La gestion de l’offre doit être protégée, martèle le ministre François Gendron

La question de la gestion de l’offre dans des secteurs agroalimentaires comme la production laitière est l’une des pierres d’achoppement des négociations de l’accord économique et commercial global Canada-Union européenne.
Photo: - Le Devoir La question de la gestion de l’offre dans des secteurs agroalimentaires comme la production laitière est l’une des pierres d’achoppement des négociations de l’accord économique et commercial global Canada-Union européenne.

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, François Gendron, se montre confiant : la gestion de l’offre ne sera pas sacrifiée sur l’autel d’un accord économique et commercial global (AECG) Canada-Union européenne.

Selon lui, le ministre fédéral de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Gerry Ritz, doit toutefois continuer de monter la garde afin de repousser tout assaut de dernière minute contre le précieux « outil de mise en marché », notamment des producteurs de lait, de volailles et d’oeufs. « Nous, on n’est pas négociables là-dessus. M. Ritz dit la même chose que moi », a souligné M. Gendron, en marge du conseil d’administration de la Fédération canadienne de l’agriculture, à Montréal.

Le vice-premier ministre du Québec a cru bon d’insister une nouvelle fois mercredi sur l’« importance » de préserver la gestion de l’offre intacte. « Le fédéral doit poursuivre ses efforts pour maintenir la gestion de l’offre dans le cadre des négociations commerciales avec les partenaires », a-t-il indiqué lors d’un point de presse dans les couloirs de l’hôtel Hilton Montréal Bonaventure. « On a toujours défendu vigoureusement cet outil de mise en marché. M. Ritz semble être du même avis. Donc, c’est rassurant », a-t-il ajouté deux semaines après la réunion annuelle des ministres de l’Agriculture des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux.

Alors que le gouvernement fédéral avance sur d’autres fronts - du côté de l’Accord de partenariat transpacifique notamment -, il est bon de rappeler le refus catégorique du gouvernement du Québec à sacrifier, en tout ou en partie, la gestion de l’offre au profit d’un accord économique et commercial. « Il y a d’autres négociations qui s’ouvrent. C’est toujours la tentation [pour nos nouveaux interlocuteurs de revenir à la charge sur cette question]. Mais, en même temps, on n’est pas complètement sur une autre planète. Il faut toujours regarder ce qu’ils vont mettre sur la table. […] Il y a beaucoup de productions qui ne sont pas sous la gestion de l’offre », a dit M. Gendron. « [Cela dit], les négociations des accords de commerce représentent un grand potentiel d’accroissement des exportations canadiennes et québécoises. C’est une vérité de La Palice. »

 

Pas d’entente à l’horizon

La date butoir pour la conclusion des négociations entre le Canada et l’UE a été reportée à plusieurs reprises depuis le début des pourparlers au printemps 2009. Le vice-premier ministre ne s’inquiète pas outre mesure de l’enlisement des représentants canadiens et européens dans les négociations. « Quand on se tient debout, ça risque de prendre un peu plus de temps. On veut un accord avec l’Europe… mais pas en grugeant la gestion de l’offre », a répété M. Gendron.

On ne doit pas nécessairement y voir un blocage des pourparlers sur la gestion de l’offre. Le « frein » à la conclusion de l’accord de l’AECG « n’est pas la gestion de l’offre », croit le président de l’Union des producteurs agricoles du Québec, Marcel Groleau. « Dans le commerce international, les produits agricoles représentent une très petite portion des échanges internationaux. […] L’agriculture mondiale est encore une agriculture locale principalement, parce que ça coûte cher de déplacer des aliments », a-t-il expliqué.

En effet, les négociations Ottawa-Bruxelles achopperaient notamment sur les questions des règles d’origine des véhicules automobiles, de la protection des brevets pharmaceutiques et de l’ouverture des appels d’offres des services publics provinciaux pour l’acquisition de biens et services. « Ce sont des enjeux beaucoup plus importants que le porc ou le boeuf que le Québec pourrait vendre en Europe », a fait remarquer M. Groleau.

« Pourquoi je devrais toujours compenser en ne restant que dans le secteur agroalimentaire. Il y a beaucoup d’autres éléments dans un accord de libre-échange », a mentionné de son côté M. Gendron.

Les ministres de l’Agriculture, Gerry Ritz, et du Commerce international, Ed Fast, sont sur la même longueur d’onde que les producteurs agricoles québécois. « On surveille et on fait confiance », a affirmé M. Groleau, partageant la même confiance dans le gouvernement fédéral. Mais « il y a des risques ».

 

Produits importés

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a aussi appelé Ottawa à « resserrer » et à « clarifier » les règles applicables aux produits importés licitement au Québec, mais entrant en concurrence avec les produits sous gestion de l’offre. Il a notamment cité « les kits à pizza, les salades et les poules de réforme ».

Il a aussi exhorté le gouvernement fédéral à assurer les contrôles nécessaires aux frontières afin de repousser les produits contrevenant aux règles sanitaires, phytosanitaires ou d’étiquetage. En ne s’y pliant pas, des entreprises étrangères bénéficient d’un « avantage compétitif ».

« Il ne faut pas se cacher que plusieurs produits importés qui se retrouvent dans nos assiettes pourraient ne pas respecter les exigences imposées à nos propres produits. […] C’est le gouvernement fédéral qui détient les outils pour assurer des contrôles adéquats à l’égard des produits importés », a dit M. Gendron, faisant écho à la Table de concertation des partenaires du bioalimentaire québécois, préoccupée par les différences de réglementation entre les pays et les contrôles aux frontières.

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