Fraude fiscale - Letta dénonce une «hypocrisie incroyable»

Rome — Le chef du gouvernement italien, Enrico Letta, a déploré mardi « l’hypocrisie incroyable au niveau européen » dans la lutte contre la fraude fiscale, à la veille d’un sommet à Bruxelles consacré à ce phénomène mais aussi à l’énergie.


« De nombreuses personnes ont cité la question des paradis fiscaux et je partage la nécessité d’en faire davantage » dans la lutte contre ce phénomène, « mais le problème est que, sur ce sujet, il y a une hypocrisie incroyable au niveau européen », a déclaré M. Letta devant les sénateurs italiens.


Le nouveau chef du gouvernement, dont c’est le premier sommet européen, présentait aux élus de la péninsule les positions italiennes à la veille de ce sommet. Quand la volonté de lutte contre les paradis fiscaux « doit être appliquée, elle a des conséquences qui ne plaisent pas à certains, car elle entraîne des pertes de revenus faciles », a-t-il ajouté, sans nommer aucun État.


Les ministres des Finances des 27 ont décidé mardi de confier un mandat à la Commission européenne pour renégocier les accords fiscaux avec la Suisse, Andorre, Monaco, Saint-Marin et le Liechtenstein. Mais ils ont échoué à se mettre d’accord sur le point le plus important : faire adopter à l’unanimité la révision d’une loi européenne, en souffrance depuis 2008, sur la fiscalité de l’épargne. Cette loi prévoit l’échange automatique d’informations de certaines données bancaires. L’idée est à terme de la renforcer et d’en étendre le champ d’application, notamment à l’assurance-vie.


Or, l’Autriche et le Luxembourg, farouches défenseurs du secret bancaire, n’ont pas complètement levé leurs restrictions, contrairement à ce qu’espéraient leurs partenaires, arguant qu’il fallait au préalable des négociations abouties avec les pays tiers comme la Suisse, ce qui va prendre du temps.


« À un moment où tous les États demandent des sacrifices à leurs propres citoyens pour assainir les comptes, la lutte contre la fraude fiscale est un impératif moral, un objectif incontournable », a ajouté M. Letta. « La lutte contre la fraude et l’évasion fiscale internationales représente un problème qui impose des solutions coordonnées à l’échelle internationale, il faut imposer la transparence et la timidité n’est plus admise », a martelé le chef du gouvernement italien.


Le conseiller diplomatique de la présidence du Conseil italien, Armando Varricchio, a précisé par la suite, lors d’une rencontre avec la presse, que le fait même que le Conseil européen en parle est important. « Quand les chefs d’État et de gouvernement s’occupent de la fiscalité, cela représente un message fort pour tous les citoyens de l’UE », a-t-il dit.