Les conditions d’emploi des jeunes se dégradent malgré la scolarisation


	Les jeunes sont toujours plus nombreux à demeurer plus longtemps aux études, prolongeant d’autant leur séjour chez leurs parents et reportant leur entrée définitive sur le marché du travail.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan J. Foley
Les jeunes sont toujours plus nombreux à demeurer plus longtemps aux études, prolongeant d’autant leur séjour chez leurs parents et reportant leur entrée définitive sur le marché du travail.

Les jeunes Canadiens sont plus scolarisés et reportent davantage le moment de leur entrée sur le marché du travail. Mais, sauf exception, leurs conditions d’emploi se sont détériorées au cours des trois dernières décennies.

D’abord leur profil. Les jeunes Canadiens de 15 à 34 ans affichent un niveau de scolarité plus élevé. Le nombre d’entre eux nés à l’étranger ou nés de parents immigrants est en croissance. Et ils sont toujours plus nombreux à demeurer plus longtemps aux études, prolongeant d’autant leur séjour chez leurs parents et reportant leur entrée définitive sur le marché du travail. Et parmi eux, le poids démographique des 15-24 ans ne cesse de diminuer. Ils comptaient pour 19 % de la population canadienne en 1971. Cette proportion n’était plus que de 13 % en 2011 et devrait passer à 11 % en 2031.

Ces paramètres étant, trois analystes de Statistique Canada se sont penchés sur l’évolution de la situation des jeunes sur le marché du travail au cours des trois dernières décennies. Les conclusions diffèrent selon le sexe, le groupe d’âge et le lieu de résidence, soit selon que la province est productrice ou non de pétrole.

Ainsi, les femmes de 25 à 34 ans ont vu leur situation quant au chômage, au taux d’emploi à temps plein et aux salaires s’améliorer au cours des 30 dernières années. Mais en règle générale, la proportion des jeunes qui occupent un emploi à temps plein est à la baisse depuis 1976. Et toujours de façon générale, « les jeunes travailleurs à temps plein avaient un salaire réel moins élevé en 2012 qu’en 1981 ». Le salaire horaire médian a chuté de 20 % en termes réels de 1981 à 1998. Il ne s’est repris que partiellement depuis 2000.
 
Autres conditions d’emploi

L’étude cosignée par Diane Galarneau, René Morissette et Jeannine Usalcas s’étend aux autres conditions d’emploi. Elle fait notamment ressortir que le taux de couverture par un régime de retraite est passé de 54 % à 44 % de 1984 à 2010 chez les hommes de 25 à 34 ans. Il est demeuré semblable, à 47 %, chez les femmes du même groupe d’âge. Pour ce qui est du taux de syndicalisation, la situation s’est détériorée au cours des années 1980 et 1990, la couverture syndicale demeurant stable ensuite.

Les auteurs constatent également que le temps partiel involontaire a connu une hausse significative chez les plus jeunes entre 2007 et 2012, tout en restant sous ses niveaux de 1997. Autre mesure de sous-emploi, la proportion des travailleurs surqualifiés pour leur emploi est demeurée stable chez les jeunes alors qu’elle a augmenté dans le segment des 35-54 ans, avec une proportion passant de 11 à 17 % entre 1997 et 2012.

Sur la scène du chômage, thème de l’heure en Europe, « avec un taux de chômage chez les 15-24 ans deux fois plus élevé que la moyenne nationale, le Canada ne fait pas exception à la règle ».
 
Mieux qu’avant, mieux qu’ailleurs

Les analystes de l’agence fédérale font toutefois ressortir qu’historiquement, ce taux de chômage est toujours plus élevé chez les jeunes, et ce, en période de ralentissement comme en période de croissance. « De plus, pour les 15-24 ans comme pour les 25-34 ans, le sommet du taux de chômage observé lors du dernier ralentissement a été plus faible que celui observé lors des deux replis précédents. » Au sortir de la récession de 1990, le taux de chômage des 15-24 ans était de 17,2 % à son sommet et il se situait à 19,2 % dans le sillon de la récession de 1980. Ce sommet était de 15,2 % au lendemain de la Grande Récession de 2008-2009. « Le taux de chômage des jeunes Canadiens était également parmi les moins élevés des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) », ajoute l’étude.

Même constat pour les jeunes pouvant composer la catégorie des « découragés » ou « désengagés socialement et économiquement ». Selon les données de l’OCDE pour 2010, 15 % des jeunes Canadiens de 20 à 24 ans et 8 % des 15 à 19 ans n’étaient ni employés, ni aux études, ni en formation. « Les résultats canadiens étaient inférieurs à la moyenne des pays de l’OCDE pour les 20-24 ans (18,5 %), mais semblables à la moyenne de l’OCDE pour les 15-19 ans », constatent les analystes de Statistique Canada.

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