Lutter contre les inégalités et l’évasion fiscale pour rétablir la confiance

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	«Nous avons perdu confiance dans les gouvernements, dans les partis politiques [...] et dans tout ce que nous avons bâti, comme sociétés, depuis 100 ans» <br />
	–Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE</div>
Photo: François Pesant Le Devoir
«Nous avons perdu confiance dans les gouvernements, dans les partis politiques [...] et dans tout ce que nous avons bâti, comme sociétés, depuis 100 ans»
–Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE

Les gouvernements et les principaux acteurs économiques ont perdu la confiance de leurs populations et doivent de toute urgence faire plus pour réduire les inégalités et l’évasion fiscale s’ils veulent pouvoir mener à bien les réformes structurelles nécessaires au retour de la croissance, estime le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría.

« L’une des victimes de la crise, en plus de l’emploi et de l’égalité, a été la confiance, a-t-il déclaré lundi à la première journée de la Conférence de Montréal. Nous avons perdu confiance dans les gouvernements, dans les partis politiques, dans les organisations internationales, dans le système bancaire, dans les multinationales et dans tout ce que nous avons bâti, comme sociétés, depuis cent ans. On se retrouve avec un énorme niveau de cynisme parce que nous ne donnons pas les résultats espérés. Et les gens votent pour les options les plus étranges simplement parce qu’elles leur promettent du changement, n’importe quoi qui serait différent de ce qu’ils connaissent. »


L’une des façons de rétablir cette confiance est de mettre un terme aux pratiques de tous ces individus et grandes entreprises qui échappent à l’impôt grâce à toutes sortes de subterfuges. Les gouvernements devront aussi porter une attention particulière à la hausse marquée des inégalités. « La tendance ne va pas dans la bonne direction et elle y va vite », a noté le Mexicain. Ils devront également s’occuper du sort des chômeurs, des jeunes sans emploi, des assistés sociaux, et des aînés, sans quoi leurs nécessaires réformes structurelles seront tout de suite bloquées par des crises sociales.


Quant aux réformes structurelles, non seulement elles se révèlent la meilleure façon de retrouver le chemin de la prospérité à long terme, mais elles sont aussi les seuls outils qu’il reste aux gouvernements financièrement pris à la gorge et dont les banques centrales ont fait tout ce qu’elles pouvaient. Ces réformes n’ont rien de mystérieux, dit Angel Gurría. Il s’agit de la prescription bien connue en faveur de la formation de la main-d’oeuvre, de la déréglementation, de la décentralisation, de l’innovation et de l’ouverture à la concurrence. Si elles apparaissent sérieuses, de telles réformes peuvent avoir un impact positif beaucoup plus rapidement qu’on ne le croit, simplement en redonnant confiance en l’avenir aux consommateurs et autres acteurs économiques.


Tout cela doit se faire en même temps que l’économie procède à un virage vert. « Nous entrerons en collision avec la nature si nous maintenons notre trajectoire », a-t-il encore une fois prévenu.

 

Retour des mauvaises habitudes à Wall Street


D’une durée de trois jours, la 19e édition de la Conférence de Montréal s’est ouverte, lundi, en se penchant notamment sur l’état de l’économie et de sa gouvernance. Plusieurs conférenciers ont repris à leur compte l’image évoquée, il y a quelques mois, par la présidente du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, d’une économie mondiale à trois vitesses : celle des économies émergentes qui maintiennent un rythme de croissance infernal, celle de pays comme les États-Unis et le Japon, qui donne des signes d’accélération de la reprise, et celle de l’Europe, qui a replongé en récession.


Des conférenciers se sont également penchés sur le degré d’avancement de la réforme réglementaire entreprise dans le secteur financier à la suite du désastre de 2008. Plusieurs voix ont noté le retour à Wall Street de certains types de produits dérivés (titres synthétiques de créances immobilières) et de pratiques (recours grandissant à l’effet de levier sans contrepartie) à l’origine, pourtant, de la faillite de Lehman Brothers et de l’effondrement financier mondial qui a suivi.


Le recours à ces « excès financiers » s’explique, entre autres choses, par la faiblesse des taux d’intérêt et des rendements, et reste bien en deçà des niveaux atteints avant la crise, a assuré le président de la banque Barclays, David Walker. Il s’avère aussi beaucoup moins risqué parce que les contrôles auxquels leurs émetteurs soumettent les nouveaux produits dérivés en question sont « 100 % » plus sévères qu’ils l’étaient à l’époque, a renchéri l’un d’eux, le directeur mondial, politique et stratégie réglementaire à la banque JP Morgan Chase, Timothy Ryan.


« Cent pour cent d’amélioration sur presque rien du tout, ça ne fait quand même pas beaucoup », a rétorqué Maria Boyazny, fondatrice et chef de la direction de la firme de placements MB Global Partners.

13 commentaires
  • Marie-Claude Lefrancois - Abonnée 11 juin 2013 05 h 03

    La vertu du pouvoir commercial réel versus la virtuosité des impuissances statistiques

    Comme Fred Pellerin le dit si bien, les échanges commerciaux consentis en prêt ou en dette doivent se baser sur un intérêt commun.Perdre le fil des transactions allouées pour leur valeur en ristourne communautaire ouvre la voie aux tractations subies dénuées des obligations d'y donner suite et sens.

  • Renaud Blais - Inscrit 11 juin 2013 05 h 33

    L'OCDE enfin, peut-être

    À l'OCDE, avec la rebufade qu'ils ont subit avec le refus de l'AMI (Accord multilatérale sur l'investissement), enfin, peut-être laisseront-ils un peu de côté les intérêts de l'élite financière pour prendre en compte les intérets des citoyens. L'OCDE est un regroupement d'États dont l'élite financière a pris le contrôle. Peut-être que les actuels dirigeants reprendront leur véritable rôle de défendre les intérêts de ceux que devraient représenté les États ?
    Il n'est jamais trop tard pour bien faire. il est permis d'espérer, si on est très optimiste.
    Une diplomate canadienne qui travaillait à l'OCDE lors de la faillite de l'AMI, nous a dit à ULaval en conférence que l'échec de l'AMI avait été ressenti "comme une onde de choc" au siège social de l'OCDE. Celle-ci n'a pas voulu le répéter suite à une question qui lui avait été posé en fin de conférence...
    Renaud Blais
    Québec

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 juin 2013 05 h 55

    Communication

    Ce que nous lisons ici est un manque de communication flagrant.

    D'un côté nous lisons Angel Gurría qui dit : «Donnez-en plus.» et de l'autre David Walker qui dit : «Donnez-nous en plus.»

    Conclusion ? La crise est loin d'être terminée et la confiance, oubliez-ça !

    Merci de votre attention.

  • Denis Miron - Inscrit 11 juin 2013 05 h 56

    100% d'amélioration sur presque rien

    J'aime bien la réponse de Maria Boyazny de MB Global Partner. Je partage son point de vue
    J’entend encore Line Beauchamps, Raymond Bachand , Jean Charest demander aux étudiants d’accepter de faire leur «juste part» avec pour conséquences, toute la violente répression qui s’en est suivi, loi 78 et 12 pour protéger les copains qui pratiquent l’évasion et l’évitement fiscal.
    Aujourd’ hui, lorsqu’un chroniqueur qualifie un parti politique de «parti de l’économie», des lumières rouges clignotantes s’allument dans le tableau de bord électoral, car la Commission Charbonneau est en train de nous révéler ce qui se «cash» derrière cette expression à vocation de propagande

    Et si on regarde du côté d’Ottawa, alors que les conservateurs aimeraient bien arraché ce titre de «parti de l’économie» aux libéraux des commandites. Je ne vois rien d’étrange pour l’électeur à vouloir sortir de ces ornières électorales auxquelles la propagande médiatique nous confine depuis 100 ans …sans se plaindre, comme dit la chanson.

    Force est de constater que l’on tente de récupérer un certains discours de gauche. On a vu ce que cela a donné avec le PQ… Flash à gauche avant l’élection et vire à droite une fois élu.

    • Christian Fleitz - Inscrit 11 juin 2013 10 h 38

      ''Flash à gauche avant l’élection et vire à droite une fois élu.'' Constat qui, une fois encore, valide l'actualité de la remarque de J-J Rousseau : ''Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement: sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. (extrait du contrat social, livre III, chapitre XV). Or, le système politique québécois, comme celui du Canada, est issu de celui du Royaume-Uni du XVIIIème siècle. On n’est pas dans un système républicain, mai dans une courte démocratie à tendance autocratique.
      Le néolibéralisme qui sert d'idéologie du gouvernement conservateur développe l'individualisme contre le bien commun et l'enrichissement comme l'expression concrète de la réussite. Cela justifie finalement tous les moyens pour aboutir à cette dernière finalité. Alors pourquoi pas les paradis fiscaux pour échapper à la juste contribution au fonctionnement de la communauté que constitue l'impôt, même si cette fraude appauvrit cette dernière ? Les résultats économiques constatés pour le Canada seraient bien paradoxaux s'ils étaient défavorables, compte tenu de sa capacité d'autonomie en matière d'énergies qui est actuellement le talon d'Achille des économies développées.
      Il y a même un paradoxe dans la volonté affichée de lutter contre les paradis fiscaux et l'évasion fiscale et la soumission au néolibéralisme.
      Enfin, en matière d'éducation, il serait bon de réfléchir aux propositions du marquis de Condorcet, révolutionnaire français, en matière d'enseinement et, en particulier : ''L'instruction publique est un devoir de la société à l'égard des citoyens.'' et ''L'inégalité d'instruction est une des principales sources de tyrannie.
      L’instruction doit être universelle pour les enfants, égale pour les femmes et les hommes, les pauvres et les riches, et permanente pour adultes.''
      Une société gaspille les talents et les intelligences à ne pas leur permettre de s'exprimer.

    • Nicole Bernier - Inscrite 11 juin 2013 18 h 16

      L'égalité de Condorcet, comme exemple, de ce que l'instruction publique devrait être encore aujourd'hui pour aider les futurs professionnels à sortir des théories économiques du 17e et du 18e (Rousseau ou Smith) me fait penser à ce que disait Einstein:"No problem can be solved from the same level of consciousness that created it".

      Vous semblez oublier que le système d'éducation actuel est basé sur cette égalité, laquelle éducation est devenue aussi improductive pour les jeunes esprits que l'était le système clérical et machiste controlant les universités de l'époque. Dans ce sens Condorcet était révolutionnaire en valorisant le début des conceptions laicisées de la modernité que les universitaires actuels défendent encore avec autant d'acharnement, malheureusement cette pensée a ses limites puisqu'elle n'a pas su être capable de motiver les jeunes à questionner ces théories pour en produire de nouvelles et être à nouveau des révolutionnaires. C'est le système russe et chinois qui a poussé le plus loin ce système d'égalité et, eux comme nous, on a fini par y voir des failles importantes dans la motivation à être créatif.

      Pour rendre capables de débattre des enjeux sociaux du niveau de la complexité contemporaine, il faut davantage parler aux jeunes de passion du travail et d'équité pour questionner différemment ce qui se fait actuellement (Angel Gurría a trop lu de classic). Les anciens sont utiles pour nous indiquer les limites de ce que nous savons, mais il faut aussi des stratégies qui permettent de se mettre en dialogue avec d'autres systèmes d'explications pour être capable d'imaginer des alternatives aux problèmes actuels.
      La reproduction des discours révolutionnaires de siècles antérieurs, ne rend pas capable de développer des esprits créateurs capables de contester. Il faut des jeunes qui prennent le temps de jeter à terre ces vieux bonzes, en plongeant à fond, dans la réflexion théorique et sociale, pour contribuer à un changement de société.

  • Mario Jodoin - Abonné 11 juin 2013 05 h 58

    «Il s’agit de la prescription bien connue en faveur de la formation de la main-d’oeuvre, de la déréglementation, de la décentralisation, de l’innovation et de l’ouverture à la concurrence.»

    Va pour la formation et l'innovation (qui est contre la tarte aux pommes?), et pour la décentralisation (mais tout dépend comment elle est implantée), mais la déréglementation et la supposée ouverture à la concurrence sont deux des ingrédients qui ont causé la crise. Bref, pour sortir du marasme, on suggère en partie des mesures qui ont justement causé cette crise.

    Et sur l'environnement? Que des souhaits et des beaux mots...