Moody’s - Le soutien du FMI n’écarte pas tout risque de défaut de paiement

La Grèce n’est pas au bout de ses peines, même si elle a obtenu l’aide du FMI.
Photo: Agence France-Presse (photo) Aris Messinis La Grèce n’est pas au bout de ses peines, même si elle a obtenu l’aide du FMI.
Washington — Les pays qui bénéficient de l’assistance du Fonds monétaire international (FMI) ne sont pas systématiquement à l’abri d’un défaut de paiement sur leur dette, indique une étude de l’agence de notation financière Moody’s publiée mardi.

« Les pays sous assistance du FMI sont exposés à des risques de défaut importants en raison de leur vulnérabilité à long terme et en dépit du soutien solide que ces programmes d’aide leur apportent généralement », souligne cette étude qui porte sur la période 1983-2012 et couvre 168 pays dont 114 ayant reçu le soutien du Fonds.

Selon Moody’s, 16,4 % de ces États ont fait défaut sur une partie de leur dette dans les cinq ans qui ont suivi le début du programme d’assistance du FMI.

« La moitié des banqueroutes d’États depuis 1983 ont été précédées par des programmes du FMI », précise Moody’s qui justifie ainsi sa politique de ne pas rehausser la note de solvabilité qu’elle accorde aux pays quand ils reçoivent le soutien du Fonds. Sur cette période couvrant près de trente ans, les défauts ont même été deux fois plus nombreux pour les pays bénéficiant de l’aide du FMI, d’après cette étude.

Cet écart s’explique, selon l’agence de notation, par le fait que les pays qui sollicitent le Fonds sont davantage confrontés à des « facteurs à risque » pouvant conduire à des défauts de paiement, tels qu’une crise bancaire ou un fardeau de la dette « très élevé ». Exemple le plus marquant, l’Argentine, qui a dû renoncer à rembourser une grande partie de ses créanciers fin 2001 alors qu’elle bénéficiait depuis plusieurs années de l’assistance financière du FMI.

Selon Moody’s, cette étude montre toutefois que la « grande majorité » des pays soutenus par le FMI n’ont pas fait défaut sur leur dette, alors même que beaucoup d’entre eux étaient privés d’accès aux marchés financiers. « C’est la preuve que les programmes du FMI ont souvent réussi à réduire le risque de défaut de paiement », nuance l’agence.

Après un reflux au début des années 2000, le nombre de plans d’aide du FMI est reparti à la hausse avec la crise finantcière de 2008. Actuellement, plus d’une soixantaine de pays bénéficient de prêts de l’institution, principalement en Afrique. Quatre pays de la zone euro (Grèce, Irlande, Portugal, Chypre) reçoivent également le soutien financier du FMI dans le cadre de plans d’aide internationaux menés conjointement avec l’Union européenne.

Par ailleurs, Chypre aurait dû demander dès 2011 un plan de sauvetage européen pour éviter les conditions draconiennes qui ont accompagné celui finalement conclu au printemps, a estimé mardi le gouverneur de la Banque centrale, Panicos Demetriades. Témoignant devant une commission parlementaire chargée de définir les responsabilités dans la crise, M. Demetriades, qui avait pris ses fonctions en mai 2012, a présenté les nombreux courriers qu’il avait adressés au gouvernement pour le presser de négocier avec Bruxelles.

L’ancien président Demetris Christofias (communiste) doit témoigner devant la commission le 22 août et son successeur Nicos Anastasiades (droite), élu en février, le 26.

Selon M. Demetriades, le plan de sauvetage aurait été moins douloureux si Chypre l’avait demandé juste après la décote de la dette grecque fin 2011, qui a coûté environ 4,5 milliards d’euros aux banques chypriotes. « Une demande aurait dû être déposée fin 2011 ou début 2012, parce qu’il était évident que les banques ne disposaient plus des capitaux requis et que l’économie chypriote montrait des signes d’instabilité », a-t-il déclaré.

Mais M. Christofias, qui espérait pouvoir emprunter les sommes nécessaires en Russie, a attendu juillet 2012 pour demander le plan de sauvetage, puis traîné les pieds dans les discussions, obligeant M. Anastasiades à accepter dans l’urgence des conditions drastiques.

En contrepartie d’un prêt de 10 milliards d’euros, le pays a en effet dû se résoudre à la disparition de sa deuxième banque Laïki et à une restructuration radicale de la première, Bank of Cyprus, dont les comptes dépassant les 100 000 euros ont été ponctionnés de 47,5 %.

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