Sans-fil - Le retrait de Verizon n’est pas un échec, dit James Moore

Alors que le chef de la direction de Verizon affirme que la compagnie n’a « jamais sérieusement envisagé » d’investir au Canada, le ministre fédéral de l’Industrie dit qu’Ottawa n’est pas en train d’explorer l’intérêt des autres gros joueurs à l’étranger.

 

Lors d’un entretien accordé au Devoir au lendemain de l’annonce de Verizon - que plusieurs voyaient comme un éventuel quatrième acteur pancanadien dans l’industrie du sans-fil -, James Moore a dit que l’absence de Verizon à la vente de spectre ne traduit « pas nécessairement » par un échec de la stratégie fédérale visant à stimuler la concurrence.

 

Le 14 janvier 2014, le gouvernement va mettre aux enchères du spectre de 700 MHz, qui perce les murs épais et voyage dans les tunnels. Pour les fournisseurs de services, la date limite pour le dépôt des demandes a été fixée au 17 septembre.

 

« Nous verrons ce qui va se passer en septembre et en janvier. Rappelez-vous qu’en 2008 [lors de la précédente vente aux enchères de spectre sans fil], on ne connaissait pas tout ce qui passait en coulisse », a dit M. Moore, qui était de passage à Québec et multipliait les entrevues.

 

« Sans doute que les joueurs canadiens et que d’autres à l’étranger, outre Verizon, sont en train d’analyser le processus afin d’engager des sommes », a ajouté James Moore, arrivé en fonction au mois de juillet.

 

Des informations parues dans le Globe and Mail au cours de l’été faisaient état d’une offre d’achat de 700 millions de Verizon pour Wind Mobile - le plus influent des nouveaux joueurs hors Québec - et de pourparlers visant l’acquisition de Mobilicity. Le Globe a écrit que ce scénario est survenu à la suite d’une rencontre entre Verizon et du personnel d’Industrie Canada au mois de mai.

 

Pas le rôle d’Ottawa

 

Invité à dire si son gouvernement a contacté d’autres gros joueurs pour sonder leur intérêt à participer à la vente aux enchères, M. Moore a été catégorique. « Non. Ce n’est pas le rôle d’un ministre ou d’un gouvernement de choisir les entreprises qui vont connaître du succès sur notre marché. Notre rôle s’apparente davantage à celui d’un commissaire de la Ligue nationale de hockey qui établit les règles du jeu. »

 

Comme en 2008, la vente aux enchères aura ceci de particulier que des blocs de spectre seront réservés spécialement pour les nouveaux joueurs. Le gouvernement fédéral affirme depuis longtemps que le but est de « favoriser la présence d’au moins quatre fournisseurs de services sans fil dans chaque région du pays ».

 

Disant avoir bâti eux-mêmes l’infrastructure canadienne, Bell, Telus et Rogers ont dénoncé au cours des derniers mois que « nouveau joueur » pouvait aussi vouloir dire « joueur venu de l’étranger ». Cette campagne a reçu l’appui des syndicats. M. Moore a dit que Verizon a probablement trouvé ça « étrange ».

 

Des intentions exagérées

 

Or, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers mardi, le chef de la direction de Verizon, Lowell McAdam, a dit que la couverture médiatique des présumées intentions de sa compagnie avait dépassé la réalité.

 

« Nous avons regardé ça [le marché canadien],mais nous n’avons jamais sérieusement envisagé le geste. Et en ce moment, ce n’est pas dans nos plans », a dit M. McAdam.

 

La direction de Verizon en a plein les bras ces jours-ci, ayant tout juste convenu de verser 130 milliards $US au géant européen Vodafone pour racheter la part de 45 % que celui-ci détenait dans leur coentreprise Verizon Wireless.

 

Verizon Wireless est le plus gros acteur du marché américain, avec un bassin de plus de 100 millions de clients. Il est suivi de AT T Mobility, Sprint et T-Mobile USA.

 

Des titres en hausse

 

Les investisseurs ont vu d’un oeil positif le fait que Verizon n’ait pas l’intention de mettre le pied au Canada. Les actions de Bell, Rogers et Telus ont grimpé de 4 %, 7 % et 6,8 % respectivement.

 

Le syndicat Unifor, né de la fusion des TCA et du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier, s’est réjoui de l’absence de Verizon. Son président, Jerry Dias, croit que le geste « est probablement dû à la résistance des syndicats, des entreprises et des défenseurs de la vie privée canadiens ».

 

Le problème n’est pas Verizon, selon lui. « Nous sommes aux prises avec une absence flagrante de stratégie industrielle en ce qui concerne nos télécommunications nationales, cette infrastructure essentielle qui nous lie d’un océan à l’autre. »

À voir en vidéo