Fortier.

« Les employeurs devront déclarer leurs besoins de main-d’oeuvre au sein du Carnet », a-t-elle spécifié. Fini les cachettes.

Les associations syndicales titulaires d’un permis de référence de main-d’oeuvre auront ensuite l’occasion de proposer leurs propres listes de candidats à l’employeur.

« [Encadrant] le moment où les syndicats peuvent parler aux employeurs », le nouveau système de référence vise à casser « des dynamiques où [certains syndicats] imposaient des travailleurs aux employeurs », a indiqué la vice-présidente du Service à la clientèle et développement de la CCQ, Audrey Murray. « Mais ce n’est pas la CCQ qui se met à faire du placement », a-t-elle insisté.

Avertissement

Mme Lemieux a rappelé à la mémoire la commission Cliche (1975) et la commission Lesage (2005). Les juges Cliche et Lesage avaient tour à tour dénoncé des syndicats qui font la pluie et le beau temps sur les chantiers, notamment grâce au placement.

Mme Lemieux ne s’inquiète pas que moins de 10 % des travailleurs (15 000 personnes sur 165 000) aient bonifié leur profil professionnel dans le Carnet puisque de 80 % à 85 des embauches « sont faites entre un employeur et un travailleur qui se connaissent déjà ».

Elle réitère toutefois un avertissement : l’industrie de la construction sera « jugée » durement par la population si certains de ses acteurs prédominants « boudent » le Carnet référence construction. « Le placement syndical mixé à l’intimidation a fait terriblement mal à l’industrie. Il faut maintenant rétablir sa réputation ! »

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