Hausse des taux d'intérêt - Une bouffée d’air frais pour les régimes de retraite


	L’obligation baromètre à échéance de dix ans a bondi de 70 points de base depuis mai. L’annonce de la Réserve fédérale américaine, le 19 juin, qu’une fin de son assouplissement monétaire exceptionnel apparaît désormais au radar est venue accélérer le mouvement, que d’aucuns associent à une inversion de la tendance baissière des dernières années.
Photo: J. Scott Applewhite AP
L’obligation baromètre à échéance de dix ans a bondi de 70 points de base depuis mai. L’annonce de la Réserve fédérale américaine, le 19 juin, qu’une fin de son assouplissement monétaire exceptionnel apparaît désormais au radar est venue accélérer le mouvement, que d’aucuns associent à une inversion de la tendance baissière des dernières années.

La hausse des taux d’intérêt observée depuis mai est venue améliorer la solvabilité des caisses de retraite. Si 95 % des régimes à prestations déterminées affichent encore un déficit actuariel, le retour à l’équilibre est en vue, l’impact d’une hausse du loyer de l’argent sur le passif étant plus ressentie que son effet sur le rendement.


Deux grands cabinets spécialisés en gestion des ressources humaines pointent dans la même direction. La hausse des taux d’intérêt de moyen terme et de long terme observée depuis mai, qui s’est accélérée au cours des deux dernières semaines de juin, a contribué à l’amélioration de la solvabilité des régimes de retraite. Selon le sondage du cabinet Aon Hewitt, le ratio de provisionnement médian des régimes a augmenté d’environ trois points de pourcentage entre la fin de mars et la fin de juin, pour atteindre 77 %. Chez Mercer, le ratio de solvabilité, qui a pour base 100 en janvier 1999, atteignait les 94 % au 30 juin dernier, contre 87 % au 31 mars.


« La situation financière des régimes de retraite s’est améliorée en juin malgré le récent repli des marchés boursiers. Cette tendance est surtout attribuable à l’accroissement important des taux des obligations à long terme au cours des deux dernières semaines », a commenté Michel St-Germain, membre du partenariat au sein de Mercer. L’obligation baromètre à échéance de dix ans a bondi de 70 points de base depuis mai. L’annonce de la Réserve fédérale américaine, le 19 juin, qu’une fin de son assouplissement monétaire exceptionnel apparaît désormais au radar est venue accélérer le mouvement, que d’aucuns associent à une inversion de la tendance baissière des dernières années.


À titre d’illustration, le taux des obligations à long terme du gouvernement canadien est revenu chatouiller la barre des 3 % à la fin de juin. Il se situait à 2,3 % en début d’année. Une progression d’un point de pourcentage des taux d’intérêt à long terme « réduirait de 10 à 15 % le passif de la plupart des régimes de retraite », a souligné Mercer.


Aon illustre également la forte sensibilité des caisses de retraite au niveau des taux d’intérêt. « L’écart de solvabilité s’est élargi depuis le 31 décembre 2009, puisque l’actif n’a augmenté que de 28 % tandis que le passif a augmenté de 42 % en raison de la baisse constante des taux d’intérêt à long terme. Le récent renversement de la tendance des taux d’intérêt à long terme a un impact considérable. »


Deux facteurs favorables sur trois


Plus en détail, Aon rappelle que deux des trois principaux facteurs qui influent sur la solvabilité des régimes de retraite étaient favorables au cours du plus récent trimestre. D’abord, les taux d’intérêt. « Bien que demeurant près des niveaux historiquement bas atteints, ils ont inversé leur tendance baissière constante des dernières années. Alors que la liquidation massive des obligations a fait chuter leurs cours, un facteur défavorable à l’actif des caisses de retraite, elle a entraîné la diminution de la valeur du passif des régimes de retraite. Étant donné que la taille du passif est plus importante que le portefeuille d’obligations d’un régime type et que sa durée est plus longue, la baisse du passif a largement compensé le rendement médiocre des obligations, d’où l’amélioration du provisionnement du déficit de solvabilité. »


L’élément cotisations, deuxième facteur, a été favorable, la plupart des promoteurs des régimes ayant versé des cotisations additionnelles en vue de combler le déficit afin de satisfaire aux exigences de capitalisation minimale.


Le troisième facteur concerne le rendement des marchés. Outre la chute des cours obligataires, la performance des marchés boursiers a été plutôt mitigée au deuxième trimestre, avec un repli de 5,1 % des actions canadiennes. S’ajoute celle de classes d’actif moins traditionnelles, comme les infrastructures et l’immobilier mondial, qui a été moins reluisante au deuxième trimestre, avec ici un rendement respectif de 2,8 % et de -1,1 %. Dans l’ensemble, un portefeuille équilibré type a dégagé un rendement négatif de 0,5 % au deuxième trimestre, contre un rendement positif de 3,6 % au premier.


Aon a toutefois ajouté que 95 % des régimes de retraite composant son échantillon demeuraient déficitaires à la fin du deuxième trimestre. Chez Mercer, on retient qu’« à mesure que le taux de capitalisation des régimes s’approche de 100 %, les gains potentiels des répondants qui continuent de prendre des risques diminuent, particulièrement dans le cas des régimes qui sont maintenant fermés ». Ici aussi la sensibilité est forte. Aon ajoute qu’un régime ayant adopté quelques stratégies simples de réduction du risque au début de 2011 aurait affiché à la fin de juin un ratio de solvabilité de 85 %, contre celui de 77 % mesuré pour un régime médian.

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