Les câblodistributeurs n’ont pas à craindre Netflix, selon Louis Audet

Le nombre d’abonnés au câble diminue en raison de la concurrence, dit Louis Audet.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le nombre d’abonnés au câble diminue en raison de la concurrence, dit Louis Audet.

La place grandissante qu’occupe le service en ligne Netflix dans la consommation de contenu télévisuel par les ménages n’est pas une menace au modèle d’affaires des câblodistributeurs, croit le président de Cogeco.

Netflix, qui représente en soirée près du tiers de l’achalandage Web aux États-Unis et bouleverse l’ordre établi avec sa récente série de 100 millions produite exclusivement pour elle (House of Cards), a été décrite par Bell et Astral comme une des raisons pour lesquelles il faut permettre à ces deux joueurs de fusionner.


« On est moins pessimistes que nos confrères », a dit M. Audet lors d’une rencontre de presse en marge d’une allocution devant le Cercle finance et placement du Québec. L’entreprise qu’il dirige compte environ 853 000 clients au Québec et en Ontario et 250 000 aux États-Unis.


Vidéotron a récemment lancé un service illimité avec du contenu francophone - un des points faibles de Netflix - en disant que c’était justement un « Netflix québécois ».


« Vidéotron a une base de droits avec TVA qui lui permet de faire ce genre de chose, et c’est très bien, a poursuivi M. Audet. De là à dire, de notre point de vue, que Netflix est une menace épouvantable, bien franchement, non. »


Selon lui, il s’agit davantage d’un service « complémentaire ». « Les gens le prennent, ils ne lâchent pas le câble pour avoir ça, quoi qu’on lise. Ceux qui le font constituent un pourcentage minuscule. Et nous, quand nos clients font ça, ils deviennent des clients qui bougent moins, ils restent avec nous pour le service Internet. »


M. Audet a reconnu que le nombre d’abonnés au câble diminue, mais il ajoute que Netflix n’est pas un facteur principal. En un an, indiquent les données de Cogeco, le bassin de clients au Canada est passé de 873 000 à 853 000. Essentiellement, l’érosion du côté du câble analogique est plus rapide que l’augmentation des clients dans le numérique. « Le facteur principal, c’est la concurrence. Il y a Bell, Shaw Direct, etc. Il y a une fluctuation du nombre d’abonnés ; rien de plus normal », a-t-il dit.


Lorsque Bell et Astral ont présenté leur modèle de fusion l’an dernier, un des arguments avancés portait sur la menace grandissante de Netflix et d’autres joueurs hybrides comme Apple (qui vend du contenu sur iTunes), Google (YouTube) et Amazon.


Les joueurs établis ont aussi tendance à relever que Netflix leur fait de la concurrence tout en fonctionnant à l’extérieur de la réglementation du CRTC. Au Canada, Netflix compte environ un million de clients qui paient 7,99 $ par mois pour du contenu illimité. De son côté, YouTube a récemment dévoilé une stratégie de chaînes sur abonnement.


Bell, qui offre 3,4 milliards pour Astral, souhaite notamment mettre la main sur des chaînes spécialisées comme The Movie Network et Super écran, que la compagnie voit comme deux façons de faire concurrence à Netflix.


Cogeco s’oppose à l’achat d’Astral par Bell, disant craindre que l’union des deux ne donne naissance à un acteur d’influence beaucoup trop grande dans le marché canadien des médias. M. Audet a d’ailleurs fait campagne l’an dernier avec Pierre Karl Péladeau, de Québecor, pour exprimer son opposition.


Après plusieurs jours d’audiences et de multiples intervenants, le CRTC a estimé au mois d’octobre 2012 que la transaction ne pouvait pas être autorisée car elle n’allait pas dans le sens de l’intérêt public.


Bell est maintenant prête à vendre certaines chaînes d’Astral. Le CRTC rendra sa décision au cours des prochains mois.

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