Wall Street se résigne à revivre d’autres pannes

Les courtiers ne pouvaient rien faire d’autre que d’attendre que la panne soit réparée.
Photo: Richard Drew Associated Press Les courtiers ne pouvaient rien faire d’autre que d’attendre que la panne soit réparée.

Après le gel sans précédent de toute activité pendant trois heures à la Bourse du Nasdaq, Wall Street semblait résignée à l’idée de voir des incidents similaires se reproduire dans un marché financier de plus en plus automatisé.

 

« La technologie fait désormais partie intégrante de notre travail », souligne Art Hogan, responsable de stratégies d’investissements à Lazard Capital Market. « On évolue dans un environnement où coexistent 13 plateformes d’échanges et une quarantaine de « dark pools », ces systèmes de négociation où les investisseurs passent des ordres dans l’anonymat, explique-t-il.

 

Les acteurs du marché « passent simultanément de multiples ordres, sur de multiples plateformes, en une fraction de secondes. Cela requiert un niveau de technologies quasiimpossible à décrire, explique-t-il. À un tel niveau de complexité, on ne peut que s’attendre à des défaillances technologiques ».

 

Jeudi après-midi, comme dans toutes les salles de marchés new-yorkaises, « on ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre que cela passe, et c’était très frustrant », raconte M. Hogan.

 

Mais chaque nouvel incident est aussi selon lui « source d’enseignement ». « Peut-être qu’à terme, cela permettra de développer des systèmes plus solides, moins sujets à des erreurs ».

 

Au lendemain de la suspension des cotations de toutes les actions en pleine séance, le directeur général du Nasdaq, Bob Greifield, tentait d’ailleurs vendredi de convaincre les acteurs du marché que son groupe s’engageait dans cette voie : « Nous passons beaucoup de temps et déployons beaucoup d’efforts à imaginer des scénarios dans lesquels nous nous trouvons face à des situations qui ne sont pas de notre ressort et à voir comment y répondre », a-t-il déclaré sur la chaîne d’informations CNBC.

 

Facebook et cyberattaque

 

Ce n’est pourtant pas la première fois que le Nasdaq fait face à des mésaventures technologiques. La plateforme a beaucoup été critiquée pour l’entrée en Bourse chaotique de Facebook en mai 2012 et a d’ailleurs accepté en mai de payer 10 millions de dollars d’amende, la plus élevée jamais infligée à une plateforme boursière. Elle a également reconnu avoir fait l’objet d’une cyberattaque à l’automne 2010.

 

« Il faut être juste et reconnaître que le Nasdaq n’est pas la seule plateforme à avoir subi des revers technologiques », soulignent dans une note les analystes de Trefis. Le marché électronique du New York Stock Exchange, Nyse Arca, « a largement été blâmé pour le krach éclair » de mai 2010 qui avait provoqué un plongeon de près de 10 % de l’indice Dow Jones en quelques minutes à la Bourse de New York, et en 2012, la plateforme électronique d’échanges boursiers BATS « avait été forcée d’annuler sa propre introduction boursière après un bug informatique », rappellent-ils.

 

En avril dernier, un incident technique avait aussi forcé le Chicago Board Options Exchange (CBOE), la plus grosse plateforme d’échanges d’options aux États-Unis, à débuter le courtage de contrats très populaires sur les marchés américains, comme l’indice S P 500 et l’indice VIX de la volatilité, avec plus de trois heures de retard.

 

« La multiplication de ces problèmes techniques est un mauvais présage pour le secteur financier dans son ensemble car ils sapent la confiance des investisseurs », avertissent les experts de Trefis.

 

L’interruption des cotations sur le Nasdaq survenue jeudi reste quand même « un événement exceptionnel qui a pris tous les acteurs du marché par surprise », rappelle Gaston Ceron, analyste à Morningstar.

 

« Les investisseurs s’attendent légitimement à pouvoir compter sur un système qui fonctionne normalement et il est possible que certains d’entre eux, face à tous ces incidents, révisent à la baisse leurs attentes, remarque-t-il. C’est un peu triste et pas vraiment bon pour les marchés américains car cela leur crée de la publicité négative. »

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