Revenus - Les gains des 65 ans et plus sont menacés

L’essor de l’épargne-retraite, privée et publique, a largement contribué à la forte amélioration des revenus des 65 ans et plus depuis 30 ans. Ces gains sont toutefois menacés depuis le milieu des années 2000 par la chute des rendements, par la transformation accélérée des régimes de retraite à prestations déterminées et par les modifications apportées aux régimes publics décourageant les retraites hâtives.

 

Dans le portrait sur la situation économique des Québécois plus âgés dessiné par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), il ressort que le revenu moyen disponible (après impôt et transferts gouvernementaux) des personnes de 65 à 74 ans s’est accru de 43 % entre 1981 et 2010, passant de 18 100 $ à 25 800 $ en dollars constants. Une amélioration plus ressentie a été mesurée dans le segment des 75 ans, où le revenu est passé de 15 400 $ à 23 500 $, soit une hausse de 53 %. « L’augmentation de la participation des femmes sur le marché du travail, de même que la part accrue des revenus provenant des régimes de retraite, autant chez les hommes que chez les femmes, sont les principaux facteurs à l’origine de ces améliorations », a résumé l’ISQ.

 

Stéphane Crespo, agent de recherche socioéconomique, ajoute que cette progression renferme les effets de l’avènement des régimes publics de retraite, introduits au milieu des années 1960, et de celui des REER, à la fin des années 1950. « On voit les fruits de ces régimes. Depuis 1981, la hausse du revenu moyen suit l’amélioration des revenus de retraite, privée et publique. » Autrement dit, en 30 ans, « les hausses de revenus ont permis de réduire progressivement les taux de faible revenu et de rendre les personnes aînées moins dépendantes du programme fédéral de Supplément de revenu garanti (SRG) ».

 

Tendance inversée

 

Un mouvement inverse semble cependant s’installer depuis le milieu des années 2000, où l’on constate plutôt une tendance à la hausse du taux de faible revenu chez les personnes de 65 ans et plus. « Il y a, ici, un effet méthodologique. Le revenu médian de la population ayant augmenté plus rapidement que celui des personnes plus âgées, il en a résulté une pression à la hausse sur le seuil de faible revenu », explique Stéphane Crespo. Ainsi, en prenant le revenu médian pour référence, le taux de faible revenu passe de 2,5 à 10 % à la fin de 2010. En se basant plutôt sur le coût d’un panier de consommation, ce taux de faible revenu passe de 2,5 à 5 % dans l’intervalle. « Et cette dernière progression est très récente », ajoute l’analyste de l’ISQ.

 

Il reste que la chute des rendements, la transformation de nombre de régimes à prestations déterminées en régime à cotisations déterminées et tous ces nouveaux paramètres appliqués aux régimes publics visant à décourager une retraite et à inciter une retraite tardive engendrent un accroissement des inégalités et une présence accrue ou prolongée sur le marché du travail. On le voit davantage dans le segment des 55-64 ans, une période dite de transition entre le travail et la retraite. « La plus faible activité sur le marché du travail, conjuguée à une accessibilité partielle aux programmes publics de retraite, va aussi de pair avec des taux de faible revenu plus élevés. En 2010, le taux atteint 16 % chez les personnes de 55-64 ans contre environ 10 % pour les autres groupes d’âge. »

 

Il faut retenir que, selon les statistiques de la RRQ, au cours de la décennie 2000-2010, l’âge moyen des nouveaux bénéficiaires était de 61,7 ans, contre 63,9 ans dix ans plus tôt (soit en 1990). En 2010, 96 % des gens concernés ont demandé leur rente de la RRQ à 65 ans ou moins, dont 62 % à l’âge de 60 ans. En 1990, cette proportion de gens demandant leur rente à 60 ans était de 34 %. Or, avec les nouveaux paramètres appliqués au RRQ et cette décision du gouvernement fédéral de reporter à 67 ans l’âge d’accessibilité au SRG, cette toile de fond s’en trouve passablement modifiée. « Notre étude n’est pas prospective, mais l’on peut très bien projeter que ce nouvel encadrement va générer un phénomène de rétention sur le marché du travail. Il fut un temps où la mode était aux retraites anticipées. Aujourd’hui, le marché du travail accueille une clientèle davantage vieillissante », a souligné Stéphane Crespo.