Des économies grâce aux médicaments les plus coûteux?

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	Fréquemment accusées d’être l’une des principales causes de la hausse des coûts en santé, les dépenses en médicaments d’ordonnance ont crû, à elles seules, de 9,4 % en moyenne par année depuis 1985 au Canada.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Christophe Verhaegen
Fréquemment accusées d’être l’une des principales causes de la hausse des coûts en santé, les dépenses en médicaments d’ordonnance ont crû, à elles seules, de 9,4 % en moyenne par année depuis 1985 au Canada.

L’augmentation des dépenses de santé attribuable à l’adoption de nouveaux médicaments se révèle bien inférieure aux réductions de coûts et aux retombées économiques qu’elle entraîne par ailleurs, conclut le Conference Board du Canada.

Les six nouveaux types de médicaments utilisés pour traiter les quatre maladies chroniques les plus courantes ont coûté 1,22 milliard l’an dernier en Ontario, mais généré des avantages pour la santé et la société équivalant au double de ce montant (2,44 milliards), rapporte une nouvelle étude de la firme de recherche. Cet avantage économique ne cesse de croître avec le temps et serait encore plus élevé si l’on parvenait à convaincre les patients de mieux respecter les thérapies pharmaceutiques qui leur sont prescrites.

 

Explosion des coûts de santé


Ce constat arrive alors que les soins de santé comptent déjà pour plus de 40 % des dépenses des gouvernements provinciaux au Canada et que ces dépenses explosent un peu partout avec le vieillissement de la population. Fréquemment accusées d’être l’une des principales causes de cette tendance, les dépenses en médicaments d’ordonnance ont crû, à elles seules, de 9,4 % en moyenne par année depuis 1985 au Canada, atteignant 28 milliards en 2012, soit 13,4 % de toutes les dépenses de santé au pays.


« Pourtant, des données empiriques semblent indiquer que la commercialisation de nouveaux médicaments peut, en fait, contrebalancer, voire faire diminuer, les dépenses globales de soins de santé », dit l’étude de 108 pages commanditée par l’Alliance canadienne pour des soins de santé durables, un regroupement d’une trentaine d’entreprises et d’organisations, dont le ministère de la Santé de l’Ontario et d’autres gouvernements, le ministère des Finances et de l’Économie du Québec, des firmes de consultants, des institutions financières, des compagnies pharmaceutiques et différentes associations.


Ces retombées économiques positives de l’innovation pharmaceutique peuvent prendre différentes formes. La première que l’étude essaie de mesurer est les économies directes que les nouveaux traitements permettent de réaliser en matière de dépenses en médecins, de frais d’hospitalisation et de médicaments par rapport aux traitements en vigueur jusque-là. On cherche aussi à évaluer les coûts qu’auraient autrement provoqués l’invalidité de courte et de longue durée des malades, leur mortalité précoce ainsi que les pertes de productivité au travail (présentéisme) attribuables tout particulièrement à la maladie.

 

Investir dans l’innovation et le temps


Le Conference Board s’est penché sur le cas de six catégories de nouveaux médicaments utilisés entre 2007 et 2012 pour traiter quatre maladies chroniques parmi les plus courantes en Ontario (maladie cérébrovasculaire, cardiopathie ischémique, asthme et polyarthrite rhumatoïde), ainsi que pour prévenir les complications occasionnées par quatre grands facteurs de risque de maladie cardiovasculaire (l’hypertension artérielle, un taux élevé de cholestérol, le diabète et le tabagisme).


Déjà 1,3 fois plus élevées que leurs coûts au début de la période étudiée, les retombées économiques générées par l’ensemble de ces médicaments atteignaient le double de ces coûts seulement cinq ans plus tard (voir tableau en page B 2).


Le meilleur résultat de ce point de vue - avec un rapport de 5 pour 1 - a été obtenu par les médicaments dérivés du biguanide, une molécule utilisée dans le traitement du diabète. Ces médicaments ont coûté 63 millions à l’Ontario l’an dernier, mais auraient généré 313 millions d’économies, à raison de 152 millions en infarctus, angines et autres complications médicales évités, et de 161 millions en coûts économiques liés à la maladie et à la mortalité qu’on aurait encourues autrement.


Un tel niveau de rendement économique pourrait être atteint pour l’ensemble des médicaments étudiés, concluent les auteurs de l’étude au terme d’un exercice de simulation allant jusqu’en 2030. Pour cela, il faudrait convaincre les patients de mieux respecter les thérapies qui leur sont prescrites, ne pas avoir peur d’investir dans la découverte et l’utilisation de médicaments innovateurs en dépit de leurs prix plus élevés, mais surtout adopter, en la matière, une perspective à long terme.


Les résultats de l’étude suggèrent, concluent enfin ses auteurs, que « les décideurs devraient tenir compte des avantages compensatoires que peut avoir l’innovation pharmaceutique sur d’autres coûts liés aux soins de santé et l’amélioration de la productivité ».

14 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 11 juillet 2013 07 h 00

    Trop coûteux pour rien

    Quand on regarde attentivement la composition des médicaments et leurs effets secondaires, je trouve que c'est payé trop cher pour de la "cochonnerie". Exemple: je prenais du Crestor depuis quelques années et on vient de découvrir que les douleurs musculaires et les crampes étaient causées par ce médicament. Depuis l'arrêt, je me porte bien et je ne prends plus de Tylénol qui me causait des brrûlements d'estomac et je devais prendre un autre médicament pour soulager ces malaises à l'estomac. Voyez comme on s'enrichit les fabricants, les pharmaciens et les médecins. Maintenant, je pratique ceci: QUE TON ALIMENT SOIT TON REMÈDE disait Socrate, je crois.

  • louis cossette - Inscrit 11 juillet 2013 07 h 34

    Absurdité

    On donne en exemple les statines utilisées dans la réduction du cholestèrole. Plusieurs études récentes font douter de l'efficacité de ces médicaments dans la prévention des maladies de cœur chez les patients n'ayant jamais eu de crise cardiaque. Et pourtant ces molécules sont prescrites à tour de bras par les médecins qui ne prennent pas le temps d'encourager leur patient â plus d'activité physique et à vraiment changer leurs habitudes alimentaires. Au lieu de dépenser en médicament pourquoi ne pas mettre sur pied des centres où ces personnes pourraient être suivies par diététistes et entraîneurs. Le résultat est souvent le même que la prise de statines et beaucoup plus durable. Ce n'est qu'un exemple mais on devrait y réfléchir..

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 11 juillet 2013 11 h 45

      Allons-nous els forcer à se mettre à l'exercice? Ne croyez-vous pas que les incitations à bouger pullulent? Les espaces où pratiquer le sport, souvent gratuitement, les informations disponibles sur la saine alimentation et les saines habitudes de vie.

      D'accord pour plus de prévention, mais ne croyez pas que la population est en attente de directives sur comment mener sa vie : les gens qui consultent veulent en sortir avec des pilules, pas des changements dans leur vie.

    • Marc Collin - Inscrit 11 juillet 2013 12 h 47

      c'est beaucoup plus simple de rester devant ça tv
      beaucoup bouger ? au final c'est gratuit...

  • Donald Jeannotte Englehart - Inscrit 11 juillet 2013 08 h 03

    Une économie sur le dos des malades...

    Voila une magnifique société qui se dessine, Les pharmaceuthiques s'enrichissent sur le dos des malades chroniques et essayent de convaincre les gouvernements de continuer a payer plus cher pour les médicaments les plus coûteux sous le prétexte que c'est bon pour l'économie. Pas étonant que la recherche ne vise pas la guérison des malades! Il est beaucoup plus payant de trouver des traitements qui maintiennent la vie des personnes malades et qu'ils prendront jusqu'a ce que mort s'en suive.

    Mais toutes ces personnes malades une fois diagnostiquées ne seront plus employables ; Cancer, diabete, hernie discale, cardiaque, ViH, Hépatite C, maladies mentales et combien d'autres encore ne pouront plus tavailler et donc contribuer au "système" puisque les employeurs ne veulent pas de gens "malades ou a risque de le devenir. Non seulement ils risques fort de devenir financièrement dépendant de l'état mais en plus l'état devra payer pour les médicaments qui les gardes en vie! Le conférence board a t-il tenu compte de c'est facteurs lors de sa conférence et de sa si brillante réflexion?

    Les médicaments sont un mal nécéssaire et non une source d'économie. Il serait beaucoup plus profitable de chercher des chercheurs qui trouvent des médicaments qui guérisse et davoir une population en santé et productive, plutôt que des chercheurs qui ne cherches qu'a traiter des maladies qui rendront la société toute entière dépendante et vulnérables.

  • Manon Theriault - Inscrite 11 juillet 2013 08 h 09

    Hummmm...

    J'aimerais bien savoir qui a financé cette recherche.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 11 juillet 2013 09 h 15

    Voyons donc

    Depuis quand le fait de payer plus cher permet de faire des économies? Ces gens devraient réviser leur cours d'économie. Voilà où nous en sommes ! Cette étude n'a rien de scientifique mais est plutôt entachée par l'idéologie capitaliste. Infoman a déjà démontré dans son émission télévisée que l'on pourrait produire des médicaments à des coûts cent fois moins chers si nos Gouvernants avait le souci de la santé de leur population. L'assurance médicament du Québec est déficitaire depuis longtemps et nos gouvernements n'actionnent pas le plan B qui serait de produire nos propres médicaments