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Crise des dettes souveraines - Les marchés «paralysés» par le risque

Une analyste surveille les mouvements de la Bourse de Francfort malmenée par l’incertitude autour de la dette espagnole. Selon Rabah Ghezali, de NYSE Euronext, les acteurs du marché financier ont du mal à faire confiance aux analyses de risque et se tournent donc vers le marché obligataire.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fredrik Von Erichsen Une analyste surveille les mouvements de la Bourse de Francfort malmenée par l’incertitude autour de la dette espagnole. Selon Rabah Ghezali, de NYSE Euronext, les acteurs du marché financier ont du mal à faire confiance aux analyses de risque et se tournent donc vers le marché obligataire.

Les marchés financiers ont toujours la « boule au ventre » cinq ans après le début de la crise mondiale, soutient le directeur des affaires gouvernementales et européennes à NYSE Euronext, Rabah Ghezali. La taxe européenne sur les transactions financières ne les apaisera pas, prévient-il.

« Les marchés sont paralysés », a indiqué sans ambages le patron du groupe mondial d’entreprises de marchés financiers, précisant qu’« ils n’ont plus confiance dans l’analyse des risques telle qu’elle est actuellement faite ».


De passage dans la région de Montréal, M. Ghezali a pris part lundi au colloque « La crise des dettes souveraines : approches croisées Canada-Europe » mis sur pied par la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke.


Inspirée par la taxe Tobin, la Commission européenne prévoit la création d’une taxe de 0,1 % sur les actions et les obligations et de 0,01 % sur les produits dérivés dans 11 États de l’Union européenne, dont l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne. « En raison des exigences de capital qui préemptent chaque trade qui va passer, ils vont être obligés de mettre de côté une part plus importante de capital. Sur un lot d’obligations qu’ils vont acheter à 100, ils sont obligés de mettre quatre ou cinq euros de côté, maintenant ça va monter à dix ou douze euros. Ça veut dire qu’ils feront moins d’opérations, ou ils prendront moins de risques, prévoit M. Ghezali. Nécessairement, ils feront moins de profits. Les actionnaires ne seront pas contents », ajoute-t-il.

 

Mince refuge dans les obligations


D’ici à l’entrée en vigueur de la taxe, les acteurs du secteur financier continuent tant bien que mal leurs « petits deals » sur le marché obligataire. Ils se montrent tout particulièrement préoccupés aujourd’hui alors que les « fondamentaux ne sont pas réamorcés » et qu’« il n’y a pas de volatilité sur les marchés ». « Ils cognent à la porte des États : “Il y a une émission de bons du Trésor ou autres. On les prend. Combien ? À 1 %”. Puis, le lendemain, ils vont voir la Banque centrale européenne : “On a un lot d’obligations assimilables du trésor (OAT) ou de Bundesschatz, vous nous les escomptez à 0,75 ?”. C’est pour cela que ça leur fait 0,25 de marge. Ils font ça sans arrêt. »


Peinant à évaluer les risques, « ils préfèrent même perdre de l’argent pour préserver à peu près leur capital plutôt que d’aller renifler les bonnes occasions sur les marchés à actions ». « Il n’y a rien de rationnel en ce moment », souligne M. Ghezali. Par exemple, un CAC 40 dépassant le seuil des 3500 points apparaît suspicieux aux yeux des opérateurs de marché. « Alors, ils vendent. »


Les investisseurs se réfugient également en grand nombre dans les matières premières, comme le cacao ainsi que les métaux. « C’est tangible. Il y aura toujours quelqu’un à la fin qui en aura besoin. »


La dette canadienne - qui fracassera les 625 milliards de dollars cette année - apparaît aussi comme une « dette parfaite ». Les obligations d’épargne du Canada constituent un « bon actif sans risque » lorsqu’on tient compte de la réserve de sables bitumineux albertains et de l’hydroélectricité québécoise, a dit M. Ghezali, qui est également professeur à Sciences Po Paris.


La dette : un « instrument »


La dette doit être vue comme un « instrument » possédant des « vertus » tout en présentant des « dangers », a pour sa part indiqué en début de journée le directeur général de l’analyse et de la prévision économique au ministère des Finances et de l’Économie du Québec, Daniel Floréa. La dette permet de stabiliser les cycles économiques, d’encaisser un choc externe ou soudain, ou de financer des projets d’envergure comme des infrastructures. En contrepartie, le remboursement de la dette constitue une sortie nette de richesse. D’ailleurs, « une dette qui augmente suscite tôt ou tard l’inquiétude des marchés », a expliqué M. Floréa.


« La règle d’or […] est assez simple : si on veut avoir les moyens d’intervenir lorsque l’économie perd pied, comme ce fut le cas en 2008, la règle est simple : trouver l’équilibre budgétaire et le maintenir en période de croissance économique », a soutenu le directeur du département de fiscalité de l’Université Sherbrooke, Luc Godbout. Les exemples du Canada et du Québec sont « intéressants » à cet égard, selon lui, Ottawa et Québec ayant tous deux réussi à s’extirper de décennies de déficits à la fin des années 90.


« La dette publique du gouvernement fédéral est relativement bien gérée », a pour sa part noté le directeur principal finances et économie au Bureau du vérificateur général du Canada, Richard Domingue.


Le colloque « La crise des dettes souveraines : approches croisées Canada-Europe » se conclura ce mardi au campus Longueuil de l’Université Sherbrooke.