Les entreprises se font frileuses

Le portrait que les entreprises dressent de leurs ventes des 12 derniers mois s'est pourtant amélioré.
Photo: - Le Devoir Le portrait que les entreprises dressent de leurs ventes des 12 derniers mois s'est pourtant amélioré.

L’incertitude économique rend les entreprises canadiennes de plus en plus hésitantes à augmenter le niveau de leurs investissements, en dépit des appels pressants des autorités gouvernementales.


La différence entre la proportion de dirigeants d’entreprises qui prévoient augmenter leurs investissements en machines et matériel de production au cours de la prochaine année (35 %) et ceux qui pensent, au contraire, les réduire (26 %) continue de se resserrer, a révélé, lundi, l’édition estivale de l’enquête sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada. D’un écart favorable de 20 points de pourcentage, cet hiver, cette différence s’était d’abord réduite à 12 points, ce printemps, avant de tomber à 9 points aujourd’hui.


Paradoxalement, cette hésitation grandissante à investir dans l’augmentation de la capacité de production survient alors que de plus en plus d’entreprises avouent avoir du mal à répondre à la demande (de 34 %, cet hiver, à 44 %, aujourd’hui).


« Un certain nombre de firmes ont indiqué qu’elles préféraient utiliser leur équipement existant de façon intensive à court terme et remettre à plus tard certains projets d’expansion du fait de l’incertitude entourant le moment ou les perspectives de croissance se raffermiront », expliquent les auteurs de l’enquête trimestrielle.


Le portrait que les entreprises dressent de leurs ventes des 12 derniers mois s’est pourtant amélioré. La proportion de celles qui rapportaient un recul, à ce chapitre, dépassait encore, ce printemps, de 17 points de pourcentage celle des compagnies qui avaient enregistré une hausse. Ce solde des opinions penche désormais de 9 points de l’autre côté. Les compagnies n’en sont pas moins de plus en plus pessimistes quant à leurs ventes futures, le camp de celles qui s’attendent à une hausse au cours des 12 prochains mois ayant vu leur solde d’opinions positives fondre, depuis le printemps, de 24 à 9 points de pourcentage.


« Les répondants se disent toujours préoccupés par les perspectives de la demande intérieure, explique la Banque du Canada. Si un grand nombre d’entre eux estiment que l’amélioration graduelle de la demande aux États-Unis est prometteuse pour leurs ventes futures, ils prévoient en général que l’économie américaine progressera lentement au cours des 12 prochains mois et que la concurrence restera vive sur les marchés de ce pays. »


Cette opinion des dirigeants des entreprises est plus sombre que ne l’avaient prévu les analystes, a constaté l’un d’eux, Peter Buchanan, de la Banque CIBC. Elle s’explique probablement en partie par le fait que le sondage s’est tenu du 21 mai au 13 juin, soit au moment même où la planète économique était secouée par la confirmation du ralentissement prochain des mesures de stimulation économique de la banque centrale américaine et que des rumeurs de crise financière grondaient en Chine, a noté son confrère de la Banque de Montréal, Michael Gregory.


À défaut d’investir dans l’augmentation de leurs capacités de production, les entreprises semblent, du moins à court terme, prêtes à se rabattre, au besoin, sur l’embauche d’employés supplémentaires, a constaté ce dernier. Le solde des opinions ne cesse, en effet, de s’améliorer à ce chapitre depuis un an, passant d’un écart positif de 26 à 35 points de pourcentage.

 

L’argent qui dort


Ces perspectives d’embauches ne seront pas suffisantes pour contenter les autorités publiques, qui pressent depuis des mois les entreprises de desserrer les cordons de leurs goussets bien garnis.


Le nouveau gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, est, encore une fois, revenu sur la question lors de son premier discours dans ses nouvelles fonctions, le mois dernier. Il a observé que la Grande Récession avait été dure pour les entreprises canadiennes, mais que les survivantes en étaient ressorties plus fortes et mieux positionnées. Il a rappelé que la reprise économique au Canada a, jusqu’à présent, largement reposé sur les épaules des consommateurs, mais que ces derniers sont aujourd’hui trop endettés pour continuer. Aussi a-t-il espéré maintenant « que les firmes existantes accroissent leur production, qu’elles investissent pour développer leurs capacités et que la création nette de nouvelles entreprises retrouve des niveaux plus élevés ».


Son prédécesseur, Mark Carney, avait été beaucoup plus direct, l’été dernier, en dénonçant tout cet « argent qui dort » dans les coffres des entreprises alors que les consommateurs canadiens sont exsangues et que leurs gouvernements sont sortis sans le sou de la crise. « Si les entreprises ne peuvent pas décider quoi en faire, avait-il tonné, elles devraient alors le verser aux actionnaires, qui trouveront quelque chose. »


Faisant fi des réactions outrées du milieu des affaires, le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, s’était lancé, à son tour, dans des remontrances un peu plus tard. « À un certain moment, il ne revient pas au gouvernement de stimuler l’économie, cela revient plutôt au secteur privé, et il dispose de vastes quantités de capital. »


Les estimations de ces réserves de liquidités, que les entreprises conservent en cas de coup dur ainsi qu’en prévision de leur développement et d’acquisitions, varient selon les experts. La plus récente de Statistique Canada s’élève à environ 544 milliards pour le premier trimestre de l’année.

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