Sommet du G8 - Les négociations É-U—UE ouvertes malgré une nouvelle polémique

Enniskillen — Les États-Unis et l’Union européenne ont donné lundi, en marge du G8, le coup d’envoi aux négociations du plus vaste accord de libre-échange jamais conclu, mais le sort de la culture lézarde encore l’unité de l’Europe et le débat s’annonce houleux dans plusieurs domaines clés.


« Nous parlons de ce qui peut devenir le plus grand accord commercial bilatéral de l’histoire », a déclaré le premier ministre britannique David Cameron devant la presse. Le président américain Barack Obama a annoncé que le premier cycle de tractations sur le fond aurait lieu en juillet à Washington. Mais le feu vert officiel a été donné à Lough Erne, en Irlande du Nord, où sont réunis lundi et mardi les dirigeants des huit grandes puissances industrielles.


Un représentant du gouvernement canadien a immédiatement assuré sous le couvert de l’anonymat qu’Ottawa ne s’inquiétait pas de voir ses propres discussions de libre-échange avec l’Union européenne être reléguées au second plan.


Nouvelle polémique


Pour David Cameron, qui a fait du libéralisme commercial une priorité de sa présidence du G8, c’est en soi « un succès », selon son porte-parole. En effet, la cérémonie a bien failli capoter : les Européens ne sont parvenus à se mettre d’accord sur leur mandat de négociation qu’in extremis, vendredi, après avoir accepté d’exclure le secteur audiovisuel au nom de l’exception culturelle défendue avec acharnement par la France.


L’UE était donc censée afficher un front uni en Ulster. Mais cette unité de façade semble déjà se fissurer. Visiblement irrité d’avoir dû céder face aux menaces françaises de veto, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a relancé lundi la polémique en dénonçant une attitude « totalement réactionnaire ».


Même si Bruxelles a ensuite assuré que ce qualificatif ne visait pas directement Paris, les réactions indignées n’ont pas tardé côté français. « Je ne veux pas croire que le président de la Commission européenne ait pu tenir des propos sur la France », a déclaré le président François Hollande. « Ce que je demande au président Barroso, c’est maintenant de mettre en oeuvre le mandat qui a été décidé », a-t-il insisté.


La Commission, qui mènera les négociations avec Washington, n’a toutefois pas renoncé à réintroduire l’audiovisuel dans le champ des discussions, mais il lui faudra obtenir l’accord de tous les États membres et donc, ce qui est peu probable, de la France.


Plus vaste zone


Ce bras de fer a occulté jusqu’ici les autres enjeux, souvent énormes, de ce qui devrait devenir, si un accord est finalement conclu, la plus vaste zone de libre-échange au monde. « Notre partenariat va véritablement changer la donne pour l’économie mondiale », s’est félicité lundi José Manuel Barroso.


Alors que la zone euro est à nouveau en récession et que les États-Unis jugent leur croissance insuffisante pour résorber durablement le chômage, la création d’un immense marché commun transatlantique doit permettre de doper les économies des deux blocs. Les échanges entre les deux rives de l’Atlantique sont déjà colossaux : en 2012, l’Europe a exporté pour plus de 291 milliards d’euros de biens vers les États-Unis et a importé pour plus de 205 milliards.


S’il voit le jour, l’accord rapporterait quelque 119 milliards d’euros supplémentaires par an au Vieux Continent, et 95 milliards aux États-Unis, selon une étude réalisée par le Centre for Economic Policy Research, à Londres. Les exportations européennes vers les États-Unis pourraient bondir de 28 %, et l’industrie automobile devrait être de loin le premier bénéficiaire.


Traduction concrète, selon David Cameron : « deux millions d’emplois supplémentaires » et « plus de choix et des prix plus bas dans nos magasins ».


« Ces négociations ne seront pas toujours faciles mais je suis sûr qu’elles en vaudront la peine », a estimé Barack Obama. Plusieurs points litigieux devraient compliquer les tractations, qui porteront - davantage que sur des droits de douane, déjà faibles - sur une harmonisation des normes et réglementations. Les États-Unis pourraient exiger de protéger le transport maritime, ainsi que les services financiers.


Côté européen, la libéralisation des échanges devrait faire débat notamment sur l’agriculture, les normes sanitaires, avec la question du boeuf aux hormones ainsi que les organismes génétiquement modifiés (OGM), courants aux États-Unis et strictement réglementés en Europe.


Autant de sujets qui risquent de ralentir l’allure de négociations que les deux parties souhaitent rapides. Londres évoque une durée de « douze à dix-huit mois », tandis que le président de la Commission européenne a parlé de « deux ans ».


Mais « je ne peux pas prédire combien de temps elles dureront », a prévenu José Manuel Barroso.

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