Qui voudra de BlackBerry?

L’action de BlackBerry a pris du mieux quand les dirigeants ont annoncé des «options stratégiques».
Photo: La Presse canadienne (photo) Graeme Roy L’action de BlackBerry a pris du mieux quand les dirigeants ont annoncé des «options stratégiques».

Pour la deuxième fois depuis le printemps 2012, la direction de BlackBerry évoque des « options stratégiques », mais les prochaines semaines seront cruciales, car l’entreprise a mis sur pied un comité qui travaillera non seulement à la recherche de partenaires, mais aussi au scénario d’une vente.

 

L’idée d’un revirement positif semble faire des remous : à la Bourse de Toronto, l’intérêt renouvelé des investisseurs a donné des ailes à l’action de la société ontarienne, si bien que celle-ci a bondi de 11 % à 11,13 $.

 

BlackBerry, dont les parts de marché aux États-Unis lors du deuxième trimestre se sont établies à seulement 3 %, affirme que le geste l’aidera à déployer son nouvel appareil, le BlackBerry 10.

 

« Ces options pourraient comprendre, entre autres, des coentreprises, des partenariats stratégiques, une vente de l’entreprise ou d’autres transactions », a écrit la direction lundi matin.

 

Le comité spécial sera composé notamment de la présidente du conseil d’administration, Barbara Stymiest, du chef de la direction Thorsten Heins, et de trois autres membres du conseil.

 

La décision survient un peu plus d’un mois après que BlackBerry eut publié des états financiers peu reluisants à son premier trimestre. La direction avait omis de dire avec précision si le nouvel appareil connaissait ou non le succès espéré, puis évité de révéler le nombre de clients qui continuent d’utiliser un BlackBerry.

 

« S’il y avait de l’intérêt pour l’entreprise, la direction de BlackBerry annoncerait un partenariat, et non une vente », a affirmé un analyste de la firme Gartner, Francisco Jeronimo, dans un message Twitter. « Vous vous souvenez de ce que Nokia a fait ? Elle a négocié secrètement une entente avec Microsoft, puis annoncé un partenariat. BlackBerry fait le contraire. »

 

«Le temps est venu»

 

Au cours de la dernière année, a dit Timothy Dattels, qui présidera ce comité, tous les efforts sont allés au développement du nouvel appareil, au renforcement des finances et à l’évaluation des meilleures façons de maximiser la valeur pour les clients et les actionnaires. « Étant donné l’importance de notre technologie et l’évolution de l’industrie, très compétitive, nous croyons que le temps est venu d’explorer des options stratégiques », a-t-il affirmé dans un communiqué.

 

Membre du conseil depuis janvier 2012, Prem Watsa, grand patron de Fairfax Financial, va démissionner pour éviter tout conflit d’intérêts. Fairfax est le plus grand actionnaire de BlackBerry.

 

L’agence de presse Reuters a écrit la semaine dernière, sources anonymes à l’appui, que le conseil de BlackBerry envisageait notamment de racheter les actions en circulation pour retirer l’entreprise de la Bourse. Cela lui permettrait d’évoluer à l’abri de la pression du public investisseur.

 

Au cours du premier trimestre, BlackBerry a vendu 6,8 millions de téléphones, contre 35 millions chez Apple. La compagnie a enregistré une perte de 84 millions, mais son chiffre d’affaires de 3,1 milliards était en hausse de 9 % sur un an.

 

Les paris

 

Les dernières années ont été semées d’embûches pour BlackBerry, un ancien enfant chéri du milieu technologique canadien. Véritable fleuron grâce au courriel mobile il y a dix ans, la compagnie a subi une gifle lors du lancement de l’iPhone quelques années plus tard. Le travail acharné de Samsung, qui utilise le système d’exploitation de Google (Android) est venu exacerber la situation.

 

L’avenir incertain de BlackBerry a donc donné lieu à un véritable jeu consistant à prédire l’identité de l’entreprise qui se présentera avec une offre d’achat. Ou à deviner la façon par laquelle les différents morceaux de la compagnie seraient revendus.

 

Alors que certains ont évoqué Apple - qui pourrait ainsi attaquer de front le créneau du milieu des affaires, au coeur du succès de BlackBerry -, d’autres ont imaginé un Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon.com qui vient de causer la surprise en achetant le Washington Post. On a aussi vu surgir les noms de Microsoft et de Samsung.

 

En entrevue à la télévision de Bloomberg, un investisseur de la firme Wedge Partners a même affirmé que certaines sociétés asiatiques pourraient être intéressées de manière à déployer le BlackBerry sur les marchés émergents.

 

« Je n’ai aucune idée de ce que quelqu’un versera pour acquérir la compagnie, mais elle vaut beaucoup moins qu’il y a quelques années », a écrit sur son blogue Bijan Sabet, un investisseur professionnel de Spark Capital qui a déjà siégé au conseil d’administration de Twitter. « On dirait que c’est trop tard. Le conseil aurait-il dû agir plus vite ? Peut-être, mais ça semble plus facile vu de l’extérieur que de l’intérieur. »

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