Shawinigan - Rio Tinto Alcan a tout à gagner à se comporter en bonne entreprise citoyenne

L’usine de Shawinigan du groupe Rio Tinto Alcan
Photo: François Pesant - Le Devoir L’usine de Shawinigan du groupe Rio Tinto Alcan

Au nom des principes de développement durable, Rio Tinto Alcan (RTA) accompagnera « le plus longtemps possible » la communauté de Shawinigan dans ses efforts de revitalisation économique. Et c’est une « bonne solution d’affaires », a fait valoir la chef de la direction de Rio Tinto Alcan, Jacynthe Côté.

 

L’équipe dépêchée par RTA en Mauricie s’affairera à redynamiser sous une autre forme le site industriel « tout à fait récupérable » de Shawinigan en attirant des investisseurs, en offrant de l’aide à la formation de main-d’oeuvre ainsi qu’en s’assurant de l’« implication » du gouvernement du Québec, indique la grande patronne de la multinationale.

 

Le géant minier ne tournera pas le dos à la région avant « au moins deux à trois ans, idéalement plus », assurait-elle lundi en marge du 23e Congrès mondial des mines (World Mining Congress).

 

La direction de RTA a annoncé la semaine dernière la fermeture anticipée de l’aluminerie de Shawinigan, entraînant la perte de 450 emplois. Avec les élus municipaux et les acteurs économiques de Shawinigan, RTA s’affairera à « recréer autant [d’emplois] que lorsqu’on était là comme opérateur », a réitéré Mme Côté, misant sur l’expérience acquise dans des situations semblables en France, en Suisse et en Angleterre au fil des dernières années. « Il n’y a que du positif à essayer. On ne sait pas où on va se rendre, mais on sait qu’on va en créer plus [d’emplois] en travaillant ensemble. »

 

« On construit et on ferme des usines. C’est la vie d’un groupe de notre taille. […] C’est le tour de Shawinigan, malheureusement », a expliqué Mme Côté.

 

RTA s’enorgueillit d’appliquer les principes de développement durable avant et après la vie de ses installations. « Le vrai test, c’est lorsqu’on arrive à la fin d’une vie d’une usine. […] C’est important de bien s’en occuper. C’est fondamentalement le gros bon sens et la bonne chose à faire », a-t-elle indiqué.Ce faisant, RTA se positionne dans « une classe un peu à part » de sociétés soucieuses du sort réservé aux communautés dans lesquelles elles s’implantent, selon elle. « Ça peut éventuellement nous donner un meilleur accès aux ressources naturelles », a dit sans détour Mme Côté, soulignant que les coûts engendrés par le maintien de spécialistes de RTA après la fermeture d’une usine ne sont pas si élevés.« C’est une bonne solution d’affaires. C’est bon pour notre réputation. » L’attitude de la société ne passe pas inaperçue « quand [elle] est invitée à développer des ressources naturelles dans un autre pays où [elle] n’est pas connue, où [elle] commence ». « Ils vont faire leur enquête sur comment on s’est comportés. Ils regardent l’ensemble de la vie d’un actif », a dit Mme Côté, qui est aux commandes de la filière aluminium de Rio Tinto.

 

Révision

 

Le groupe a procédé à la révision de ses actifs, signant l’arrêt de mort de certaines installations, comme l’usine de Shawinigan, modernisant des actifs, notamment où se trouve « la meilleure bauxite au monde » ou « la meilleure énergie hydroélectrique ».

 

D’ailleurs, la première phase de la construction de l’aluminerie Arvida - où ont été installées les nouvelles plateformes technologiques de production d’aluminium AP-60 - a été terminée il y a huit mois. Mme Côté s’est dite « totalement assurée » du bon fonctionnement de la « technologie la plus avancée au monde » dans l’usine saguenéenne. Sans grande presse, les employés procèdent à l’assemblage des équipements qui pourront produire 450 000 tonnes de métal gris lorsque les marchés auront davantage d’appétit. Actuellement, RTA vise 60 000 tonnes. « Ça se passe bien. Évidemment, on n’est pas à la course de démarrer dans les conditions de marché. On veut s’assurer que la technologie est pleinement démontrée. Ça devrait se produire au cours des prochains mois », a précisé Mme Côté.

 

Sur d’autres fronts, les travailleurs de la multinationale poursuivent les travaux d’expansion à la centrale hydroélectrique de Shipshaw au Québec et ceux de modernisation à l’usine d’électrolyse de Kitimat en Comlobie-Britannique.Au terme de ces opérations, RTA n’aura pas gonflé la production d’aluminium, a spécifié Mme Côté. « [Elle] est déjà suffisante. »

 

RTA étudie toujours le projet d’agrandissement de la mine de bauxite de Weipa en Australie pour approvisionner le marché chinois qui est « très, très, très en demande ». La direction de la minière tranchera au cours de la prochaine année. Le secteur de la bauxite est « le plus en santé actuellement », a confirmé Mme Côté. Du côté des secteurs de l’alumine et de l’aluminium, les stocks demeurent importants depuis la crise financière de 2009 durant laquelle la demande a en revanche chuté de 30 % « d’un trimestre à l’autre ».« On reste “focussés” sur la transformation. Le [but du] jeu, c’est d’être vraiment au plus bas coût » de production.

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