La poussée du chômage masque des perspectives d’embauche favorables

Un sondage réalisé auprès de 324 professionnels membres de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés et publiés le 31 juillet; 39,5 % des répondants disent s’attendre à une augmentation des embauches au cours des prochains mois.
Photo: - Archives Le Devoir Un sondage réalisé auprès de 324 professionnels membres de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés et publiés le 31 juillet; 39,5 % des répondants disent s’attendre à une augmentation des embauches au cours des prochains mois.
Derrière les récentes statistiques indiquant une saignée de l’emploi au Québec se profilent des intentions d’embauche favorables. Du moins, les professionnels en ressources humaines sont toujours plus nombreux à soutenir que les prochains moins seront propices à la création d’emplois.

Les données de Statistique Canada dévoilées vendredi ont surpris. L’économie québécoise a enregistré une perte nette de 30 400 emplois en juillet, comptant ainsi pour les trois quarts des emplois perdus à l’échelle canadienne. Dans la foulée, le taux de chômage québécois est passé de 7,9 % à 8,2 %. Il a notamment été souligné que l’économie canadienne a créé, en moyenne, 10 700 emplois par mois depuis six mois alors qu’au Québec, on comptabilisait plutôt une perte mensuelle de 7700 emplois depuis février. Toutefois sur un an, l’Institut de la statistique du Québec évoque une similitude entre les marchés de l’emploi au Québec et au Canada. « Au cours des 12 derniers mois, l’emploi a augmenté de façon similaire au Québec (+1,2 %) et au Canada (+1,3 %). Ainsi, 45 600 emplois ont été créés au Québec et 225 900 au Canada depuis juillet 2012 », pouvait-on lire vendredi.

Et les perspectives d’embauche sont favorables. Du moins selon les résultats d’un sondage réalisé auprès de 324 professionnels membres de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés et publiés le 31 juillet; 39,5 % des répondants disent s’attendre à une augmentation des embauches au cours des prochains mois. À l’opposé, 12,9 % prévoient une baisse des effectifs, pour une différence nette de 26,6 points de pourcentage. « Notons également une augmentation nette de +19,6 % des heures travaillées par employé, soit une différence deux fois plus importante qu’au premier trimestre de 2013 (+3,9 %). Les données recueillies auprès des professionnels de la gestion des ressources humaines laissent présager une belle vitalité du marché de l’emploi au Québec pour les prochains mois », souligne l’Ordre dans son communiqué.

Cette embellie se traduit par des prévisions de hausses salariales supérieures à l’inflation. « Pour un quatrième trimestre consécutif, les attentes relatives à l’écart entre les hausses salariales et l’inflation sont nettement positives. » Plus précisément, 89,4 % des répondants ont précisé que leur organisation envisage d’offrir aux employés une augmentation salariale équivalente ou supérieure à l’inflation.

Surtout, ce sondage indique que les grandes entreprises seraient devenues moins hésitantes. « Les grandes entreprises laissent dernière elles la morosité des derniers trimestres (embauche nette +27,5 % comparativement à -0,2 % au trimestre précédent, heures travaillées +23 % comparativement à 9,8 % au deuxième trimestre) », a noté l’ordre professionnel.

Entreprises frileuses

Cependant, de manière générale, les entreprises demeurent frileuses. Elles tardent à répondre aux appels répétés du gouvernement fédéral et de la Banque du Canada les exhortant à prendre le relais de consommateurs surendettés et à mettre à contribution leurs fortes liquidités afin de soutenir l’activité économique. Selon un récent sondage de la Banque du Canada, dont les conclusions ont été diffusées au début de juillet, les entreprises canadiennes disent vouloir attendre avant d’accroître leurs investissements. Dans l’édition estivale de l’enquête, on peut observer que la différence entre la proportion de dirigeants d’entreprises prévoyant augmenter leurs investissements en machines et matériel de production au cours de la prochaine année (35 %) et ceux pensant plutôt les réduire (26 %) s’est rétrécie une nouvelle fois. Cet écart, aujourd’hui de 9 points de pourcentage, atteignait les 20 points l’hiver dernier et les 12 points au printemps.

Cette frilosité se manifeste alors qu’un nombre accru d’entreprises, soit 44 % contre 34 % l’hiver dernier, affirment pourtant avoir du mal à répondre à la demande. Mais elle a pour corollaire qu’à défaut d’investir dans leurs capacités de production, les entreprises indiquent vouloir s’en remettre, au besoin, à l’embauche d’employés supplémentaires. Ici, le solde des opinions est en progression depuis un an, passant d’un écart positif de 26 à 35 points de pourcentage à l’échelle canadienne.

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