Nuages sombres sur le «ciel unique» européen

Les contrôleurs aériens en ont contre la privatisation des services, notamment des équipes d’entretien et de maintenance des radars. Le syndicat déplore que le ciel unique serve de prétexte à la libéralisation.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fred Dufour Les contrôleurs aériens en ont contre la privatisation des services, notamment des équipes d’entretien et de maintenance des radars. Le syndicat déplore que le ciel unique serve de prétexte à la libéralisation.

Paris — Une grève mardi en France d’aiguilleurs du ciel a entraîné l’annulation d’un quart des vols prévus et poussé Paris et Berlin à demander à Bruxelles de surseoir à son projet de libéralisation du contrôle aérien présenté dans l’après-midi au Parlement européen.


Selon la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), 1800 vols ont été annulés sur l’ensemble du territoire, alors qu’en moyenne « il y a 7650 vols sur la journée ». Mais, a indiqué un porte-parole à l’AFP, la situation est « assez calme », avec peu de retards, grâce à des mesures prises en amont. La DGAC avait demandé aux compagnies aériennes de réduire leur programme de vols de 50 % de mardi à jeudi dans les aéroports parisiens d’Orly et de Roissy et les principaux aéroports de province.


Le syndicat autonome des contrôleurs du trafic aérien (SNCTA), majoritaire chez les aiguilleurs, avait déposé un préavis de mardi à jeudi, afin de dénoncer « les conséquences directes sur la politique nationale des contraintes européennes » dans le secteur. Mais, après l’intervention du ministre des Transports Frédéric Cuvillier, qui a demandé avec son homologue allemand à la Commission européenne de surseoir à ses projets de libéralisation, le SNCTA a salué une « évolution encourageante » et a levé son préavis pour jeudi.


Le mouvement doit toutefois se poursuivre mercredi, d’autres organisations ayant également appelé à la grève ce jour-là, en coordination avec des syndicats d’autres pays européens membres de la Fédération européenne des travailleurs des Transports (ETF). Des actions sont prévues dans 11 pays par l’ETF qui entend dénoncer le projet de Bruxelles visant à créer un « ciel unique » européen.


À Strasbourg, le commissaire européen chargé des Transports Siim Kallas a tenté mardi de rassurer les aiguilleurs du ciel français en grève. « Quel est le problème ? », s’est-il interrogé. « Nous proposons uniquement des changements modestes qui entreront pleinement en vigueur en 2020 », a-t-il ajouté au cours d’une conférence de presse. « Il y a de la marge pour des changements structurels et nous pensons que cela créera des emplois supplémentaires », a-t-il plaidé, avant de présenter au Parlement européen des propositions pour relancer sa réforme de l’espace aérien qui a pour objectif de mieux lutter contre l’encombrement de l’espace aérien, mais qui marque le pas en raison de la réticence de plusieurs États à renoncer à leur souveraineté sur leur espace aérien.


Perdre «yeux et oreilles»


Ce projet, présenté il y a une dizaine d’années, a pour objectif de supprimer les frontières nationales dans les airs, tripler la capacité de l’espace aérien, réduire les coûts de gestion du trafic de 50 % et réduire de 10 % les incidences sur l’environnement. Il veut notamment une séparation complète entre les organismes de contrôle aérien et leurs régulateurs. Il entend aussi faire appliquer la simplification de l’espace aérien de l’UE, divisé en 27 blocs nationaux. Neuf blocs régionaux devaient être opérationnels fin 2012, mais ils ne le sont toujours pas. La Commission menace donc de sanctionner les États membres pour les pousser à agir.


M. Kallas propose également la mise en concurrence des services de soutien aux organisations de contrôle (services météorologiques, de navigation ou de surveillance).


Le ministre français des Transports Frédéric Cuvillier a indiqué mardi qu’il avait demandé à la Commission européenne, en accord avec Berlin, de surseoir à son projet. « La France ne soutient pas cette nouvelle initiative de la Commission européenne », a déclaré M. Cuvillier. Il a notamment expliqué que Paris ne souhaitait pas aller vers une « séparation des fonctions de régulation et de contrôle », que prévoit le projet.


« Ce qui nous pose problème, ce n’est pas le principe des règlements « ciel unique » qui visent à harmoniser la gestion de la navigation au niveau européen, on y est favorable », explique à l’AFP Olivier Joffrin, responsable du syndicat Usac-CGT (aviation civile). Mais, ajoute le représentant syndical, « ce qu’on n’accepte pas, c’est que la Commission utilise ce biais pour privatiser, et pousser à la libéralisation d’un certain nombre d’activités ».


Il cite notamment les services qui s’occupent de l’entretien et de la maintenance des antennes radars, qui « sont clairement les yeux et les oreilles des contrôleurs », et que la Commission souhaite, dit-il, externaliser.