Chômage - Des défis importants pour les jeunes canadiens

Au début des années 90, le taux de chômage chez les jeunes était d’environ 1,7 fois supérieur à celui des autres, alors qu’aujourd’hui, il se révèle 2,4 fois plus élevé.
Photo: - Le Devoir Au début des années 90, le taux de chômage chez les jeunes était d’environ 1,7 fois supérieur à celui des autres, alors qu’aujourd’hui, il se révèle 2,4 fois plus élevé.

L’apparent retour à la normale du taux de chômage des jeunes au Canada cache des changements et des défis importants en cette ère de précarité croissante et de transformations économiques, observe la Banque CIBC.

Le taux de chômage, chez les jeunes Canadiens âgés de 15 à 24 ans, est revenu aux alentours de sa moyenne des 35 dernières années de 14 %.


Cette amélioration est rassurante dans un contexte où le problème prend des proportions alarmantes dans plusieurs autres pays, mais la moyenne générale ne dit pas tout, observe l’économiste Benjamin Tal dans une brève analyse dévoilée jeudi. Elle ne permet pas de voir, par exemple, comment l’écart entre ces jeunes et les autres travailleurs s’est creusé ces dernières années. Au début des années 90, le taux de chômage chez les jeunes était d’environ 1,7 fois supérieur à celui des autres, alors qu’aujourd’hui, il se révèle 2,4 fois plus élevé.


Entre l’école et le travail


Il est vrai que dans les rangs de ces jeunes disant chercher sans succès du travail, on retrouve un certain nombre de personnes qui sont aussi aux études, ce qui pourrait avoir l’air de fausser l’ampleur réelle du problème. Par contre, les statistiques officielles sur le chômage ignorent également les quelque 225 000 jeunes de 15 à 24 ans qui ne sont ni à l’école, ni en recherche active d’emploi. En réalité, le nombre de ceux qui n’ont pas d’emploi et qui ne sont pas non plus aux études s’élève à un total de 420 000 sur les 4,5 millions de Canadiens âgés de 15 à 24 ans, pour une proportion de 5,9 % des jeunes de 15 à 19 ans et de 12,5 % des 20-24 ans.


C’est beaucoup mieux qu’au tournant des années 80 - où ces proportions étaient environ le double -, mais cela reste néanmoins symptomatique d’une jeunesse aux prises avec « un marché de l’emploi dur, de véritables barrières à l’entrée et un niveau de qualification professionnelle insuffisant pour se tailler une place », déplore Benjamin Tal.


Du côté de ceux qui ont quitté les études et qui sont parvenus à se trouver un emploi, une proportion record - 22 % des 15-19 ans et 14 % des 20-24 ans - ne travaille qu’à temps partiel, alors que plus des deux tiers d’entre eux auraient voulu avoir un emploi à temps plein. La proportion de jeunes travailleurs engagés en vertu de contrats temporaires a beaucoup plus augmenté que chez les autres travailleurs, passant de 8 à 12 % en l’espace d’une quinzaine d’années.


Du côté de ceux, de plus en plus nombreux, qui ont choisi de rester plus longtemps aux études, un cinquième n’a jamais occupé d’emploi de sa vie, de quelque nature que ce soit.


Un monde différent


Toutes ces tendances reflètent bien les changements en cours dans le monde du travail et se révèlent préoccupantes, dit Benjamin Tal. « La réalité économique de jeunes aujourd’hui est très différente de celle des générations précédentes », note-t-il. Le manque d’expérience professionnelle et la précarisation de l’emploi rendent les jeunes particulièrement vulnérables aux compressions et aux restructurations des entreprises et des gouvernements. La tendance à un allongement des études est une excellente nouvelle, mais elle aura besoin d’être renforcée par un meilleur arrimage avec le marché du travail.

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