Corruption: SNC-Lavalin promet l’amnistie aux employés qui accepteront de collaborer

L’amnistie sera offerte du 3 juin au 31 août, la compagnie promettant de ne pas poursuivre les employés fautifs ni de les congédier.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’amnistie sera offerte du 3 juin au 31 août, la compagnie promettant de ne pas poursuivre les employés fautifs ni de les congédier.

Moins de deux mois après l’entrée en poste d’un chef de conformité réputé mondialement, SNC-Lavalin ouvre un programme d’amnistie pour les employés qui souhaiteront passer au confessionnal cet été.

Le programme de trois mois, qui ne s’appliquera pas aux cadres du bureau du président et aux employés qui ont profité directement d’une infraction au code d’éthique, s’ajoute à une longue série de mesures que la compagnie a mises en place depuis le début des problèmes au début de 2012.


« Les programmes d’amnistie sont reconnus comme un moyen très efficace d’aller au fond des questions d’éthique et de conformité dans les grandes organisations », a affirmé dans un communiqué le chef de la conformité, Andreas Pohlmann.


L’amnistie sera offerte du 3 juin au 31 août, la compagnie promettant de ne pas poursuivre les employés fautifs ni de les congédier.


Cette immunité à l’intérieur de l’entreprise n’empêcherait pas la GRC de cibler les employés par la suite, mais une avocate spécialisée dans les questions d’intégrité commerciale, Kristine Robidoux, du cabinet Gowlings à Calgary, a estimé que la police préférerait plutôt s’en prendre aux gros joueurs plutôt qu’aux employés des échelons inférieurs.


« Les autorités pourraient toutefois se servir de ces gens comme témoins », a dit Me Robidoux, pour qui les cas de corruption à l’étranger représentent l’essentiel de sa pratique professionnelle.


La firme montréalaise de génie-conseil tente de tourner la page sur une année 2012 particulièrement difficile, marquée entre autres choses par des accusations criminelles de fraude contre son ancien président, Pierre Duhaime, découlant de l’obtention du chantier du Centre universitaire de santé McGill.


Ce chantier montréalais, obtenu en 2010 avec la société britannique Innisfree, vaut 1,3 milliard. Les autorités explorent l’hypothèse selon laquelle une somme de 22 millions aurait été versée. L’Unité permanente anticorruption a arrêté plusieurs personnes au fil des derniers mois. Outre les travaux policiers au Québec, des enquêtes sont également en cours ailleurs dans le monde.


C’est la première fois qu’une entreprise canadienne lance un tel programme dans un contexte de corruption étrangère.


« Même si la grande majorité des membres du personnel de SNC-Lavalin n’auront rien à signaler, cette proposition d’amnistie nous permettra de dévoiler et de régler rapidement toute question en suspens. Nous voulons tourner la page sur cet épisode éprouvant de l’histoire de la société et concentrer toute notre attention sur la création de valeur pour nos parties prenantes », a ajouté M. Pohlmann.


Selon Me Robidoux, le geste prouve que SNC-Lavalin souhaite vraiment aller au fond de la vérité. La compagnie a probablement consulté la police avant de mettre le programme en place, croit-elle.


L’embauche d’Andreas Pohlmann, qui a remis l’intégrité à l’ordre du jour chez Siemens il y a quelques années dans la foulée d’un énorme scandale de corruption, est une « étape majeure », a dit Me Robidoux. Il y a toutefois encore du travail à faire pour évaluer l’efficacité du programme annoncé hier, a-t-il reconnu.


« C’est une chose de mettre en place des démarches, des programmes et des politiques, mais c’est la culture de l’organisation qui va vraiment nous dire si, de façon permanente, les employés vont savoir comment agir dans telle ou telle circonstance, a dit Kristine Robidoux. Et la culture, ça ne change pas du jour au lendemain. »