La grève du hamburger

À Los Angeles, une employée d’un restaurant McDonald’s manifeste avec des collègues devant un Burger King. Des milliers de travailleurs de la restauration rapide ont fait la grève jeudi, réclamant de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.
Photo: Agence France-Presse (photo) Robyn Beck À Los Angeles, une employée d’un restaurant McDonald’s manifeste avec des collègues devant un Burger King. Des milliers de travailleurs de la restauration rapide ont fait la grève jeudi, réclamant de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

Pendant que des employés de McDonald’s manifestent le désir d’une amélioration des conditions de travail aux États-Unis, la CSN n’exclut pas de renouer un jour avec les efforts de syndicalisation dans le secteur de la restauration rapide, comme ce fut le cas il y a une douzaine d’années.

 

Invité à commenter le mouvement de protestation dans plusieurs grandes villes américaines des rassemblements appuyés par les grands syndicats, le président de la CSN a reconnu que son organisation a entamé une réflexion, mais que le roulement de personnel dans ce secteur est un obstacle.

 

« Ça fait partie d’un débat qu’on est en train de mener en préparation de notre prochain congrès, a dit Jacques Létourneau. Ce n’est pas facile, mais ultimement, le droit à la syndicalisation s’applique aussi à ces gens-là, et peut-être qu’il faudrait prendre un autre chemin que celui du dépôt traditionnel d’une requête en accréditation qui se fait employeur par employeur. »

 

Il y a 13 ans, un syndicat affilié à la CSN a réussi à syndiquer le restaurant McDonald’s situé au 1224, rue Peel, au centre-ville de Montréal. En 2001, il a fermé ses portes, le propriétaire affirmant qu’il faisait face à une hausse de loyer.

 

Toujours en 2001, la même chose s’est produite à Rawdon, mais le roulement de personnel a fait en sorte qu’un an et demi plus tard, une demande de révocation a entraîné la disparition du syndicat.

 

La FTQ, de son côté, a tenté de syndiquer un McDonald’s à Saint-Hubert en 1997, mais l’affaire s’est vite retrouvée devant les tribunaux, et le restaurant a fermé ses portes en 1998.

 

« C’est un secteur qui est pas mal difficile à syndiquer à cause du roulement de la main-d’oeuvre, a dit Jacques Létourneau. Et ce ne sont pas des employeurs très, très ouverts à la syndicalisation. […] Pour organiser un tel mouvement [comme aux États-Unis], il faudrait que ça vienne directement des gens qui travaillent dans le secteur de la restauration. Et si c’était le cas, il est certain qu’on les appuierait. »

 

Au sud de la frontière

 

Les organisateurs du mouvement de grève ont affirmé jeudi qu’il s’agit d’un événement sans précédent. Outre le désir de se syndiquer, les travailleurs demandent à être payés 15 $ de l’heure, soit plus du double de l’actuel salaire minimum de 7,25 $ versé par de nombreux restaurants. Ils veulent pouvoir se syndiquer.

 

À New York, les manifestations ont commencé dès 6 h 30 du matin.

 

« Ils font des millions [de profits] à partir de notre travail, ils peuvent nous payer plus », a dit à l’AFP Shaniqua Davis, 20 ans, mère d’un enfant de 1 an. Elle gagne entre 71 $ et 150 $ par semaine dans un McDonald’s du Bronx.

 

Le mouvement, qui avait démarré en novembre à New York avec 200 grévistes, s’est depuis élargi. Jeudi, les organisateurs ont annoncé des grévistes dans 60 villes, dont New York, Boston, Chicago, Denver, Detroit, Hartford, Houston, Los Angeles, Memphis, Milwaukee, Oakland, Seattle ou Tampa.

 

Le salaire médian des employés de fastfood - une industrie de 200 milliards - est de 18 500 $ par an, en dessous du seuil de pauvreté (23 000 $ pour une famille de quatre).

 

L’Association nationale des restaurateurs a souligné jeudi que la restauration était « une industrie d’opportunités. Seulement 5 % des employés de restaurant gagnent le salaire minimum, et ceux-là sont majoritairement employés à temps partiel. Et la moitié sont des adolescents », a-t-elle affirmé.

 

 

Avec l’Agence France-Presse

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