Étudier rapporte moins qu’avant

L’écart de revenus entre un diplômé universitaire et celui qui n’a terminé que ses études secondaires tend à se rétrécir.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’écart de revenus entre un diplômé universitaire et celui qui n’a terminé que ses études secondaires tend à se rétrécir.

Le Canada enregistre une offre excédentaire de diplômés postsecondaires. Les avantages associés aux études supérieures tendent donc à s’amenuiser et le différentiel de revenu, à se rétrécir. D’autant que nombre de diplômés ont dû s’endetter et qu’ils font trop souvent fi de la rémunération projetée dans leur choix de champs d’études.

 

Selon les auteurs du rapport de Marchés mondiaux CIBC, « l’amenuisement des écarts positifs ayant trait aux emplois et aux revenus associés aux études supérieures signifie qu’en moyenne, le Canada enregistre une offre excédentaire de diplômés postsecondaires ». L’économiste en chef adjoint Benjamin Tal et l’économiste Emanuella Enenajor, de la Banque CIBC, font également ressortir que « la proportion d’adultes canadiens titulaires d’un diplôme postsecondaire est la plus élevée de tous les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques et que le coût de ces études représente environ le double de la moyenne de ces pays. Cependant, […] la proportion de diplômés universitaires canadiens gagnant moins que la moitié du revenu médian national étant la plus élevée de tous les pays de l’OCDE », peut-on lire.

 

Les avantages associés aux études supérieures tendent donc à disparaître. D’abord, au chapitre de l’emploi. Le taux de chômage d’un diplômé universitaire n’est plus que de 1,7 point de pourcentage inférieur à celui détenant un diplôme d’études secondaires, et que de 0,7 point sous celui d’un détenteur d’un diplôme d’études collégiales. À la fin des années 1990, cet écart pouvait atteindre les 5 points. Au niveau de la maîtrise et du doctorat, l’écart positif par rapport à un baccalauréat devient négligeable.

 

Ensuite au niveau de la rémunération. Certes, un baccalauréat peut se traduire par un revenu de 30 % supérieur à celui d’un diplômé du secondaire. Il faut ajouter 15 % pour une maîtrise ou un doctorat. En contrepartie, les frais universitaires ont augmenté au taux annuel de 4 % à l’échelle canadienne au cours des cinq dernières années. Selon l’institution, le coût d’un baccalauréat est en hausse de près de 25 % depuis 2007, soit plus de quatre fois la hausse de l’inflation. Or, au cours de la dernière décennie, « les salaires hebdomadaires réels des diplômés des niveaux secondaire et collégial ont progressé de 13 % contre 8 % chez les diplômés de premier cycle ». Cette progression représente plus du double du taux observé chez les titulaires d’une maîtrise ou d’un doctorat.

 

Il faut entrer dans l’équation le fait qu’environ la moitié des étudiants du baccalauréat doivent s’endetter pour obtenir leur diplôme. Et qu’un peu moins de la moitié de tous les étudiants récemment diplômés ont choisi un champ d’études composant les secteurs moins lucratifs, notent les économistes.

 

Conditions d’emploi détériorées

 

En juillet dernier, une étude cosignée par trois analystes de Statistique Canada et élargissant leur regard sur l’évolution de l’emploi chez les jeunes au cours des trois dernières décennies arrivait à la conclusion que « les jeunes Canadiens sont plus scolarisés et reportent davantage le moment de leur entrée sur le marché du travail. Mais, sauf exception, leurs conditions d’emploi se sont détériorées » durant la période étudiée.

 

Ainsi, les jeunes Canadiens de 15 à 34 ans affichent un niveau de scolarité plus élevé. Et ils sont toujours plus nombreux à suivre des études plus longtemps, prolongeant d’autant leur séjour chez leurs parents et reportant leur entrée définitive sur le marché du travail. Il est toutefois observé qu’en règle générale, la proportion des jeunes qui occupent un emploi à temps plein est à la baisse depuis 1976, et que « les jeunes travailleurs à temps plein avaient un salaire réel moins élevé en 2012 qu’en 1981 ». Le salaire horaire médian a chuté de 20 % en termes réels de 1981 à 1998. Il ne s’est repris que partiellement depuis 2000.

13 commentaires
  • Stéphane Doré - Inscrit 27 août 2013 07 h 45

    Deux hypothèses: délocalisation et blocage hiérarchique

    Le Canada a été fortement touché par la délocalisation des emplois industriels et technologiques. Or pour construire et faire tourner des usines il faut beaucoup de techniciens et d'ingénieurs.

    De plus encore énormément de postes plus haut placés dans directions d'entreprises et institutions publiques sont occupés par des baby boomers, lesquels seront à la retraite dans quelques années ou seraient déjà à leur retraite n'eut été la crise financière.

    On nous a répéter ad nauseam que le Canada manquait de main d'oeuvre qualifiée or voici que maintenant on aurait trop de diplômés!!? Soyons sérieux et surtout consistant.

    Dans mon livre à moi, les gens les moins fiables pour commenter sur des statistiques économiques sont bien les économistes des grandes banques. Ils ont toujours tout faux; et ne metteront jamais la faute où elle devrait aller, soit à la haute finance selon moi.

    • Yvan Dutil - Inscrit 27 août 2013 13 h 06

      Le discours du manque de diplomés vient de l'industrie. Le discours de la surqualification vient des sociologues. Le problème de l'industrie est quelle veut des experts hyper-pointus que le système d'éducation ne peut former.

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 27 août 2013 17 h 17

      @ Yvan : c'est pas juste ça, c'est qu'en disant faussement « il manque de diplômés », si ça augmente le nombre de diplômés, ça donne plus de choix aux entreprises, qui peuvent en profiter pour baisser les salaires, parce qu'à partir du moment où il y a trop de diplômés disponibles, ces diplômés ont moins le choix des emplois (tant que être chomeur est pas un choix acceptable) et vont accepter des salaires plus bas.

    • Yvan Dutil - Inscrit 27 août 2013 18 h 55

      Oui, cela joue. Dans le domaine de la haute technologie, c'est la recherche d'hyperspécialistes qui cause problème. Le pire c'est que les hyperspécialistes ont de bonnes chances d'être converti en administrateur après 5 ans de vie utile.

  • François-Luc Valiquette - Inscrit 27 août 2013 08 h 49

    Comme les temps changent

    S'instruire, c'est s'enrichir disait-on quand j'étais jeune.

  • Sylvain Auclair - Abonné 27 août 2013 09 h 46

    Dommage que cette statistique arrive maintenant.

    Vous vous imaginez l'effet que ça aurait eu pendant le printemps étudiant?!

  • André Michaud - Inscrit 27 août 2013 09 h 54

    Savoir choisir

    Il faut savoir choisir dans quoi on veut étudier.

    Moi qui était en philo au CEGEP , je n'ai pas fait l'erreur d'étudier la philo à l'université et m'endetter alors que le seul emploi disponible est ...prof de philo..

    Si on choisit des études ne débouchant pas sur un bon emploi, on doit assumer son choix..ou alors choisir autre chose.

    Ce n'est pas à société de s'adapter aux individus mais aux individus de s'adapter aux besoins de la société.

    • David Boudreau - Inscrit 27 août 2013 11 h 19

      S'il faut se plier à votre conformisme, nous récolteront une société aussi plate que votre commentaire.

    • David Boudreau - Inscrit 27 août 2013 11 h 36

      Il y a quelques jours, nous commémorions le "I have a Dream" de Luther-King. Ça vous dit quelque chose?

    • Annie Cloutier - Abonnée 27 août 2013 13 h 07

      Et si on se fie sur la situation sur le marché du travail au début des études on pourra bien choisir une formation qui ne sera plus intéressant 4 ans plus tard. Autre problème avec ça, si on choisit quelque chose qu’on n’aime pas vraiment, il y a des fortes chances que le travail plus tard nous rentre malheureux, et on devient dépressive avec tous les coûts.

  • France Marcotte - Abonnée 27 août 2013 12 h 38

    Soif de savoir

    Étudier a toujours rapporté quelque chose, le savoir.

    Le camelot qui m'apportait le Devoir jusqu'à récemment, un gars brillant de 25 ans, doué pour les langues et passionné des langues mortes (!), est parti faire son doctorat aux États (sur les langues mortes) et il n'en démord pas, rien n'aurait pu le dissuadé malgré des possibilités d'emploi presque nulles.

    Et, hum..., que feras-tu après ton doctorat si...

    Je me ferai postier m'a-t-il dit avec un grand sourire.

    Et nous avons ri de bon coeur.

    Il se peut même qu'il redevienne camelot si...