Agence Fitch - Le système bancaire canadien résisterait à une crise immobilière

La menace d’une crise immobilière a incité la Banque du Canada à inscrire le secteur immobilier en tête de liste des risques intérieurs pesant sur l’économie canadienne.
Photo: - Le Devoir La menace d’une crise immobilière a incité la Banque du Canada à inscrire le secteur immobilier en tête de liste des risques intérieurs pesant sur l’économie canadienne.
Les grandes banques canadiennes pourront probablement tenir le coup face à une crise immobilière, même sévère, bien qu’elles en ressentiraient tout de même les effets, selon l’agence de notation Fitch.

Les six plus grandes banques du pays - la Banque TD, la Banque Royale (RBC), la Banque de Montréal, la Banque CIBC, la Banque Scotia et la Banque Nationale - affichent toutes des ratios de capitaux propres/actifs bien supérieurs à ce qui est exigé en vertu des nouvelles exigences de Bâle III, ce qui leur permettrait de résister à un repli du secteur immobilier modéré ou sévère.

En cas d’éclatement d’une bulle immobilière, les ratios piqueraient du nez, pendant que la valeur des actifs hypothécaires des banques plongerait par rapport à leurs niveaux de prêts.

Les banques canadiennes avaient engagé quelque 730 milliards de prêts hypothécaires, auxquels s’ajoutent 182 milliards de marges hypothécaires en date du 31 janvier dernier.

Si les six banques canadiennes apparaissent financièrement solides, c’est en raison de la hausse de la valeur des maisons au Canada au fil des sept dernières années en dépit d’une économie tournant au ralenti, souligne Fitch. La situation aux États-Unis et en Europe était tout autre. Mais Fitch précise que les ratios prêt-valeur peuvent s’inverser rapidement lors d’une importante correction du marché immobilier.

« Fitch estime généralement que le prix des maisons au Canada est probablement près d’un plateau et pourrait présenter une certaine faiblesse à moyen terme », explique l’agence de notation américaine dans une étude publiée mardi. « Nous croyons qu’une correction plus forte que prévu pourrait traverser à des niveaux de qualité supérieure [actifs dont le risque est pondéré en fonction du risque], mettant ainsi de la pression sur les ratios de capital réglementaire à un moment où la hausse des pertes sur créances fera mal aux bénéfices non redistribués. » Cela dit, les réserves de fonds propres des banques seront suffisantes pour résister à un choc moyen ou sévère des prix immobiliers, conclut Fitch.

En début d’année, Moody’s avait fait le choix d’abaisser d’un cran la cote accordée aux titres de dette à long terme émis par des banques canadiennes, montrant du doigt le « niveau d’exposition grandissant des banques canadiennes envers l’endettement élevé des consommateurs et les prix élevés des propriétés résidentielles ». Standard Poor’s (S P) avait fait de même un mois plus tôt.

La menace d’une crise immobilière a incité la Banque du Canada à inscrire le secteur immobilier en tête de liste des risques intérieurs pesant sur l’économie canadienne.

Si certains chiffres, dont le prix des maisons, semblent tendre vers « l’atterrissage en douceur » tant espéré par les propriétaires, les économistes, les banquiers - et les politiciens -, d’autres, comme le nombre de permis de construire, laissent plutôt augurer l’éclatement imminent d’une bulle immobilière.

Le pourcentage des permis de construire délivrés dans le secteur résidentiel a reculé de 12,9 % en juin, tandis que celui des habitations à unités multiples - pour la plupart des copropriétés - a chuté de 18,8 %, a indiqué Statistique Canada la semaine dernière.

D’autre part, les investissements dans les terrains résidentiels de certains des plus importants marchés au Canada, dont Toronto, Vancouver et Calgary, ont respectivement plongé de 51, 52 et 30 %.

L’Association canadienne de l’immeuble (ACI) devrait publier jeudi un rapport démontrant que les ventes de maison se portent malgré tout très bien et ont augmenté de façon importante en juillet, de même que le prix moyen des propriétés. Même si un recul a été observé à Montréal et à Ottawa, le rapport indiquerait une hausse de 10 % dans les ventes de maison par rapport à l’an dernier, prédit l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Doug Porter, s’appuyant sur des données déjà publiées sur les grandes agglomérations, comme Toronto, Vancouver, Calgary et Edmonton.

Le gouvernement fédéral ne considérerait pas ces données comme de bon augure puisqu’il a limité l’émission de titres adossés à des créances hypothécaires.

Le secteur n’a par ailleurs pas connu de répit ces dernières années, alors que le prix moyen d’une maison est passé de quelque 256 000 $, en janvier 2006, à près de 389 000 $ en juin 2013, et ce, en dépit d’une très faible inflation et de la récession de 2008.

Les ménages ayant contracté des hypothèques ont un endettement représentant 160 % de leur revenu disponible.

L’immobilier représente à peine 7 % de l’économie nationale. L’effondrement du marché immobilier entraînerait toutefois un effet domino sur d’autres secteurs d’activités, comme celui de la construction où des milliers de postes seraient abolis. La valeur des propriétés piquerait du nez, effritant considérablement la confiance de leurs propriétaires - qui se trouvent également être des consommateurs.


Avec la Presse canadienne

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