Détecter les crises économiques grâce à Google

Une femme effectue une recherche à l’aide du fureteur Google, dont le logo est réfléchi dans son œil.
Photo: Karein Bleir Une femme effectue une recherche à l’aide du fureteur Google, dont le logo est réfléchi dans son œil.

Les gouvernements au Canada auraient pu être prévenus de l’arrivée de la crise trois mois plus tôt, s’ils ne s’étaient pas contentés d’attendre les statistiques officielles, mais s’étaient aussi fiés aux utilisateurs de Google et des modes de paiement électroniques, constate l’Institut C.D. Howe.

 

Même un mois après la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers, le premier ministre Stephen Harper continuait d’affirmer que le Canada saurait éviter la récession et qu’il mènerait même les pays du G7 au chapitre de la croissance économique, rappelle Greg Tkacz, économiste de l’Université St Francis Xavier d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse, dans une note d’une vingtaine de pages dévoilée mercredi par l’Institut C.D. Howe. Il faut dire à sa décharge que les données les plus récentes dont il disposait sur produit intérieur brut (PIB) remontaient alors au mois d’août, qui avait été plutôt positif pour l’économie canadienne. La crainte que quelque chose de grave était peut-être en train de se passer ne commencera pas à transparaître à Ottawa avant la fin du mois de novembre cette année-là, soit au moment même - comme on allait l’apprendre plus tard - où le pays entrait officiellement dans la Grande Récession.

 

On aurait pu voir venir la catastrophe jusqu’à trois mois d’avance si l’on avait porté attention à l’augmentation marquée du nombre de fois où des Canadiens entraient, au même moment, les mots « récession » ou « emplois » dans le moteur de recherche Google, constate aujourd’hui Greg Tkacz. Un autre bon indicateur aurait été la baisse importante du volume et du montant des transactions électroniques effectuées par carte de débit et de crédit, de même que par chèques.

 

Une mine d’informations

 

« À l’évidence, et vu la rapidité avec laquelle l’économie s’est détériorée en 2008, un accès à des données en temps réel aurait permis aux dirigeants politiques de reconnaître la crise et d’y répondre plus vite », observe l’économiste. Or, les progrès technologiques des 10 ou 20 dernières années amènent aujourd’hui la production continue de plus de données électroniques - notamment économiques - que les analystes ne peuvent en digérer.

 

Des experts ont, par exemple, remarqué que le nombre de recherches sur Internet avec les mots-clés « marché immobilier » ou « prix du logement » pouvait être un bon indicateur des intentions des acheteurs et des vendeurs en ce domaine. Des banques centrales auraient même commencé à explorer la possibilité d’utiliser les statistiques du moteur de recherche Google pour dresser leurs prévisions sur le marché du travail.

 

Le grand avantage, dit le C.D. Howe, de ces données électroniques est qu’on peut les recevoir en temps réel alors qu’il faut deux bons mois aux agences gouvernementales pour établir une première mesure fiable du PIB. Un autre avantage est que ces données ne coûtent pas cher et qu’elles peuvent facilement être circonscrites autour d’un pays, d’une région ou même d’une ville, si leur nombre est suffisant. Elles ouvrent la possibilité d’obtenir une première forme de mesure de tous ces phénomènes qui ne font pas l’objet de statistiques officielles.

 

Attention

 

En revanche, ces nouvelles sortes de données ont aussi leurs limites et doivent être utilisées avec beaucoup de prudence.

 

Au premier regard, les statistiques de Google feraient croire qu’un cataclysme a frappé le marché du travail en octobre 2011, alors que l’explosion du nombre de recherches du mot anglais « jobs » était, cette fois, liée au décès du célèbre président fondateur d’Apple. Comme les jeunes se retrouvent plus souvent que les autres sur Internet, il ne faut pas s’étonner, non plus, que le nombre de certaines recherches sur Google tende à baisser avec la fin de l’année scolaire.

 

Toutes ces technologies sont surtout bien nouvelles, souligne Greg Tkacz. Trop récentes, notamment, pour pouvoir tester leur fiabilité comme outils de mesure sur les cycles économiques passés. L’économiste préfère d’ailleurs toujours des indicateurs plus traditionnels pour prévoir ces cycles à moyen terme.

 

« Nous en sommes encore aux balbutiements de l’analyse de ces nouveaux indicateurs, conclut-il. À mesure que nous apprendrons à mieux les comprendre, ils serviront de plus en plus dans la surveillance de nos économies. »

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