Négociations dans la construction - Le patronat presse les parties de s’entendre

Selon le Conseil du patronat, les demandes syndicales feraient bondir les coûts des grands chantiers comme celui de l’amphithéâtre de Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Selon le Conseil du patronat, les demandes syndicales feraient bondir les coûts des grands chantiers comme celui de l’amphithéâtre de Québec.

La grève dans le secteur de la construction prévue le 17 juin est une « menace réelle et concrète », estime le Conseil du patronat (CPQ) en exhortant les parties à s’entendre le plus vite possible afin d’éviter des arrêts de chantier et des conséquences négatives sur l’économie du Québec.


Depuis des semaines, cinq syndicats et quatre associations patronales oeuvrent à des négociations devant aboutir à des conventions collectives qui couvriront la période de 2013 à 2017. Les discussions se déroulent en compagnie d’un conciliateur et semblent piétiner, mais il n’y a pas de rupture de pourparlers.


« Le gouvernement ne pourrait pas aujourd’hui décréter des conventions collectives comme autrefois ; il doit passer par un projet de loi, a dit le président du CPQ, Yves-Thomas Dorval, lors d’une conférence de presse à Montréal. Là, on est à la fin des travaux parlementaires avec un gouvernement minoritaire, une grève annoncée pour le 17 juin. Je m’excuse, mais on ne peut pas attendre plus longtemps. »


L’Alliance syndicale représente cinq syndicats totalisant 175 000 travailleurs.


M. Dorval a dit que le message s’adresse « aux associations d’employeurs et aux associations syndicales », de même qu’au « gouvernement du Québec, qui est le plus gros donneur d’ordres ».


Le président du lobby patronal comprend qu’il faille « protéger le pouvoir d’achat des travailleurs », mais il souhaite que les ententes mettent la table à des gains de productivité tout en évitant des hausses de coût qui seront refilés, a-t-il affirmé, aux consommateurs ou aux contribuables.


Pour la cause, le CPQ s’est adjoint mardi les Manufacturiers et exportateurs du Québec, le Conseil de l’industrie forestière, l’Association de l’aluminium du Canada et l’Association minière du Québec.


Du côté de l’Alliance syndicale, on évaluait en après-midi la possibilité de réagir à la sortie des regroupements patronaux. Quant aux négociations, deux réunions téléphoniques sont prévues cette semaine.


Les négociations touchent plusieurs secteurs : institutionnel, commercial et industriel, résidentiel, et génie civil et commercial. Une cinquième table porte sur les clauses communes, comme les assurances et les régimes de retraite.


Impasse


L’Alliance syndicale estime que les propositions patronales « appauvriront les travailleurs » et que chacun d’entre eux « pourrait perdre jusqu’à 3000 $ par année en raison de ces demandes ». « Les demandes syndicales représentent, en tout, à peine 8 % des profits bruts de plus de 3 milliards par année réalisés par les entrepreneurs », a-t-elle écrit la semaine dernière. « Pour un travailleur, ces demandes s’élèvent à 1,40 $ par heure par année, incluant le salaire et tous les avantages sociaux. »


De son côté, l’Association de la construction du Québec (ACQ), qui représente 16 000 entreprises totalisant 100 000 travailleurs, a reçu la semaine dernière deux mandats de lockout. Le vote en faveur d’une telle mesure s’est élevé à 95 % dans le secteur institutionnel-commercial et à 97 % dans l’industriel. Les deux autres regroupements patronaux sont l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec et l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec.


« Le mandat de grève ayant déjà été accordé aux syndicats avant même le début de la négociation, il devenait nécessaire pour l’ACQ de se doter d’un outil de réparation prévu dans la loi pour contrer les débordements et abus qui pourraient survenir lors de l’exercice de moyens de pression syndicaux », a indiqué l’ACQ le 4 juin dernier.


« Non seulement il y a un problème réel de perturbation des chantiers en cours et un manque de prévisibilité, mais en plus de ça on est préoccupés par le coût des décisions qui seront prises, que ce soit en termes de taux horaires, d’organisation du travail… Il y a un impact énorme », a dit M. Dorval.


Le p.-d.g. de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, a dit qu’« on n’est pas dans une logique de “passez au suivant ”» et qu’une hausse des coûts à long terme, pour les usines, pourrait entraîner une « logique de désinvestissement ». « Ça serait à peine perceptible, aussi peu perceptible, probablement, que les investissements qui ne seront pas au rendez-vous, à cause de l’imprévisibilité des politiques minières, des jeux qui se sont joués. On ne sait pas qui n’est pas venu. »

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