Il est «normal» de présenter ses excuses lorsqu’on s’est trompé, dit Jean-Claude Trichet

Jean-Claude Trichet
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Kovarik Jean-Claude Trichet

Le mea culpa fait récemment par le Fonds monétaire international (FMI) au sujet de la gestion de la crise grecque est une « procédure normale lorsque vous regardez si ce que vous avez fait était optimal ou pas », estime l’ex-président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet.


La semaine dernière, le FMI a publié un rapport dans lequel on a pu lire qu’« il y a eu des échecs notables », que « la confiance des marchés n’a pas été rétablie » et que « l’économie a été confrontée à une récession bien plus forte que prévu ».


Dans la gestion de la crise grecque, qui se poursuit aujourd’hui avec un programme d’austérité si draconien que le diffuseur d’État vient de cesser ses activités, le FMI formait une « troïka » avec la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne.


M. Trichet, qui était de passage au Québec pour participer à la troisième journée de la Conférence de Montréal, a été président de la BCE de 2003 à 2011. Il était donc aux premières loges lorsque la Grèce a fait ses premières demandes financières aux institutions européennes en avril 2010.


« Ce qui est clair, c’est que, dans le cas de la Grèce, la découverte progressive que la mise en oeuvre des décisions serait extrêmement difficile quelle que soit leur nature - et parfois même entravées par le fonctionnement de l’État -, ça, c’est quelque chose qui est avéré », a dit l’ancien président de la Banque centrale européenne lors d’une brève conférence de presse.


M. Trichet est venu plusieurs fois à Montréal, mais sa présence hier était la première depuis son départ de la BCE, laquelle a remplacé les 17 banques centrales nationales de la zone euro et est aujourd’hui dirigée par Mario Draghi.


Retour à l’équilibre


Au sujet des programmes qui ont été mis en place dans la foulée de la crise des dettes souveraines, M. Trichet refuse de parler d’« austérité ». « Ce que les gens appellent parfois l’austérité, moi, j’appelle ça retourner progressivement à l’équilibre », a-t-il dit en reconnaissant que l’expérience est en effet très difficile sur les populations.


Sur scène avec M. Trichet, le président de l’agence financière Bloomberg, Daniel Doctoroff, a estimé que l’Europe traverse « un malheureux processus de redressement ».


« Que pourrait-on faire de plus ? À certains égards, c’est probablement trop vite et à d’autres, trop lent, a dit M. Doctoroff, un ancien maire adjoint responsable des dossiers économiques de New York sous la gouverne de Michael Bloomberg. Mais reconnaissons que c’est une situation extrêmement complexe en matière de gouvernance, comparativement aux États-Unis ou au Canada. »

 

La croissance en mode arrêt


L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a récemment revu à la baisse ses prévisions de croissance économique mondiale pour 2013, les faisant passer de 3,4 % à 3,1 %. Or l’Europe demeure un facteur de risque, et le continent devrait poursuivre sa récession avec un recul de 0,6 %, a estimé l’organisme, qui croyait auparavant à un recul de 0,1 % pour l’année.


L’Europe ne reviendra à la croissance qu’en 2014, a ajouté l’OCDE, selon laquelle elle se chiffrera à 1,1 %.


En même temps, a mentionné M. Trichet, « qui aurait parié que l’euro démontrerait autant de résilience vis-à-vis des autres devises ? Un très petit pourcentage des observateurs ». Il reste « encore beaucoup de travail » à faire, a-t-il affirmé.


Sur un autre sujet, les écarts de revenus entre riches et moins nantis, M. Doctoroff a dit que le problème est réel et qu’il n’y a rien de bon pour une société dans le fait d’avoir une « classe supérieure permanente » due à une mécanique fiscale permettant les héritages détaxés. D’un autre côté, si une société augmente trop les impôts, a-t-il ajouté, il en résulte un effet négatif sur l’activité économique.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 12 juin 2013 22 h 35

    L'erreur

    Et quand une «erreur» plonge un pays dans une récession sans fond et provoque la dissolution du tissus social, que fait-on?