Sans-fil - Québecor dénonce la campagne de peur des trois grands

Pierre Karl Péladeau
Photo: - Le Devoir Pierre Karl Péladeau

Pierre Karl Péladeau exhorte le gouvernement Harper à résister à ce qu’il qualifie de campagne de désinformation menée par la « triple alliance » à l’approche des prochaines enchères stratégiques dans le sans-fil. Le président du conseil de Québecor Média invite toutefois le fédéral à modifier les règles du prochain encan afin de s’assurer que les joueurs régionaux sous contrôle canadien, tels Vidéotron ou SaskTel, ne ressortent pas bredouilles de l’exercice.

 

Dans une lettre publiée dans certains médias, dont Le Devoir, Pierre Karl Péladeau dénonce ce qu’il associe à une « campagne tonitruante de propagande » lancée par « le trio défensif » et visant à faire peur aux Canadiens. Le vice-président du conseil de Québecor commente cette offensive menée conjointement par Bell, Telus et Rogers visant à empêcher que de gros joueurs étrangers, tel Verizon, puissent profiter des règles actuelles, dites asymétriques, pour obtenir un accès privilégié, voire subventionné, au marché canadien, sans réciprocité ni obligation de déployer leur propre réseau. « La triple alliance a découvert un nouvel épouvantail à moineaux », lance-t-il.

 

Pierre Karl Péladeau y voit une redite de la « campagne de désinformation » menée il y a sept ans par les trois grands du sans-fil. Faisant fi de ces pressions, le gouvernement fédéral profitait de la mise aux enchères de spectre relatif aux services sans fil évolués, en 2008, pour créer un nouvel environnement susceptible de favoriser la présence d’au moins quatre fournisseurs de services sans fil dans chaque région du pays. Ottawa se faisait l’apôtre de la concurrence dans un marché où « les Canadiens payaient trop cher par rapport au reste du monde, pour un produit de qualité inférieure », résume le dirigeant de Québecor, propriétaire de Vidéotron.

 

Il soutient que, depuis 2008, les prix du sans-fil ont chuté de 18 % sous l’action de nouveaux fournisseurs, tout en reconnaissant que cette ouverture souhaitée à la concurrence a engendré une véritable saignée. Vidéotron « étant l’un des derniers survivants de l’hécatombe qui a suivi, nous pouvons témoigner du fait qu’en dépit de la volonté contraignante du gouvernement canadien, les trois membres de l’oligopole ont tout fait pour ralentir l’arrivée sur le marché de cette nouvelle concurrence, rendant ainsi beaucoup plus coûteux le lancement de ces nouvelles entreprises ». Mobilicity risque aujourd’hui la faillite alors que les deux autres, Wind Mobile et Public Mobile, sont à vendre.

 

Un bloc exclusif à Vidéotron et consorts

 

Lors des enchères de 2008, le gouvernement Harper avait réservé des tranches de spectre aux nouveaux venus et adopté des politiques sur l’itinérance et le partage des pylônes d’antenne. En 2012, les restrictions à l’investissement étranger ont été éliminées à l’égard des entreprises de télécommunications détenant moins de 10 % de l’ensemble du marché canadien. Cette année, alors que l’on prête l’intention au géant Verizon de reluquer le marché canadien et de convoiter Mobilicity et Wind Mobile, le gouvernement a élargi la portée et prolongé la durée de l’exigence selon laquelle les entreprises doivent fournir un service d’itinérance à leurs concurrents. Il a également renforcé les règles de partage des pylônes de téléphonie cellulaire et veillé à ce qu’au moins quatre fournisseurs de services dans chaque région puissent acquérir des fréquences lors des prochaines enchères du spectre de 700 MHz, reportées au début de 2014. Tout en réservant deux blocs sur quatre aux nouveaux venus.

 

Sur cette question de la disponibilité des blocs, dont deux sont mis hors de portée des joueurs déjà présents, Pierre Karl Péladeau va plus loin. Il souligne que, depuis l’encan de 2008, « les trois membres de la triple alliance possèdent toujours 85 % du spectre disponible aux opérateurs de sans-fil ». Et il soutient que, « si le gouvernement demeure aussi résolu dans sa volonté de permettre aux nouveaux entrants sous contrôle canadien d’asseoir de façon définitive leur présence sur le marché […] il devrait se montrer ouvert à modifier les règles du prochain encan de façon à réserver un bloc de spectre exclusivement pour ces derniers. C’est en effet le seul moyen d’éviter que les joueurs régionaux comme Vidéotron, Eastlink, SaskTel et autres, dont les poches sont moins profondes que celles des titulaires, ne reviennent pas de l’encan bredouilles ».

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