Grève dans la construction - Le gouvernement Marois s’en mêle

Pour l’heure, une loi spéciale visant à forcer le retour des travailleurs sur les chantiers de construction n’est pas envisagée, assure la première ministre Pauline Marois.
Photo: - Le Devoir Pour l’heure, une loi spéciale visant à forcer le retour des travailleurs sur les chantiers de construction n’est pas envisagée, assure la première ministre Pauline Marois.

Le gouvernement péquiste montre des signes d’impatience devant l’incapacité de l’Alliance syndicale de la construction et l’Association de la construction du Québec de trouver un terrain d’entente. La ministre du Travail, Agnès Maltais, entend « tirer les choses au clair » avec les deux parties à l’occasion d’une réunion extraordinaire jeudi, 72 heures après le début de la grève des 175 000 travailleurs du secteur de la construction.


Elle entend réussir là où son conciliateur a échoué mardi, c’est-à-dire à rapprocher les parties patronale et syndicale. Il s’agira d’un « moment important », a-t-elle spécifié mercredi.


Si le dossier n’est toujours pas réglé « dans deux semaines », le gouvernement va se voir forcé de poser des gestes « plus drastiques », a pour sa part mis en garde la première ministre, Pauline Marois. « Si dans deux semaines il n’y a pas eu de règlement, un moment donné, il va falloir poser des gestes plus drastiques, mais honnêtement, ce n’est pas ce que nous souhaitons, ce n’est pas ce que nous voulons, et nous ne travaillons pas dans ce sens-là », a-t-elle déclaré avant la tenue d’une réunion du Conseil des ministres.


Agnès Maltais a une nouvelle fois écarté la possibilité de rappeler les députés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale afin d’adopter une loi spéciale contraignant les grévistes à retourner sur les chantiers du Québec. « Ils [patrons et syndiqués] seront tous là, ici, à Québec. Je veux les rencontrer pour qu’on se parle, qu’on tire les choses au clair [sur les sujets de négociation] et qu’on en arrive à une solution négociée », a déclaré l’élue mercredi matin.


Elle rencontrera les quatre associations patronales en avant-midi, puis les cinq associations syndicales en après-midi. « C’est un geste imposant qu’un ministre du Travail demande qu’ils viennent », a fait remarquer Mme Maltais. Elle n’a toutefois pas voulu préciser ce qu’elle entendait « tirer au clair » avec les représentants des deux camps. « Je n’ai jamais négocié sur la place publique. Je leur ai demandé de ne pas négocier sur la place publique », s’est-elle contentée de dire.


Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, a aussi exhorté les parties patronale et syndicale à se montrer « à la hauteur de leurs responsabilités » en trouvant un compromis sur les salaires et les horaires de travail des travailleurs, puis sur la mobilité de la main-d’oeuvre.


Malgré les appels à la négociation, les pourparlers n’ont pas repris mercredi entre l’Alliance syndicale de la construction et l’Association de la construction du Québec.


« On va aller là [à la rencontre avec la ministre] demain avec toute l’ouverture possible », a promis le porte-parole de l’Alliance syndicale de la construction, Yves Ouellet. « Ce n’est pas parce qu’on rencontre la ministre que la grève ne continue pas », a-t-il toutefois ajouté.D’ailleurs, des dizaines de grévistes prendront part à une « marche de la solidarité » des travailleurs de la construction de la grande région de Montréal devant les bureaux de l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec (APCHQ).


M. Ouellet a exhorté mercredi les membres des cinq syndicats en grève à se serrer les coudes en ne dérogeant pas au mandat de grève. « Ça évite des discussions un peu olé [où] le ton monte un peu. […] On ne veut pas que ça devienne plus corsé », a-t-il ajouté alors que les esprits s’échauffent sur certains chantiers.


Le temps presse, a insisté le porte-parole de l’opposition officielle en matière de travail, Guy Ouellette. « Il y a des lettres d’employeurs et de multinationales qui circulent, qui évoquent la fermeture de chantiers pour tout l’été si ce n’est pas réglé le 23 juin. Ces documents existent. Déjà, l’économie en prend pour son rhume avec [des pertes de] plusieurs millions de dollars par jour », a-t-il indiqué. Le Parti libéral du Québec presse le gouvernement à désigner un médiateur spécial chargé de faciliter l’adoption d’un règlement au plus tard vendredi à minuit. S’il échoue, les élus devraient se pencher durant le week-end sur un retour au travail forcé des ouvriers au lendemain de la Fête nationale.


Le porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de travail, Christian Dubé, s’étonnait du fait que la ministre Maltais ne brandisse pas la menace d’une loi spéciale. « C’est inacceptable d’aller rencontrer les deux parties demain [jeudi] sans avoir dans son coffre à outils cette loi spéciale. Souvenez-vous, il y avait des pénalités le lendemain de la première grève dans les garderies privées. Aujourd’hui, on a le problème économique le plus important, c’est 15 % de l’économie, et on n’utilise pas l’outil qui aiderait à avoir une négociation », a-t-il déploré. La Coalition avenir Québec a signifié à ses députés de se tenir prêts à rentrer à l’Assemblée nationale.


 

Avec La Presse canadienne

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