Le resserrement des règles hypothécaires n’a pas effarouché les acheteurs

Selon le sondage de BMO Marchés des capitaux, 81% des Québécois ont acheté leur propriété comme prévu ou même devancé leur achat.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon le sondage de BMO Marchés des capitaux, 81% des Québécois ont acheté leur propriété comme prévu ou même devancé leur achat.

Le resserrement des règles hypothécaires adopté par le gouvernement fédéral a contribué à un « atterrissage en douceur » du marché immobilier canadien, selon BMO Marchés des capitaux.


Le marché de l’habitation s’est stabilisé après l’adoption des nouvelles règles, a indiqué l’économiste en chef de l’institution financière, Doug Porter. « Tandis que les ventes canadiennes de maisons ont nettement fléchi au moment des modifications hypothécaires il y a un an, elles se sont depuis lors stabilisées et ont même récupéré partiellement ces derniers mois », a-t-il indiqué, lundi, à la veille du premier anniversaire des nouvelles règles hypothécaires.


Se disant inquiet du poids de la dette hypothécaire pesant sur les Canadiens, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a fait passer de 30 à 25 ans la période maximale d’amortissement des prêts hypothécaires assurés par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Il a également réduit le montant maximum d’un prêt de refinancement de 85 à 80 % de la valeur de la propriété. Ces nouvelles règles sont entrées en vigueur il y a un an pile.


En janvier 2011, M. Flaherty annonçait que la période maximale d’amortissement culbuterait de 35 à 30 ans, alors qu’elle avait dégringolé de 40 à 35 ans en 2008, dans la foulée de la crise des hypothèques à haut risque (subprimes) aux États-Unis.


Près d’un acheteur éventuel sur cinq (19 %) a dit avoir repoussé l’achat de sa première propriété en raison des nouvelles règles du jeu, selon un sondage commandé par BMO Marchés des capitaux à la firme Pollara. Les nouvelles règles entourant les emprunts hypothécaires n’ont toutefois pas eu d’impact sur le calendrier d’achat des deux tiers des Canadiens désirant faire l’acquisition d’une première maison. Enfin, 14 % des Canadiens s’affairant à dénicher leur première maison ont affirmé avoir l’intention de conclure le plus vite possible leur achat.

 

Différences régionales


Le sondage BMO Marchés des capitaux permet de circonscrire des différences régionales dans les comportements d’achat. Par exemple, les Britanno-Colombiens sont les plus susceptibles (33 %) d’attendre longtemps avant d’acheter leur première maison en raison des nouvelles mesures. Les Québécois ainsi que les résidants des Prairies (19 %) sont les plus susceptibles de dire qu’ils feront leur achat plus tôt que tard.


Plus des trois quarts des acheteurs d’une première maison en Ontario sont particulièrement susceptibles (76 %) de dire que la modification des règles hypothécaires ne changera pas leur calendrier d’achat, contre 62 % des Québécois.


Les acheteurs d’une première propriété ont l’intention de consacrer en moyenne quelque 300 000 $ à leur maison, avec une mise de fonds de 48 000 $ (16 %), toujours selon le coup de sonde commandé par BMO Marchés des capitaux.


Le choix d’une période d’amortissement plus courte constitue l’« attitude la plus responsable » à adopter en matière de financement hypothécaire, fait valoir la spécialiste en prêts hypothécaires Frances Hinojosa. Elle encourage les éventuels acheteurs d’une première maison à soumettre leur prêt hypothécaire à une simulation de crise pour s’assurer de pouvoir supporter les coûts de logement malgré une hausse des taux d’intérêt « pour s’assurer qu’ils sont prêts financièrement à accéder à la propriété et à supporter une éventuelle hausse des taux d’intérêt, non seulement pour gérer les coûts, mais aussi pour rembourser leur prêt hypothécaire le plus tôt possible ».


M. Flaherty a exprimé à plusieurs reprises ses craintes au sujet des consommateurs s’endettant de telle façon qu’ils ne seraient plus en mesure de rembourser leur prêt hypothécaire si les taux d’intérêt grimpaient. C’est pourtant inévitable, martèle le ministre des Finances.


D’ailleurs, l’endettement des ménages canadiens est demeuré à un niveau record, a récemment fait savoir Statistique Canada. Le ratio de la dette des ménages contractée sur le marché du crédit - crédit à la consommation, les hypothèques et les emprunts - au revenu disponible s’est maintenu à près de 165 % lors des trois derniers mois de l’année 2012. Bref, un dollar de revenu disponible, 1,65 $ de dette.


Le nombre annuel des mises en chantier d’habitations, soit les logements individuels et les immeubles d’habitation, devrait pour sa part osciller entre 173 300 et 192 500 en 2013, selon la SCHL.


En 2014, celles-ci devraient osciller entre 166 500 et 211 300, pour une moyenne de 188 900, en hausse de 3,3 % comparativement à cette année.


Mme Hinojosa invite les futurs propriétaires à « déterminer à quoi ressembleront [leurs] versements hypothécaires et [leurs] coûts globaux de propriété immobilière et de vivre ensuite pendant un dans ce cadre financier avant de pénétrer sur le marché ».


Le sondage BMO Marchés des capitaux a été effectué du 25 février au 5 mars 2013 auprès de 2000 Canadiens de 18 ans et plus souhaitant acquérir une première maison. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de plus ou moins 2,2 %, 19 fois sur 20.