Pétrole albertain cherche partenaires québécois

Dans les sables bitumineux de l'Alberta
Photo: La Presse canadienne (photo) Jeff McIntosh Dans les sables bitumineux de l'Alberta

Nous avons le vent dans les voiles, nous avons du travail à donner, mais nos règles de conformité, que vous devrez suivre à la lettre, sont très strictes. Et si jamais des groupes environnementaux vous demandaient de justifier les raisons pour lesquelles vous brassez des affaires dans les sables bitumineux, nous serions là pour vous aider.


Voilà l’essentiel du message qu’une vice-présidente de la pétrolière géante Suncor a livré vendredi matin devant un auditoire de gens d’affaires réunis dans le sous-sol d’un chic hôtel de Montréal. L’objectif : une séance de réseautage privée avec une mission albertaine composée de Suncor, de l’opérateur de pipelines TransCanada et du groupe pétrolier et gazier Canadian Natural Resources.


« Ça vaut la peine d’embarquer avec nous », a dit Heather Kennedy, vice-présidente aux relations gouvernementales chez Suncor. « Nous allons être en activité pendant 35 ans. […] Il y a beaucoup d’occasions d’affaires. »


Suncor fait déjà affaire avec quelques centaines de fournisseurs au Québec. La compagnie a dépensé environ 425 millions dans la province l’an dernier, principalement pour sa raffinerie de Pointe-aux-Trembles. De cette somme, 171 millions ont été consacrés aux biens et services destinés à l’Alberta. « L’ensemble de nos dépenses en immobilisations pour 2013 est prévu à 7,3 milliards, a ajouté Mme Kennedy. Alors, il y a de la marge. »


Parmi les gens présents dans la salle figuraient notamment des représentants d’entreprises spécialisées dans l’usinage et d’autres provenant du milieu de la fabrication de structures d’acier. « Je viens ici parce que le face à face, c’est plus efficace que le téléphone », a dit l’un d’eux.

 

Répondre aux écologistes


À la toute fin de sa présentation, toutefois, Mme Kennedy a insisté pour aborder un dernier point : la réputation négative qui colle à l’exploitation des sables bitumineux.


« Je sais qu’ici, au Québec, certains d’entre vous vont se dire : “Hmm, les sables bitumineux, devrais-je faire affaire avec ça ?” », a dit Mme Kennedy, qui a grandi à Montréal. « Peut-être qu’on va vous en parler à la maison, peut-être que des employés vont vous poser des questions. N’ayez pas peur de nous poser des questions, nous comprenons que l’industrie est une cible dans les milieux politiques, pour un paquet de raisons. Et en fait, nous avons des outils pour vous aider à composer avec ça. »


Des groupes environnementaux comme Greenpeace et Équiterre critiquent souvent l’exploitation des sables bitumineux. Ce processus, disent-ils, produit 80 % plus de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel. Ils s’inquiètent notamment du projet d’Enbridge d’inverser le flot d’écoulement du pipeline Sarnia-Montréal pour amener ici du pétrole de l’Ouest canadien. Moins cher que celui de l’étranger, ce pétrole alimenterait la raffinerie de Suncor et celle d’Ultramar à Lévis.


« Nos fournisseurs se font constamment poser des questions, a poursuivi Mme Kennedy devant les gens d’affaires. Si vous êtes un fournisseur important pour Suncor, vous allez recevoir une lettre de la part d’un groupe environnemental vous demandant d’arrêter de faire affaire avec Suncor. »


Invitée à préciser ses commentaires, la vice-présidente de l’entreprise a dit au Devoir que Suncor a mis sur pied un blogue, des rapports de développement durable de même que du personnel qui peut s’asseoir avec les fournisseurs pour « les aider à répondre en avançant des faits ». « C’est important pour nous, nous comprenons le défi, nous sommes au courant de la réputation de notre industrie », a-t-elle ajouté.


De leur côté, les représentants de TransCanada et de Canadian Natural Resources (CNR) ont axé leur présentation sur le développement des principaux projets de leurs entreprises respectives.


TransCanada, par exemple, rêve d’un pipeline pétrolier qui relierait l’Ouest canadien et le Nouveau-Brunswick en passant par le Québec. Quant à CNR, la première phase de son projet d’exploitation Horizon, dans les sables bitumineux au nord de Fort McMurray, s’est traduite par des dépenses de 457 millions auprès de fournisseurs québécois, comparativement à 765 millions en Ontario et 430 millions dans les Maritimes.

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