La rente longévité, un luxe que la société ne peut s’offrir

Claude Castonguay explique que le projet gouvernemental ne fera rien pour ceux qui prendront leur retraite au cours des prochaines années.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Claude Castonguay explique que le projet gouvernemental ne fera rien pour ceux qui prendront leur retraite au cours des prochaines années.

La rente longévité proposée par le rapport D’Amours ne va pas vraiment aider les deux millions de travailleurs qui prendront leur retraite sans l’appui d’un régime de retraite complémentaire, estime Claude Castonguay, qui a présenté jeudi un mémoire à la commission des Finances publiques.

 

L’ex-ministre libéral, qui a passé une partie de sa vie professionnelle dans le secteur de l’assurance, a repris les propos du milieu des affaires en disant lui aussi que la rente longévité serait pour les entreprises un fardeau que la société ne peut se permettre.

 

« Vous avez deux millions de personnes qui n’ont pas de régime complémentaire, 500 000 qui vont prendre leur retraite d’ici 10 ans, et pour elles, la rente longévité va faire à peu près zéro », a dit M. Castonguay.

 

« Au bout de 10 ans, elles auront une rente de 5 %, et non seulement n’auront-elles que ça, mais la rente va devenir payable 10, 12 ou 13 ans après leur retraite. La rente longévité ne sera pas tellement utile », selon M. Castonguay.

 

Le comité d’experts présidé par Alban D’Amours, ex-patron du Mouvement Desjardins, croit que la rente coûterait 4 milliards par année, financée à parts égales entre employeurs et travailleurs. Elle verserait des prestations à partir de l’âge de 75 ans, pour soulager les régimes à prestations déterminées. Puisqu’elle serait coordonnée avec les régimes en place, le coût réel serait de 2 milliards, croient-ils.

 

« Pour les employeurs, ça sera une augmentation des charges sociales, qui sont nombreuses et représentent des coûts élevés, a dit Claude Castonguay.

 

Pour l’économie, la rente signifierait une ponction de 54 milliards au bout de 10 ans, ce qui est le chiffre donné dans le rapport, et de 130 milliards au bout de 20 ans. Alors que très peu de prestations seront payées pendant les 10 premières années. […] Est-ce qu’on doit prendre ce risque-là pour une rente qui donnera des résultats dans 30, 40 ou 45 ans alors qu’une masse de travailleurs se dirigent vers la retraite avec un niveau de revenu insuffisant ? »

 

M. Castonguay, qui proposait en 2011 un REER obligatoire, soumet aujourd’hui l’idée d’un « régime complémentaire individuel » auquel les contribuables seraient automatiquement inscrits à l’âge de 35 ans, avec option de retrait. Le taux de cotisation serait d’environ 3 % et le gouvernement pourrait inciter la participation par l’entremise d’un « crédit d’impôt assez généreux ».

 

La commission a aussi entendu le président de Transcontinental, François Olivier. « L’idée est bonne, mais comment la financer ? Il va falloir faire attention à ne pas mettre trop de pression sur la compétitivité des entreprises. C’est à voir. »

 

« C’est une idée formidable » qui comporte néanmoins « certains défis », a dit Martin Dupras, de l’Institut québécois de planification financière. Elle permettrait de « mutualiser le risque de survie », lequel est « un risque qu’il faut gérer et circonscrire ».

6 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 16 août 2013 09 h 21

    Le pétrole d'Anticosti ?

    Il nous faudrait logiquement créer plus de richesse avant de donner plus.

    On oublie que la dette astronomique du Québec nous coûte des millions seulement en intérêt chaque jour..et que la population vieillit et quitte le milieu du travail qui crée la richesse..

    De plus il semble que cette mesure sera très peu efficace !! Un immense gaspillage comme le régistre des armes à feu?

  • Richard Lépine - Abonné 16 août 2013 09 h 24

    L'assurance de Castonguay

    Il ne faut jamais oublier que Monsieur Castonguay est très lié au milieu des assurances privées et que c'est à ce titre qu'il se prononce.
    Il faut toujours ajouter un bémol à ses discours concernant les régimes publics car ce pseudo (!allez vérifier, svp!) père de l'assurance-santé parle continuellemnt pour sa paroisse de "peddler" d'assurance privée depuis son départ du gouvernement.
    Richard Lépine

  • Martine Fortin - Inscrite 16 août 2013 11 h 22

    Retraites trop coûteuse.

    On doit s'ajuter aux conditions d'aujourd'hui. La médecine a rallongé l'espérance de la durée de la vie. On doit faire un virage avant de foncer dans le mur. Les syndicats, aveugles volontairement, devraient pourtant comprendre.

  • Claude Lafontaine - Abonné 16 août 2013 13 h 19

    Les problèmes, les solutions, les impacts

    Nous avons au moins deux gros problèmes:
    1) Une part importante des régimes de retraites à prestation déterminée ne passent pas le test de solvabilité suite aux mauvaises performances des marchés financiers en 2008-2009 et on ne voit pas l'heure de les renflouer alors que de plus en plus de cotisants sont sur le point de prendre leur retraite.
    2) Un pourcentage important de québécois n'ont pas régime de retraite complémentaire avec leurs employeurs ou privément et ne pourront compter que sur le RRQ et la PSV du fédéral (peut-être du suppl. de rev. garanti) pour vivre lorsqu'ils prendront leur retraite, ce qui ne leur permettra que de survivre, pas de bien vivre.

    La rente de longévité semble avoir été vue comme un moyen d'atténuer le premier problème, soit de forcer les travailleurs couverts par ce type de régime et leurs employeurs à alimenter un fonds de retraite additionnel qui génèrerait mais à partir de 75 ans seulement une rente de "rente de longévité" laquelle serait coordonnée à la première (celle du régime à prestation déterminée), ceci viendrait alléger le passif du premier fonds et permettrait de le ramener plus rapidement au niveau où il passerait le test de solvabilité. Mais à l'oeil ça ne ferait que le jeu des vases communiquants quant à l'effort monétaire demandé aux travailleurs et à leurs employeurs, puisque ce qu'on aurait pas à verser dans le premier fonds pour le reflouer il faudrait le mettre dans le second, mais ça règlerait le problème. Pourquoi cet artifice au lieu de centrer l'effort pour rétablir le fonds existant ? Est-c e qu'au net ça ne coûtera pas plus cher et que ce n'est certainement pas en augmentant les charges liées à ces fonds qu'on va régler le problème ?

    M.Castonguay a raison, imposer la rente de longévité à tous les travailleurs, ne règlerait pas le problème de ceux qui n'ont aucun régime de retraite complémentaire. Ça minimiserait cependant la charge de l'État pour soutenir ceux qui vivraient plus vieux que 75 ans.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 16 août 2013 21 h 00

    De l'imagination, SVP

    Il faudrait parler d'un RRQ bonifié. En effet, alors que le taux de cotisation d'équilibre au RRQ se situe désormais à 11,02 %, il est carrément irresponsable de le maintenir à 9,9 %. Les responsables de ce manque de vision économique doivent être durement fustigés.

    Le RRQ public doit être aménagé ou complémenté pour assurer à chaque Québécois un revenu de retraite acceptable sans s’en remettre au secteur privé, où de terribles magouilles se sont produites. Ce qu'il faut, c'est bonifier et élargir le Régime des rentes du Québec (RRQ), et non pas ouvrir les portes aux rapaces. C'est une question d'efficacité et de prudence.

    D'autre part, pour concurrencer ou remplacer les régimes privés à cotisations déterminées qui ne garantissent aucun rendement prévisible, et pour procurer un régime de retraite à ceux qui n’en ont pas (employés sans régime de retraite, travailleurs autonomes, personnes sans revenus de travail, etc), on pourrait mettre sur pied le Régime suivant.

    Il s’agirait d’un Régime public facultatif semblable au RRQ, géré par une régie étatique, qui recueillerait les cotisations des employés, des employeurs, des travailleurs autonomes, et de toute autre personne voulant investir dans sa retraite.

    Les sommes déposées dans ce Régime serviraient à établir des droits de rente au participant, rente indexée et calculée actuariellement selon l’âge de la personne au moment des cotisations et selon l’âge de la personne au moment de la retraite.

    • Claude Lafontaine - Abonné 17 août 2013 17 h 14

      De toute évidence le régime de rente longévité proposé par le comité d'Amours de même que le régime RVER (Régime Volontaire d'Épargne Retraite) préconisé par les Libéraux et la CAQ sont des régimes qui seraient gérés en secteur privé (compagnies d'assurance par ex.), ça veut dire une multitude de fonds gérés par plusieurs entreprises privées, ce qui veut dire duplication des charges, tandis qu'en faisant gérer ces fonds de retraite par la RRQ ou la QDPQ il y aurait gain d'efficacité.

      J'ai suivi un peu cette semaine le début de débats sur cette question en Commission parlementaire, il y a deux points qui sont ressortis clairement des préoccupations de Libéraux : Assurer un équilibre entre la part des fonds qui serait gérée par les compagnies privées et celle que gèreraient nos sociétés d'État, puis qu'elle ponction ces épargnes additionnelles forcées (nouveaux régimex de retraite complémentaire) feraient dans l'économie du Québec.

      Les compagnies d'Assurance elles sont d'accords avec l'implantation d'un ou l'autre de ces régimes (Longévité ou RVER) et surtout avec le fait que l'État oblige TOUS les employeurs à faire la promotion du type de régime qui sera finalement retenu, pourquoi ? ben tout simplement parce qu'elles se voient gérer ces nouveaux fonds et que forcer les employeurs à en parler à leurs employés ça leur évite de faire elles mêmes la PUB qu'elle devraient autrement faire pour accrocher cette future clientèle.

      Il est trop tôt dans les débats de cette commission parlementaire pour dire si il y a une véritable préoccupation pour aboutir à quelque chose d'optimal comme régime "pour les travailleurs et la collectivité" ou si les principlaes préoccupations des législateurs est ailleurs, mais ça part drôlement.