La qualité des emplois s’améliore moins vite dans les régions

L’analyse par régions permet de constater que l’amélioration de la qualité des emplois a été particulièrement marquée dans les régions de Québec et de Gatineau.
Photo: - Archives Le Devoir L’analyse par régions permet de constater que l’amélioration de la qualité des emplois a été particulièrement marquée dans les régions de Québec et de Gatineau.

Les régions ressources n’ont pas profité de la même amélioration de la qualité des emplois que celle observée dans le reste du Québec depuis une quinzaine d’années.

 

La proportion de travailleurs occupant un emploi de faible qualité en Gaspésie, en Mauricie ou en Abitibi a moins diminué, entre 1997 et 2011, que dans la région de Montréal, à Québec ou dans l’Outaouais, constate l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dans une étude dévoilée mardi. Cette proportion a reculé de seulement 4,2 points de pourcentage (de 37,4 à 33,2 %) dans les régions ressources, presque moitié moins que la diminution moyenne de 7,6 points au Québec (de 37,1 à 29,6 %). L’augmentation de la proportion d’emplois de qualité élevée y a aussi été deux fois moins grande, avec une amélioration de seulement 2,3 points de pourcentage (de 26,0 à 28,2 %) contre une augmentation totale de 5,2 points (de 26,4 à 31,6 %) à l’échelle du Québec.

 

Bien que riche en données inédites, l’étude ne permet pas d’expliquer cette différence de performance entre les régions, a noté en entretien téléphonique au Devoir l’un de ses auteurs et analyste en statistique du travail à l’ISQ, Luc Cloutier-Villeneuve. Elle tient sans doute, entre autres, à leurs tissus industriels qui ne sont pas les mêmes.

 

Cet écart semble cependant fortement lié au fait que l’amélioration de la qualité des emplois au Québec s’observe surtout chez les jeunes travailleurs et que la population des 15 à 24 ans a chuté de 26 % (de 165 000 à 122 000) dans l’ensemble des régions ressources depuis 1997. À l’inverse, le nombre des 55 à 64 ans y a fortement augmenté (+ 72 %) alors même que les travailleurs de 45 ans et plus des régions ressources constituaient l’un des rares groupes à avoir vu la qualité de ses emplois se dégrader en 15 ans.

 

« D’autres facteurs sont en cause, bien sûr, mais on semble clairement devant l’un des effets du problème de l’exode des jeunes des régions ressources », observe Luc Cloutier-Villeneuve.

 

Le Québec se démarque

 

Cette situation des régions ressources apporte un bémol à une histoire qui, sinon, au Québec, s’avère beaucoup plus heureuse qu’on ne le croit généralement. En un mot, « le marché du travail québécois s’est amélioré de façon appréciable au cours de la période 1997-2011 », rapporte l’ISQ.

 

Le taux de chômage est passé d’une moyenne de 10,1 % à 8,1 %. La proportion de personnes en âge de travailler qui occupent un emploi (taux d’emploi) compte, à 71 %, parmi l’une des plus élevées des économies développées. Le salaire horaire moyen a augmenté de 8,6 % même en tenant compte de l’inflation. Sans parler du fait, déjà évoqué, que la proportion d’emplois de qualité élevée (31,6 %) dépasse désormais celle des emplois de faible qualité (29,6 %).

 

L’ISQ définit les emplois de qualité comme ceux dont le salaire en 2013 est d’au moins 18,12 $ l’heure, qui sont permanents et à qualification élevée, dont les horaires à temps plein sont de 30 à 40 heures par semaine, mais qui peuvent aussi être à temps partiel, à condition que ce soit volontaire. Les emplois jugés de faible qualité sont temporaires, rapportent un salaire inférieur, emploient des gens peu qualifiés ou surqualifiés et forcent à travailler à temps partiel ou plus de 41 heures par semaine. Les emplois jugés de qualité moyenne présentent un mélange de ces traits.

 

Par régions et par sexes

 

L’analyse par régions permet de constater que l’amélioration de la qualité des emplois a été particulièrement marquée dans les régions de Québec et de Gatineau. On peut voir aussi qu’il n’y a pas que des mauvaises nouvelles dans les régions ressources, la Gaspésie comptant, par exemple, comme l’une des régions où le taux d’emploi a le plus augmenté.

 

Une large partie de cette amélioration générale de la situation semble étroitement liée à l’accroissement de la présence des femmes dans le marché de l’emploi, à la hausse de leur niveau de qualification et à leurs meilleures conditions de travail.

 

Elles accusent néanmoins toujours un retard à ce chapitre en dépit de leur rattrapage rapide.

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