Banque de développement du Québec - Un syndicat craint un choc des cultures

Élaine Zakaïb, ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec. Le Parti québécois veut unir Investissement Québec et certains éléments du ministère des Finances et de l’Économie pour offrir un guichet unique aux entreprises.
Photo: La Presse canadienne (photo) Élaine Zakaïb, ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec. Le Parti québécois veut unir Investissement Québec et certains éléments du ministère des Finances et de l’Économie pour offrir un guichet unique aux entreprises.

Bien qu’il dise offrir sa collaboration, le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) émet de sérieuses réserves par rapport au projet de loi créant la Banque de développement économique du Québec, notamment au sujet d’un possible choc des cultures entre les diverses ressources qui seront fusionnées.


Le projet du Parti québécois, qui unirait Investissement Québec et certains éléments du ministère des Finances et de l’Économie pour offrir un guichet unique aux entreprises, fait l’objet d’une commission parlementaire qui a jusqu’ici entendu l’opinion de 27 groupes différents.


« À première vue, l’intégration [des composantes de la BDEQ] n’apparaît pas évidente, surtout dans un contexte de gestion des ressources humaines qui laisse à désirer au sein d’Investissement Québec, où nos membres sont sans contrat de travail depuis plus de quatre ans », a laissé tomber le président du SPGQ, Richard Perron.


Le 8 mai, 250 employés syndiqués d’Investissement Québec représentés par le SPGQ ont voté à 88 % en faveur d’un mandat de grève de cinq jours qui pourrait être déclenchée au moment jugé opportun. Le SPGQ représente aussi 190 employés du ministère qui seront mutés vers la nouvelle entité.


La ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque, Élaine Zakaïb, s’est dite « consternée » vendredi du fait que les gens d’Investissement Québec n’ont toujours aucune convention après tout ce temps.


« Soyez assuré que le mandat a été donné à IQ de négocier », a répondu Mme Zakaïb en disant que l’intégration des ressources ne prendrait pas quatre autres années et qu’elle se ferait dans le « respect des travailleurs et des relations de travail ».


« Je comprends que vous ayez des réserves, a dit Mme Zakaïb à M. Perron. Chat échaudé craint l’eau froide, je comprends ça. Mais je suis d’opinion que le jeu en vaut la chandelle, que ça sera bénéfique pour le Québec et les entrepreneurs. »


Mais M. Perron a dit qu’au moment où le gouvernement annonçait la création de la BDEQ au mois d’avril, les négociateurs syndicaux se faisaient dire par les représentants patronaux à la table des pourparlers qu’ils « n’avaient toujours pas le mandat » de négocier. « Alors, votre engagement, c’est de la musique à mes oreilles. »

 

Pas la première intégration


Investissement Québec n’en est pas à sa première opération de fusion. Créé en 1998, cet organisme gouvernemental de prêts au développement économique a avalé la Société générale de financement (SGF) en avril 2011. Au départ, la SGF, qui avait cumulé des pertes au cours des dernières années, arrivait avec une centaine d’employés, comparativement à un total de 450 chez IQ.


M. Perron a dit que « la fusion d’IQ avec la SGF a permis à la culture de gestion de la SGF de littéralement envahir IQ ».


La BDEQ aura deux volets, selon la compréhension de M. Perron, soit un volet financement et un volet accompagnent d’entreprises.


« À première vue, une intégration harmonieuse n’apparaît pas évidente. De fait, cette intégration doit d’abord reposer sur le partage d’une même vision, d’une même gestion du changement, a dit M. Perron. Il faudra bien gérer le choc des deux cultures très différentes que représentent ces deux volets. »


Le SPGQ s’interroge notamment sur l’indépendance de ces volets financement et accompagnement.


Lorsqu’elle a présenté le projet de loi au mois d’avril, Mme Zakaïb a dit que l’objectif consiste à donner à la BDEQ un mandat plus proactif que les services déjà disponibles. Elle aura trois filiales : Développement économique Québec (500 millions), Ressources Québec (1 milliard) et Capital émergence Québec (50 millions, plus les sommes récupérées lors de la fermeture des FIER).


Les réactions jusqu’ici ont été généralement positives. Par exemple, le Conseil du patronat s’est dit favorable, mais a émis certaines interrogations sur la « réelle valeur ajoutée ». « Il serait primordial que la Banque agisse vraiment en complémentarité avec les institutions financières du secteur privé et qu’elle évite de dédoubler les activités d’autres organismes », a-t-il affirmé.

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