Portrait d’entreprise - Virage vers la croissance

Nathalie Légaré a succédé à son père à la présidence de Location Jean Légaré.
Photo: François Pesant Le Devoir Nathalie Légaré a succédé à son père à la présidence de Location Jean Légaré.

Depuis l’invention de l’automobile, toutes les blagues ont été faites sur les femmes au volant. « Il s’en fait encore », souligne Nathalie Légaré, complètement immunisée contre ce genre d’humour depuis longtemps et encore plus depuis qu’elle a les deux mains sur le volant et le pied sur l’accélérateur en vue de négocier un virage vers la croissance d’une entreprise qui compte déjà 460 véhicules.

Son père, Jean Légaré, a fondé, il y a 40 ans, cette entreprise familiale qui porte son nom. En plus de son épouse, ses deux enfants, Nathalie et Benoît, y ont travaillé très jeunes. Puis, un jour, il a fallu prendre des décisions majeures.


M. Légaré a pensé alors que le temps était venu pour lui de passer à autre chose et d’investir dans l’immobilier plutôt que de rester dans la location de véhicules. Devenus adultes, les enfants s’y sont opposés. Le contrat avec Ultramar pour le terrain allait prendre fin. Il fallait déménager l’entreprise. Le père a donné cinq ans à sa progéniture pour effectuer cette transition, non seulement le déménagement, mais aussi un changement de direction et de propriétaire. Qui du frère ou de la soeur allait prendre les commandes ? « J’adore mon frère, mais il n’avait pas la même vision, la même philosophie à propos des employés. Il y a eu des tensions ; mes parents étaient pris entre l’arbre et l’écorce. Ce n’était drôle pour personne », se souvient Nathalie Légaré.


Le recours à des consultants ne donnait pas de résultats et l’entreprise stagnait. À bout de patience, Nathalie a dit : « Il faut faire quelque chose. Ce n’est pas vrai qu’on va se chicaner pour une compagnie. Nous avons toujours été tissés serrés. Il n’est pas question de continuer si la famille se déchire. » Ce sont finalement des psychologues industriels, qui ont aidé la famille à sortir de cette impasse. Ce fut un dur exercice de patience au bout duquel Benoît en est venu à la conclusion qu’il voulait faire autre chose, sans briser l’harmonie familiale.

 

Un partenaire important


Il y a plus de deux ans, Nathalie est devenue actionnaire majoritaire avec une participation de 51 %. Ce transfert de propriété a été rendu possible grâce au Fonds de solidarité FTQ Montérégie, avec un prêt de capitalisation. Mme Légaré est présidente et elle est la seule à avoir les deux mains sur le volant, mais le Fonds est juste à côté et suit de près les manoeuvres de la conductrice. « J’envoie mes chiffres tous les mois au Fonds. C’est un très bon partenaire et très gentil. Il a su comprendre les besoins de l’entreprise. Si j’ai des inquiétudes ou besoin d’informations sur une situation particulière, il a toujours quelqu’un à me référer. J’avais frappé à beaucoup de portes pour avoir du financement. C’est sûr que c’est moins cher dans les banques qu’au Fonds de solidarité, mais les banques sont encore dans le financement traditionnel. Il leur faut des garanties. Pour elles, acheter des actions c’est comme acheter de l’air. En leur donnant des garanties plus importantes, il ne reste plus d’espace pour l’expansion. Le Fonds avec un prêt sans garantie est au front comme moi », explique la présidente, qui, du même coup, montre toute la pertinence de cette institution dans l’économie québécoise.


Mme Légaré va racheter le reste des actions par tranche de cinq ans. Son père détient pour l’instant une participation de 49 %.


En septembre dernier, Location Jean Légaré (LJL) a fait l’acquisition d’une entreprise de Saint-Constant qui oeuvre dans le même domaine qu’elle. Le propriétaire qui voulait prendre sa retraite l’a contactée. « C’était un gros saut pour moi. J’étais très nerveuse », avoue la présidente. Jusque-là, l’entreprise n’était jamais sortie de l’île de Montréal, bien que ses véhicules loués aillent partout au Québec et même ailleurs. La nouvelle patronne sait qu’elle doit « prendre une certaine distance des activités quotidiennes pour voir plus grand ».

 

Service complémentaire


Par ailleurs, en juin dernier, LJL est devenu le détenteur exclusif de Pods au Québec, ce qui ajoute un important service complémentaire à ses activités. Pods est une société américaine qui se spécialise dans l’offre de conteneurs à remplir à la convenance et au rythme du client, celui par exemple qui doit déménager après avoir vendu sa maison et qui ne peut pas prendre possession de sa nouvelle résidence tout de suite. Il peut mettre tous ses meubles dans des conteneurs qui sont logés dans les entrepôts de Pods, le temps qu’il faut, sans aucune manutention supplémentaire. LJL a évidemment tous les camions nécessaires pour transporter ces conteneurs.


Ce service est déjà offert par d’autres franchisés à Ottawa et à Toronto. Pods est un projet viable dans les grandes villes. LJL et Pods peuvent partager les coûts dans tous les projets d’expansion qui viendront. Le prochain sera concrétisé dans quelques semaines à Laval. Mme Légaré entend s’inspirer de ce qui s’est fait ailleurs. En lançant leur franchise avec environ 200 conteneurs, Pods a maintenant 900 conteneurs à Ottawa et 2000 à Toronto. À Montréal, il s’agit maintenant de mieux faire connaître l’existence de ce service.


Le financement pour l’achat de cette franchise a été obtenu dans ce cas d’Investissement Québec et Benoît, le frère de la présidente, est devenu actionnaire de la franchise dont il assume la direction. Pour les deux prochaines années, Mme Légaré a d’autres projets d’expansion, sans dire où, cependant. Il est clair qu’elle a un oeil sur la ville de Québec, qui bouillonne d’activités économiques et culturelles ; elle s’inquiète de la rareté de la main-d’oeuvre, étant donné le faible taux de chômage dans la capitale.

 

Clientèle commerciale


Qui sont les clients de LJL ? Environ 70 % proviennent du monde commercial et le reste est composé de particuliers pour des déménagements occasionnels.


La période de déménagement à Montréal aux environs de 1er juillet est bien sûr importante avec des réservations de 100 à 150 camions, qui sont loués deux fois dans la journée, une fois le matin et l’autre l’après-midi. La flotte compte aussi un petit nombre d’autos qui sont louées à des gens du voisinage de la rue Hochelaga où est située l’entreprise et à de plus importants clients plus réguliers dans la catégorie commerciale, comme le Cirque du Soleil, qui voudront louer une automobile pour une courte période, sans avoir à ouvrir un compte ailleurs. Plusieurs artistes sont des clients de véhicules de transports de passagers plus ou moins gros. Les tournages de téléséries nécessitent aussi plusieurs véhicules, qu’on voit d’ailleurs très souvent dans les rues de Montréal.


La flotte comprend également des véhicules de transport pour des personnes à mobilité réduite, c’est-à-dire qui ne peuvent pas quitter leur fauteuil roulant pour s’asseoir sur un siège ordinaire. Ce service répond à une demande de l’industrie touristique.


Chaque année, LJL renouvelle presque la moitié de sa flotte, de manière à disposer en permanence de véhicules en parfaite condition, mais aussi pour profiter d’une bonne valeur de rachat. Ses véhicules peuvent être vendus directement à un client ou alors à des concessionnaires ou à d’autres sociétés. L’entreprise compte une soixantaine d’employés et son chiffre d’affaires pourrait se situer quelque part entre cinq et dix millions.


Nathalie Légaré est aussi présidente du Regroupement des loueurs de véhicules du Québec, dont font partie une douzaine d’entreprises qui se sont rapprochées afin de faire plus efficacement des démarches auprès des gouvernements sur des questions de réglementation qui les concernent, par exemple, les radars photo. Qui doit payer les infractions ; celui qui a loué un véhicule ou celui qui en est le propriétaire ? Il semble qu’il y ait une entente pour que ce soit la responsabilité du gouvernement de se mettre à la recherche de celui qui serait responsable de l’infraction, plutôt que le propriétaire du véhicule loué.


 

Collaborateur

1 commentaire
  • syvoun Phay - Inscrit 2 juillet 2013 10 h 44

    Location Jean Legaré

    Je suis déjà passé par cette société de location de véhicules. Mais je conseille à tout le monde de déménager en cours d'année, avant la période de Juillet car sinon les tarifs doublent. J'ai loué pendant 7 heures un camion de 12 pi tout frais inclus au prix de 156$ au cours du mois de d'avril. Si j'avais déménagé le 1er juillet, j'aurais dépensé plus de 325$.
    Alors opter pour un déménagement tôt dans l'année mes chers amis...
    http://www.lesclesdumidi-foix.com