Endettement des ménages - Les seuils élevés ne présagent pas la même crise qu’aux États-Unis

L’endettement des ménages est devenu, ces dernières années, l’un des principaux sujets de préoccupation au Canada.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’endettement des ménages est devenu, ces dernières années, l’un des principaux sujets de préoccupation au Canada.

Les Canadiens sont moins endettés qu’il n’y paraît, notamment par rapport aux niveaux déjà atteints par leurs voisins du Sud, estime la Banque TD.

 

L’endettement des ménages est devenu, ces dernières années, l’un des principaux sujets de préoccupation au Canada, a rappelé mardi son économiste Diana Petramala dans une courte note économique. Les pouvoirs publics ont déployé des efforts considérables pour réduire cette menace en appelant de façon répétée les consommateurs à plus de prudence et en resserrant les règles hypothécaires. Bien que le rythme de cet endettement semble en voie de ralentir, on constate avec angoisse que sa mesure la plus courante atteint désormais le niveau qu’on observait aux États-Unis juste avant l’éclatement de la bulle immobilière et la catastrophe financière et économique que l’on sait.

 

Il est vrai que le taux d’endettement des ménages - tel que calculé par Statistique Canada - atteint désormais 162 % de leur revenu disponible et que celui des Américains atteignait 163 % juste avant le début de l’éclatement de la bulle immobilière en 2007. Ces deux chiffres ne mesurent toutefois pas exactement la même chose, observe Diana Petramala. Une comparaison plus rigoureuse révélerait que les Canadiens restent encore, aujourd’hui, moins endettés que ne l’étaient les Américains avant la Grande Récession, voire à peine plus endettés que ne le sont devenus les ménages américains après avoir consacré les dernières années à remettre un peu d’ordre dans leurs finances personnelles.
 

Mieux compter

 

Les agences de statistiques des deux pays n’ont pas exactement la même façon de calculer les revenus et le taux d’endettement des ménages, commence par souligner l’économiste de la Banque TD. Lorsque ces différents facteurs de calcul sont arrangés de manière à se ressembler un peu plus, on arrive, pour les ménages canadiens, à un taux d’endettement qui a crû de 126 % en 2007, à 151 % aujourd’hui, comparativement à 163 % aux États-Unis en 2007 et à 140 % aujourd’hui.

 

Il n’y a pas que les façons de calculer qui soient différentes entre les deux pays, note Diana Petramala. Le mode de financement des services de santé amène, notamment, les Canadiens à payer plus d’impôt que les Américains, réduisant d’autant leur revenu disponible. Les ménages américains n’ont pourtant pas moins besoin de soins de santé que leurs voisins du Nord et doivent les payer d’une manière ou d’une autre. On estime, ainsi, que les Américains consacrent en moyenne 8 % de leur revenu disponible directement à ces frais de santé, soit plus du double que les Canadiens. Lorsque ces frais directs de santé sont soustraits de part et d’autre des revenus disponibles, on trouve au Canada un taux d’endettement des ménages de 156 % de leur revenu disponible, soit une proportion nettement inférieure au taux de 177 % atteint aux États-Unis juste avant la crise, et même presque équivalente au taux de 152 % que l’on retrouve aujourd’hui au sud de la frontière.

 

Situation préoccupante, mais contexte différent

 

Toutes ces comparaisons restent boiteuses, notamment parce que le contexte économique n’est pas le même entre les États-Unis d’avant la crise et le Canada d’aujourd’hui, fait remarquer la Banque TD. Les pratiques de prêts hypothécaires et l’état général des banques aux États-Unis étaient autrement plus dangereux avant la crise qu’ils ne le sont aujourd’hui au Canada. Les taux d’intérêt qui s’appliquent actuellement aux dettes des ménages canadiens se révèlent également bien plus bas que ce que devaient payer les Américains en 2007.

 

« Il n’y a pas de façon parfaite de comparer des pommes avec des pommes en ce qui a trait à l’endettement des ménages au Canada et aux États-Unis, résume Diana Petramala. Lorsqu’on ajuste les mesures pour les rendre plus comparables, on constate que le niveau d’endettement des ménages canadiens est élevé, plus même que ce que l’on voit aujourd’hui aux États-Unis. Néanmoins, les Canadiens apparaissent nettement moins endettés que ne l’étaient les ménages américains avant que les choses ne commencent à mal tourner pour eux en 2008-2009. »

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