Oui au pétrole de l’Ouest, si l’industrie compense pour les gaz à effet de serre

La ministre québécoise des Ressources naturelles, Martine Ouellet, son collègue des Finances, Nicolas Marceau, ont participé au congrès de l’Association des économistes québécois, dont le thème porte sur les ressources naturelles.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La ministre québécoise des Ressources naturelles, Martine Ouellet, son collègue des Finances, Nicolas Marceau, ont participé au congrès de l’Association des économistes québécois, dont le thème porte sur les ressources naturelles.

Québec — Favorable à l’acheminement du pétrole des sables bitumineux par pipelines au Québec, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, s’apprête à négocier avec les promoteurs de pipelines pour compenser les émissions de gaz à effet de serre issus des sables bitumineux.


« Nous avons une préoccupation concernant la provenance du pétrole des sables bitumineux, on sait qu’ils émettent plus de gaz à effet de serre », a soutenu la ministre Martine Ouellet en marge du congrès de l’Association des économistes québécois, qui se déroule cette semaine à Québec sur le thème des ressources naturelles.


« Nous sommes à réfléchir actuellement à quel genre de moyens on pourrait discuter avec les promoteurs pour avoir des moyens de compensation pour diminuer les gaz à effet de serre du Québec suite à ces projets-là. »


Bien qu’il n’y ait pas encore eu de discussions formelles à cet effet, elle dit avoir vu une « ouverture » chez les promoteurs - soit Enbridge et TransCanada - lors de rencontres préalables.


Les préoccupations de la ministre des Ressources naturelles sont en contradiction avec celles de son confrère de l’Environnement, Yves-François Blanchet, qui affirmait en entrevue au Devoir plus tôt cette semaine que l’opposition à l’arrivée du pétrole des sables bitumineux au Québec était davantage « philosophique ».


0,1% des émissions mondiales


La ministre des Ressources naturelles contredit également son homologue canadien, Joe Oliver, qui a répété à maintes reprises dans son discours que le pétrole issu des sables bitumineux n’était pas plus polluant qu’un autre. « Les sables bitumineux sont responsables de seulement 0,1 % de l’ensemble des émissions mondiales des gaz à effet de serre », a expliqué le ministre, ajoutant que les avancées technologiques ont permis des GES de 26 % par baril depuis 1990.


En mode séduction devant les économistes québécois, le représentant du gouvernement Harper a qualifié les sables bitumineux de « grand projet d’innovation », ajoutant que les sables bitumineux occupaient une superficie 17 fois moindre que la superficie totale occupée par les réserves et les installations du complexe hydroélectrique de la Baie-James.


Le ministre a réitéré les avantages du pétrole de l’Ouest canadien sur celui que le Québec importe de l’étranger, affirmant qu’il en coûterait en moyenne 25 $ de moins par baril pour du brut léger canadien.


« Dans les dernières années, jusqu’à 80 transporteurs de pétrole brut ont visité le fleuve Saint-Laurent chaque année. Cette situation est en partie due à notre incapacité d’acheminer notre propre pétrole canadien vers l’est du pays. Notre gouvernement croit qu’il est grand temps de renverser la vapeur. »


Il estime que les pipelines constituent un « moyen sûr et efficace » d’acheminer le pétrole. « Nous devons absolument continuer à augmenter la capacité de notre réseau de pipelines », a-t-il ajouté.

 

Évaluations environnementales


En point de presse, il a soutenu que les évaluations environnementales menées par l’Office national de l’énergie étaient plus que suffisantes, mais il reconnaît le droit du Québec à mener les siennes. Il s’inquiète néanmoins des retards et autres complications que ce dédoublement pourrait occasionner. « Oui, ça peut être une préoccupation, mais on espère que leurs études seront effectuées simultanément. »


Plus tôt dans la journée, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a pour sa part parlé du potentiel pétrolier québécois, se réjouissant des éventuels milliards que l’État pourrait percevoir sous forme de redevances. « À partir du moment où on prend les choses de front et on les fait correctement, je pense que c’est tout à fait envisageable, je pense que les Québécois seraient favorables à l’exploitation du pétrole sur l’île d’Anticosti. »

19 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 24 mai 2013 05 h 51

    Sables bitumineux

    Et la protection de l'environnement dans tout ça, y pense-t'on vraiment?

    Il me semble avoir lu que l'exploitation des sables bitumineux avait des effets néfastes sur la forêt boréale du Québec, les vents dominants de l'ouest soufflant les émanations de gaz résultant de l'exploitation des sables sur notre territoire.

    • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 24 mai 2013 09 h 40

      La question qui se pose : le Québec est il dans une position pour bloquer le passage de l'Ontario à Montréal ?

      La réponse de Joe Oliver : le Québec n'a pas le droit de vie ou de mort sur ce projet. En fait notre rapport de force est tout relatif dans ce dossier :

      (google) Vigile Alberta-Québec : de l’importance du rapport de force

    • Benoît Gagnon - Inscrit 24 mai 2013 12 h 16

      "le Québec n'a pas le droit de vie ou de mort sur ce projet. En fait notre rapport de force est tout relatif dans ce dossier"

      C'est donc la compagnie qui l'emporte sur des millions d'individus? Vous sous-estimez énormément le potentiel d'un peuple...

      Les compagnies prétrolières croient pouvoir acheter le monde entier avec des bouts de papier. Et avec des opinions comme celle de monsieur Pomerleau, l'affaire est dans leur sac avant même d'avoir entendu la moindre contestation.

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 24 mai 2013 21 h 53

      @ Benoît : le potentiel d'un peuple, c'est de se donner un pays. S'il y a si peu qu'on a gagné contre le fédéral sans la menace de sécession, c'est parce qu'il fallait cocher OUI. Et quand le fédéral a fraudé le référendum, il fallait réagir. Tout le reste est juste du damage-control perpétuel.

      C'est que c'est pas juste la compagnie qui l'emporte, c'est le fédéral qui l'emporte, et c'est le RoC (Rest of Canada) qui l'emporte. C'est ça l'histoire du rapport de force dont M. Pomerleau parle (vous avez vu le texte auquel il fait référence ? probablement pas)

  • Sylvain Racine - Inscrit 24 mai 2013 06 h 39

    Encore de l'idiocratie...

    Donc, ce sera la même chose avec le gaz de schiste: Martine Ouellet acceptera probablement aussi de l'argent en échange de la pollution et des risques.

  • Jean Richard - Abonné 24 mai 2013 08 h 29

    Les 25 $ de M. Harper

    Le premier ministre canadien ment aux Québécois en leur faisant miroiter une économie de 25 $ le baril avec le pétrole albertain.

    Le pétrole albertain se vend selon le cours du WTI (New York) et celui que le Québec importe le fait selon le cours du Brent. Ce cours varie de jour en jour, même d'heure en heure, et ce matin, la différence entre les deux n'est que de 8 $, bien loin des 25 $ de M. Harper. Une différence de 8 $ le baril passe pratiquement inaperçue sur le prix du litre à la pompe. Et surtout, on ne peut pas exclure la possibilité ou même la probabilité que le pétrole albertain soit avant longtemps plus cher que celui importé.

    • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 24 mai 2013 09 h 21

      Vous avez raison. Le pétrole albertain est enclavé, son client quasi unique est au Sud (99%) , d'où les conditions défavorables et l'escompte (sommet de 40$ en décmebre).

      L'ouverure du corridor Est vers le Québec vise expréssément à éliminer l'escompte et non pas à nous en faire cadeau.

    • Vincent Rochette - Inscrit 24 mai 2013 11 h 18

      Est-ce que il y a des sources de ce que vous avancez, j'aimerais faire mes recherches.

      Merci

    • Claude Lafontaine - Abonné 24 mai 2013 11 h 54

      Il y a un mois ou deux on nous disait que les Albertains obtenaient des américains environ $50 de moins pour leur pétrole que le prix payé par les raffineries du Texas pour le pétrole du golfe du Mexique (donc $50 de moins que le WTI) et à ce moment là et depuis longtemps le prix du Brent (celui acheté par les raffineries de l'Est du Canada) était au moins $15-$20 plus cher que le WTI. Dans ces conditions et en supposant que les raffineries du Québec pourraient obtenir le brut de l'Ouest Canadien au même prix que les américains, les Ultramar et Shell du Québec pourraient faire des économies de $65-$70 du baril pour leur brut, c'est considérable, plus de 50% de moins le baril.

      Bien sûr il faut ajouter à ça le prix du transport de ce brut aux raffinieries de Montréal et de Lévis, mais en gros et à l'oeil l'apporter de l'Afrique ou de la Norvège par bateau ou de l'Alberta par oléoduc ça doit être équivalent ou même enconre avantageux pour les raffineurs d'ici.

      D'autre part, le prix du pétrole de l'Ouest augmentera sûrement lorsqu'il aura un accès vers l'international soit via le futur oléoduc entre l'Alberta et le golfe du Mexique ou via le futur prolongement de l'oléoduc entre Montréal et St-Jean Nouveau-Brunswick ce qui suppose l'inversion du segment Montréal-Ontario. Donc un gros avantage économique pour les pétrolières de l'Est à court terme, mais pour combien de temps ? et durant ce temps, pas certain que les prix du pétrole à la pompe ira à la baisse. Là-dessus faudrait comparer les prix moyens de l'essence à la pompe en Ontario à ceux du Québec, les raffineurs de l'Ontario bénéficiant de longue date du brut de l'Ouest et de son plus bas prix que le Brent que les raffineurs d'ici sont forcées d'acheter.

    • Yvan Dutil - Inscrit 24 mai 2013 13 h 19

      Un petit détail qu'il faut savoir. Le pétrole de l'Alberta se vend moins cher parce qu'ils n'arrivent pas à la sortir du coeur des États-Unis. L'expansion de Shale de Bakken n'aide pas. L'autre chose est qu'il doit être mélangé à des diluants qui en réduise la valeur marchande.

      Ouvrez les vannes et les gains économiques ne seront pas mirobolants.

  • Gilles Teasdale - Abonné 24 mai 2013 11 h 16

    Kioto

    A entendre Oliver ce goudron de l'alberta est presque bon à boire voici pourquois Harper est sorti de l'accord de Kioto.

    Gilles Teasdale

  • Claude Lafontaine - Abonné 24 mai 2013 11 h 25

    Tous les arguments sont bons !

    En campagne de promotion du brut de l'Ouest, le ministre Fédéral dit : "les sables bitumineux occupaient une superficie 17 fois moindre que la superficie totale occupée par les réserves et les installations du complexe hydroélectrique de la Baie-James." sa façon à lui je suppose de dire l'hydroélectricité du Québec n'est pas plus verte que le pétrole des sables bitumineux de l'Ouest. Tous les arguments sont bons lorsqu'on accepte que la fin justifie les moyens.