Avec ou sans Poloz, le dollar canadien est en baisse

Le dollar canadien est en recul par rapport à la devise américaine depuis quelques jours.
Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson Le dollar canadien est en recul par rapport à la devise américaine depuis quelques jours.

On pensait que l’arrivée de Stephen Poloz à la tête de la Banque du Canada pourrait amener un changement de politique monétaire favorisant un abaissement de la valeur du huard. La devise canadienne est bien en recul, depuis quelques jours, mais à cause du changement de cap d’une autre banque centrale.


Le dollar canadien a poursuivi son recul, mardi, en clôturant à 95,16 ¢US, en retrait de 0,21 ¢ par rapport au début de la journée. Cette nouvelle baisse par rapport au billet vert a notamment été causée par le dévoilement de bonnes nouvelles économiques aux États-Unis sur les fronts manufacturier et immobilier et du côté de la confiance des consommateurs. Cela porte le recul total du huard à presque 3 ¢ depuis la semaine dernière.


La banque centrale… américaine


La devise canadienne s’est mise à piquer du nez tout de suite après que la Réserve fédérale américaine eut précisé la démarche qu’elle entendait suivre pour diminuer le rythme de ses injections de liquidités dans l’économie américaine en même temps que la reprise s’affermira aux États-Unis. Si tout se passe bien, le ralentissement graduel de la planche à billets ne devrait pas commencer avant cet automne et ne pas arriver à un arrêt complet avant l’été prochain, et il n’est pas question de relever le taux directeur de la Fed - à son plancher absolu de 0 % depuis 2008 - avant 2015. Et pourtant, la nouvelle a immédiatement déclenché un important mouvement d’exode de capitaux de partout à travers le monde vers les obligations libellées en dollar américain dans l’espoir de profiter d’une remontée des taux d’intérêt et en attendant d’investir aussi à la Bourse américaine si l’accélération de la reprise économique se confirme.


Le Canada et sa devise n’ont pas été à l’abri de cette grande migration vers le billet vert. Il faut dire que le huard canadien avait été largement engraissé au cours des dernières années par l’afflux considérable d’investisseurs étrangers attirés par la meilleure solidité financière des gouvernements canadiens et par des taux d’intérêt à court terme légèrement plus élevés.


Or une grande part de ces investisseurs venait des États-Unis, rappelait la semaine dernière une étude de la Banque TD. « En cinq ans, la part de la dette canadienne détenue dans des portefeuilles étrangers a crû de 400 milliards, dont près des trois quarts viennent du sud de la frontière. »

 

Le rôle de la Banque du Canada


Le recul du dollar canadien des derniers jours arrive alors que les exportateurs canadiens disent, depuis des années, que la trop grande force du huard les empêche de vendre leurs produits à l’étranger. La volonté exprimée du gouvernement Harper de voir une remontée des exportations et l’arrivée de l’ancien patron de l’agence fédérale chargée de faire la promotion des exportations (EDC), Stephen Poloz, à la tête de la Banque du Canada, au début du mois, ont fait croire, chez certains observateurs, à un éventuel assouplissement de la politique monétaire afin d’abaisser la valeur du huard et d’augmenter les exportations canadiennes.


Tout cela est bien mal connaître les causes de l’appréciation du dollar canadien ainsi que le mandat de la Banque du Canada, disait l’économiste de l’Université McGill et chercheur à l’Institut C.D. Howe Christopher Ragan, dans une note publiée mardi. Si la valeur du huard a été si élevée ces dernières années, c’est parce que les investisseurs avaient confiance dans la solidité financière canadienne, mais surtout parce que le Canada exporte des tonnes de matières premières à gros prix. Or une accélération de l’activité économique du voisin américain et premier consommateur de matières premières au monde ne fera rien pour réduire cette pression à la hausse sur le huard.


La Banque du Canada n’y peut rien de toute façon, poursuit le professeur. Comme elle n’a qu’un seul outil d’intervention (la fixation des taux d’intérêt à court terme), elle ne peut poursuivre efficacement qu’une seule cible, et cette cible reste toujours la même : un taux d’inflation à moyen terme aux alentours de 2 %.

 

Poloz et Carney


La Banque du Canada ne semble pas vouloir dévier de cette mission d’ailleurs. Dans son premier discours à titre de gouverneur, la semaine dernière, Stephen Poloz n’a rien dit sur la force du huard. Il a plutôt réitéré que « la cible d’inflation est sacrée pour nous » et que, pour atteindre cette cible, « un régime de changes flottants est aussi indispensable ».


Son prédécesseur, Mark Carney, avait l’habitude de dire que l’impact de la force du huard sur les exportations faisait partie des nombreuses variables économiques dont la Banque du Canada tient compte avant de déterminer le degré de détente monétaire requis. Il avait toutefois estimé, l’été dernier, que la forte appréciation du dollar canadien depuis dix ans n’était qu’à 20 % responsable des contre-performances des exportations canadiennes. Selon lui, le problème venait plutôt, pour les deux tiers, d’un mauvais choix de marchés d’exportation. « Notre exposition est trop grande vis-à-vis des États-Unis, [et] trop faible par rapport aux marchés émergents en expansion rapide », avait-il déclaré devant les Travailleurs canadiens de l’automobile réunis en congrès.

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Ce texte a été modifié après publication.

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