Le milieu communautaire se bureaucratise

Le monde communautaire prend la tangente de la gouvernance entrepreneuriale, ce qui l’éloigne de sa mission première, soutient l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).


L’organisme de recherche et de réflexion progressiste a sondé près de 350 organismes communautaires. En ressort un malaise grandissant face à l’ingérence des bailleurs de fonds dans les projets et même dans la gestion quotidienne.


« C’est la logique de marché et la bureaucratisation qui s’installent », observe le chercheur Francis Fortier.


« Ce qui inquiète le plus les organismes, c’est de ne plus être capables d’assurer leur mission, de carrément perdre leur raison d’être. Ils n’ont plus autant de temps pour faire de l’intervention et ils sont en train de se transformer en bureaucrates », selon le chercheur, car les bailleurs de fonds privés et publics exigent une reddition de comptes toujours plus grande. « Des organismes doivent même utiliser la tarification pour limiter l’accès à leurs services, car ils manquent de sous et de personnel pour suffire à la demande. »


Les organismes aiment mieux travailler avec certains bailleurs de fonds que d’autres : 48 % ont dit avoir une perception « négative » des programmes fédéraux, 24 % des programmes provinciaux et 29 % des fondations privées. Près de 75 % des organismes ont une opinion favorable des programmes de financement du gouvernement du Québec.


L’IRIS a par ailleurs perçu un malaise chez les organismes à l’endroit de la Fondation Lucie et André Chagnon (FLAC). Près de 55 % des organismes communautaires disent avoir une perception négative de la fondation, contre 8 % une perception positive (les autres s’étant abstenus). Issue de la « nouvelle philanthropie », la FLAC est comparée par l’IRIS à un « PPP social » « qui amène les organismes à concentrer leurs activités sur la dispensation de services qui ne correspondent pas nécessairement à la vision de ces organismes, et à réduire leurs activités politiques et de défense collective des droits », écrit l’IRIS dans son rapport de recherche. Chaque année, la FLAC alloue 50 millions de dollars à ses trois projets en partenariat avec le gouvernement du Québec, soit Avenir d’enfants, Québec en forme et Réunir Réussir (R2). Elle ne finance plus directement les organismes, qui doivent cadrer dans l’un ou l’autre de ces programmes.


Centraide, pour sa part, est perçu positivement par 46 % des organismes et négativement par 33 %.


« Si on ne renverse pas la tendance, on va se retrouver avec des organismes qui deviennent les sous-traitants des bailleurs de fonds », déplore M. Fortier.

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