​Le contenu de l'entente entre Pétrolia et Hydro-Québec est enfin dévoilé

À l'île d'Anticosti, Hydro-Québec a cédé à Pétrolia la moitié de ses intérêts en ce qui a trait à 29 permis d’exploration et 25 % dans six autres permis d'exploration.
Photo: Le Devoir À l'île d'Anticosti, Hydro-Québec a cédé à Pétrolia la moitié de ses intérêts en ce qui a trait à 29 permis d’exploration et 25 % dans six autres permis d'exploration.

Après deux ans et demi de tergiversations, l’entreprise Pétrolia a finalement accepté de rendre publique l’entente intervenue avec Hydro-Québec lorsque cette dernière lui a cédé ses droits d’exploration sur l’île d’Anticosti, en 2008. Selon une estimation préliminaire, le sous-sol contrôlé par Pétrolia pourrait contenir plus de 30 milliards de barils de pétrole de schiste. Mais aucun baril d’or noir n’a jusqu’ici été extrait de l’île, malgré des années de recherche.

Selon ce qu’on peut lire dans le communiqué émis jeudi matin, Hydro-Québec et Pétrolia ont signé un total de trois ententes lorsque le gouvernement Charest a décidé d’abandonner la recherche pétrolière sur la plus grande île du Québec.

La principale, soit celle relative à la « redevance prioritaire » qui serait versée à Hydro-Québec en cas de production, prévoit une redevance progressive selon l’importance qu’aurait la production. Ainsi, Québec percevrait 1 % sur les premiers trois millions de barils de pétrole produits par l’ensemble des puits qui seraient forés sur Anticosti. Le taux passerait à 2 % sur la portion entre trois et dix millions de barils de pétrole produits, puis à 3 % sur la portion qui excède 10 millions de barils produits.

Fait à noter, ce taux ne s’applique pas sur la valeur brute de la ressource. Selon les détails précisés dans un communiqué d’Hydro-Québec, la redevance s’appliquera « sur le prix moyen des raffineurs, nette des redevances gouvernementales et des coûts de transport ». Pour le moment, on ne sait pas quel serait le montant reçu des raffineurs, ni quelle pourrait être la redevance exigée par l’État, et on ignore quels seraient les coûts de transport.

Réseau de pipelines

Chose certaine, il serait nécessaire de construire un réseau de pipelines sur l’île, mais aussi un port pour charger des pétroliers qui navigueraient sur le Saint-Laurent. On ne sait pas non plus si le pétrole serait raffiné au Québec. Avec l’arrivée de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta par pipelines, les deux seules raffineries du Québec auraient déjà trop de pétrole à raffiner.

Par ailleurs cette redevance s’applique uniquement sur la portion des intérêts cédés par la Société d’État à l’entreprise privée, soit 50 % d’intérêt dans 29 permis et 25 % d’intérêt dans six permis. L’autre portion était déjà contrôlée par le secteur privé. On ne sait pas, pour le moment, quel secteur pourrait receler une ressource pétrolière exploitable. La superficie de l’île cédée correspond à 6300 km2.

Fracturation en 2014

Pour cela, Pétrolia devra mener davantage de travaux d’exploration. Elle a d’ailleurs récemment fait valoir qu’elle souhaitait mener des opérations de fracturation sur Anticosti dès 2014, en ayant recours au gaz naturel. Cette technique n’a jamais été employée au Québec et on ignore ses impacts environnementaux. Une première exploitation serait envisageable d’ici 2016.

En ayant recours au gaz, Pétrolia estime qu’elle n’aura pas à construire des infrastructures de traitement d’eaux usées sur la plus grande île du Québec. Le président de l’entreprise estime en outre qu’il sera possible de « récupérer tout le gaz » — du propane — injecté sous forte pression à des centaines de mètres de profondeur pour fracturer le sous-sol.

Et en cas d’exploitation pétrolière sur l’île, il faudrait forer des milliers de puits. Selon une analyse produite par l’ingénieur géologue Marc Durand, les pétrolières devraient forer 12 000 à 15 000 de ces puits pour espérer extraire de 2 % à 3 % des possibles ressources d’or noir d’Anticosti. En plus des plateformes de forage, l’exploitation nécessiterait la construction de routes, d’oléoducs, de gazoducs et d’au moins un port.

Mais la présence d'un éventuel gisement pétrolier demeure pour le moment hypothétique. La Société québécoise d'initiatives pétrolières a échoué dans ses tentatives pour trouver un gisement sur l’île d’Anticosti au cours des années 1970, même si les tests indiquaient la présence de pétrole. Hydro-Québec Pétrole et Gaz, mise sur pied par les péquistes en 2002, n’a pas eu plus de succès sur l’île. Hydro-Québec Pétrole et Gaz n’aurait pas ciblé la bonne formation géologique en 2005, selon ce qu'a déjà expliqué au Devoir un ancien ingénieur de la Société d'État aujourd'hui à l'emploi d'une pétrolière active sur Anticosti. La formation géologique du Macasty, où des traces d'or noir avaient été détectées, est celle que les pétrolières Junex et Pétrolia ciblent désormais.

Cadre réglementaire

Le gouvernement Marois a l’intention de laisser les pétrolières aller de l’avant avec l’exploration, mais en leur imposant un cadre réglementaire « rigoureux ». Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, s’est d’ailleurs montré ouvert à la fracturation. « Il faut être cohérent. On ne peut dire qu’on veut permettre l’exploration, mais qu’on ne permettra pas la fracturation. Ce n’est pas logique », a-t-il fait valoir au Devoir en mai dernier.

C’est seulement une fois que les entreprises auront mené l’exploration sur Anticosti que le gouvernement mandatera le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour étudier les risques de l’exploitation. On ignore totalement combien de forages et d’opérations de fracturation seront nécessaires avant de statuer sur la possibilité d’extraire du pétrole.

Entente secrète

Le Devoir avait révélé en février 2011 l’existence d’une entente secrète entre la Société d’État et Pétrolia. La pétrolière a toujours refusé de rendre publique cette entente. Les libéraux et les péquistes ont soutenu par la suite qu’ils ne pouvaient légalement forcer Pétrolia à rendre le document public. L’entreprise a finalement annoncé au printemps qu’elle acceptait de divulguer les éléments contenus dans cette entente.

Après la cession des permis d’Hydro-Québec à Pétrolia, des employés de la division pétrole et gaz de la Société d’État ont été embauchés par Pétrolia. C’est le cas de Bernard Granger, aujourd’hui inscrit comme lobbyiste pour la pétrolière. Jusqu’en 2010, il était chef géologue chez Hydro-Québec Pétrole et gaz, et ce, depuis 2006. Il a travaillé vingt ans à la Société québécoise d’initiatives pétrolières, où il a occupé les postes de chef géologue,

Jeudi, Pétrolia avait neuf lobbyistes inscrits au registre québécois. Leur mandat vise notamment « à promouvoir l’établissement d’un cadre réglementaire et fiscal, pour le secteur des hydrocarbures qui soit compétitif par rapport aux autres juridictions en Amérique du Nord ». La pétrolière « encourage le gouvernement à participer financièrement au développement du secteur des hydrocarbures ».

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