Les emplois créés vont aux migrants, dit le CTC

Des travailleurs saisonniers du Mexique sur une ferme de Montérégie
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des travailleurs saisonniers du Mexique sur une ferme de Montérégie

La plupart des emplois créés dans l’économie canadienne ont été occupés par des travailleurs migrants, affirme le Congrès du travail du Canada (CTC) sur la base d’un calcul qui ne fait pas l’unanimité.

« Environ 75 % des emplois créés au Canada en 2010 et 2011 ont été dotés de travailleuses et travailleurs migrants internationaux, même si 1,4 million de résidentes et de résidents canadiens étaient au chômage », a déclaré vendredi le président de la fédération syndicale, Ken Georgetti, en dévoilant quelques chiffres.


Basé sur des statistiques officielles, le document sur lequel se fondent ces affirmations - et dont Le Devoir a obtenu copie - dresse notamment le tableau, pour 2008 à 2011, des créations nettes d’emplois (emplois créés - emplois détruits), du nombre de travailleurs étrangers temporaires arrivés au pays chaque année, de leur total sur le territoire ou encore du nombre total de chômeurs. On peut y voir, entre autres choses, qu’un total de 500 600 emplois nets ont été créés de 2008 à 2011 alors que le total de travailleurs temporaires étrangers au 1er décembre passait de 249 600 à 300 200. Pour la seule année 2011, 265 200 emplois nets ont été créés, et 190 842 travailleurs temporaires étrangers sont entrés au pays.


« Au Québec, 90 % des nouveaux emplois nets créés en 2011 ont été occupés par des travailleurs et des travailleuses migrants internationaux », affirme le CTC, à raison d’une création nette de 38 500 emplois et de l’entrée de 34 400 travailleurs temporaires étrangers cette année-là. On y rappelle que presque 120 000 emplois nets ont été créés au Québec de 2008 à 2011 alors que le total de travailleurs temporaires étrangers est passé de 25 900 à 39 700.


Les employeurs et le gouvernement fédéral ont tenté de nier ce qui se passe, mais nous avons effectué les calculs, et les tendances sont claires, assénait vendredi Ken Georgetti. Dans la plupart des provinces, la main-d’oeuvre migrante a compté pour plus de 50 % des nouveaux emplois nets pendant la période de 2008 à 2012. « Nous croyons que les employeurs et le gouvernement fédéral font appel à des travailleurs et travailleuses migrants vulnérables afin de faire baisser les salaires au Canada. »


« Stupide »


« Tout cela n’a aucun sens », s’insurge le spécialiste en économie du travail Marc Van Audenrode, professeur à l’Université de Sherbrooke et associé directeur à la firme américaine de consultants en économie et en finance Analysis Group. On ne peut pas comparer ainsi un nombre absolu (le nombre de travailleurs temporaires) et une variation (la création nette d’emplois), et encore moins présumer que les uns sont nécessairement allés occuper les autres. « C’est aussi stupide que l’affirmation du gouvernement fédéral qui dit qu’il y a 200 000 emplois vacants et un million de chômeurs au pays et qui prétend qu’un resserrement des règles de l’assurance-emploi aidera à remplir les postes vacants ! »


En fait, dans des économies comme le Canada - où l’on trouve 17,6 millions d’emplois - et le Québec - où l’on trouve 4 millions d’emplois -, entre 10 % et 15 % de tous les emplois sont détruits et remplacés par d’autres chaque année, rappelle l’économiste. «Des gens partent à la retraite et ne sont pas remplacés, des entreprises font faillite, mais aussi d’autres entreprises sont créées ou prennent de l’expansion… C’est un phénomène beaucoup plus complexe et mouvant que ne le laisse croire le débat actuel.»

 

Une question extrêmement délicate


Le débat sur le programme de travailleurs temporaires étrangers a pris de l’ampleur, le mois dernier, lorsqu’on a appris le recours de la Banque Royale à des employés étrangers pour remplacer des Canadiens. Le gouvernement Harper a promis un resserrement de ses règles en la matière en mettant fin notamment au traitement accéléré des demandes des employeurs et à la disposition qui leur permettait de verser aux travailleurs étrangers un salaire jusqu’à 15 % inférieur à la norme au pays.


Le CTC se défend bien de vouloir faire la guerre aux travailleurs étrangers. « Le Canada a toujours été une terre d’immigration et doit le rester », a répété au Devoir lundi son économiste en chef, Sylvain Schetagne. Il y a toutefois une différence entre un étranger qui veut venir faire sa vie au Canada et un autre qu’on peut engager et retourner dans son pays selon le bon vouloir des employeurs.


« Le travailleur temporaire se trouve dans une situation de vulnérabilité qui ne lui permet pas de se défendre, ce qui exerce, par conséquent, une pression à la baisse sur les conditions de travail de l’ensemble des Canadiens », explique-t-il. Les réformes proposées par le gouvernement Harper ne vont pas assez loin pour y changer quelque chose.


Marc Van Audenrode estime, lui aussi, qu’il est important que les travailleurs étrangers bénéficient des mêmes conditions de travail que l’ensemble des Canadiens. Il pense qu’il est important aussi que tout ce débat se fasse de la façon la plus sereine et la plus intelligente possible, particulièrement dans des économies comme celles du Canada et du Québec où l’immigration fera nécessairement partie des solutions à leur problème de pénurie de main-d’oeuvre.


« C’est une question très délicate. Pendant de nombreuses années, le slogan du Front National, en France, était : il y a 1 million de chômeurs et 1 million d’émigrés. Ils ne donnaient pas la conclusion aux gens, mais elle était néanmoins explicite. » Le Canada n’en est heureusement pas là, mais le débat n’en est pas moins mal engagé, estime-t-il. « C’est un peu la faute du gouvernement conservateur et de la façon qu’il a eue de lancer les débats sur l’assurance-emploi et sur les travailleurs étrangers. Il faudra, à l’avenir, se montrer beaucoup plus prudent. »

17 commentaires
  • Marc Collin - Inscrit 14 mai 2013 03 h 04

    rien d'autre?

    est-ce la faute des migrants si les locaux ne veulent pas travailler?
    ils sont trop bien pour travailler sur les terres? plus payant d'être sur le chômage ou sur l'aide social?

    ça ne fera qu'empirer, les migrants sont prêt à travailler, faut se responsabiliser

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 mai 2013 07 h 12

      Et quand vous verra t'on dans un champs M.Collin plié en deux ?

    • François Robitaille - Inscrit 14 mai 2013 09 h 29

      @M. Lefebvre. Il n'y a point de sot métiers mon cher. Ceux qu'il ne veulent pas travailler alors qu'il y a du travail et qu'ils sont aptes, sont des lâches et des profiteurs.!!

      Le petit confort de se faire vivre sous prétexte que c'est dégradent de faire tel ou tel métier.... c'est insultant pour les payeurs de taxes.

    • Alexie Doucet - Inscrit 14 mai 2013 09 h 42

      Si vous gagnez 350$/semaine sur le chomage, allez-vous accepter un emploi à 250$/semaine? Responsabilisez-vous, M. Collin, et allez travailler dans les champs.

    • François Robitaille - Inscrit 14 mai 2013 10 h 26

      @m. Doucet, la règle du 70% c'est en rapport avec le salaire gagné avant, pas en lien avec le montant reçu du chomage. Si la personne gagne 350$ de chomage, c'est qu'elle gagnait 636$ brut, donc c'est 445$ brut le 70%.

    • Mario Desmarais - Abonné 14 mai 2013 11 h 11

      Il faut couper les prestations de chômage et d'aides sociales. Il faut diminuer les impôts des riches. Il faut importer de la main d'oeuvre à bon marché et faire faire nos produits dans des pays comme le Pakistan. Il faut supprimer les syndicats et diminuer le rôle de l'État. Chacun doit sauver sa peau, chacun est responsable de son salut n'est-ce pas!

      Je vous ai enfin compris vous et vos concitoyens. Le ciel, ça se mérite surtout pour les plus pauvres. Merci.

    • François Robitaille - Inscrit 14 mai 2013 13 h 04

      @M. Côté, vous avez une vision bien noir du capitalisme-mixte, tout n'est pas noir ou blanc.

    • Maxime Dion - Inscrit 14 mai 2013 15 h 34

      @Marc Collin

      <<est-ce la faute des migrants si les locaux ne veulent pas travailler? >>

      Ce sont plutôt les producteurs maraîchers du Québec qui rechignent à engager de la main-d’œuvre locale : c'est une spécialité, que d'être travailleur agricole.

      C’est un métier, que les étrangers des pays chauds qui viennent travailler ici durant la belle saison exercent chez-eux à l’année, tandis que l’agriculture au Québec n’est pas encore suffisamment développée pour cultiver la terre en hiver…

      Alors, que ferez-vous de nos travailleurs agricoles une fois la saison terminée, puisque ces derniers ne pourront toucher de chômage en vertu des nouvelles règles ? Les enverrez-vous à la récolte des bonhommes de neige ?

    • Victoria - Inscrite 14 mai 2013 17 h 22

      C’est juste, M. Dion ! Chaque pays a son climat, ses avantages et ses inconvénients. Notre climat est loin d’être favorable pour établir une rotation annuelle de culture.

      Au Québec, l’apprentissage de père et mère en fils et fille n’est plus la grande réalité d’autrefois. Faut suivre un cours spécialisé (choisir une compétence pour obtenir un DEC ou DEP) et lorsque l’on est qualifié, personne ne veut de nous à cause de nos compétences et du salaire qui devrait suivre… L’amour du métier et l’eau fraîche ne remboursent pas les prêts étudiants et ne font vivre personne. C’est comme ça également que des personnes se retrouvent assistés sociaux.

      Depuis une vingtaine d’années, ont été créées les productions agricoles industrielles. Ce qui a eu pour effet de diminuer le nombre de producteurs propriétaires et autonomes. Avant, plusieurs avaient un travail, celui de nourrir sa famille et les gens du village et de la ville limitrophe. Moins de transport, moins de pollution et plus de variétés. Le monde savait faire des conserves pour l’hiver.

      Depuis un certain temps, on se croirait au Brésil d’il y a une vingtaine d’années. Une forme de spéculation sur la valeur des terres. Donc, plus de taxes à payer avec des revenus modestes, voire sous la barre du coût de production. Conséquence : des « sans-terres ». Le pire est qu’eux pouvaient faire deux récoltes par année, pas nous.

      Aujourd’hui au Québec, ce sont des groupes d’investisseurs (non producteurs) qui achètent de grandes quantités de terre avec l’intention de les louer à ceux qui veulent bien cultiver la terre, aux conditions des seigneurs, bien sûr !
      C’est la nouvelle réalité ! Les locataires auront-ils un revenu convenable ? Pourront-ils être propriétaires un jour…et à quel prix?

      J’ai l’impression de parler d’une nouvelle forme de colonisation. Espérons qu’il y aura moins de dérapages qu’au temps des colonisés.
      Et madame Bertrand le souligne : le libre échange a changé la réalité.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 14 mai 2013 07 h 13

    @ m. Collin. Méfiez -vous, le libre-échange à changé la réalité du travail!

    Certaines entreprises au Canada demandent comme exigence de parler Mandarin.

    Il faut se réveiller, se responsabilisé et investir en enseignement. Préparons la nouvelle génération au nouvelles réalités du monde du travail, apprenons le mandarin à l'école!

    De plus, fini les emplois bien renumerés dans un marché mondial. Préparons les jeunes a travailler....pour pas cher!

    L'aide sociale et l'assurance emploi ne sont pas une manière de vivre, je suis d'accord avec vous. Mais, cela ne doit pas devenir la seule manière possible de vivre. Protégeons nos emplois!

  • Yves Perron - Inscrit 14 mai 2013 08 h 00

    Payer sous la table

    Et si on permettait aux agriculteurs de payer sous la table leur main d'oeuvre temporaire, on aurait au moins du monde qui dépenserait cet argent ici ce qui remettrait l'argent tôt ou tard dans les coffres de l'état. Moi le premier si j'avait du chômage ou du b.s. j'y participerait volontiers. Nos assistés chroniques iraient en famille cueillir et prendraient goût à l'effort et à l'abondance que procure un travail, je pense vraiment que c'est la solution.
    Comme de raison c'est beaucoup trop simple pour qu'un gouvernement fasse un tel programme...On peut toujours rêver.

    • Maxime Dion - Inscrit 14 mai 2013 14 h 54

      @Yves Perron

      <<Assistés chroniques iraient en famille cueillir et prendraient goût à l'effort et à l'abondance que procure un travail>>

      Question d’abondance, les maraîchers versent un salaire de famine, le taux horaire étant le salaire minimum auquel est soustrait la pension, sans compter l’épicerie (le travail agricole, ça ouvre l’appétit).

      Dans mon coin de Lanaudière, j’en croise à la pelletée des travailleurs agricoles bien baraqués en provenance des Antilles ou d’Amériques Latines, et je doute fort que les maraîchers en viennent à troquer ces derniers pour des <<familles d’assistés chroniques>>.

  • Michel Mondat - Inscrit 14 mai 2013 08 h 45

    De la chair à patron

    Réduire l'éducation, la formation et la culture d'un être humain aux besoins des industries et des employeurs, ce n'est ni plus ni moins que de produire de la chair à patron.

    • François Robitaille - Inscrit 14 mai 2013 09 h 32

      Alors devenez patron et faite ce qu'il faut pour.!

  • Victoria - Inscrite 14 mai 2013 09 h 36

    Un peu de sagesse et de cohérence

    Un travail saisonnier, on peut peut-être survivre… mais en vivre ici, c’est une autre paire de manches? Travailler à bas prix, est-ce vraiment une solution ?

    • Il n’a pas déjà été publié que les migrants (saisonniers) retournaient chez eux et recevaient des prestations d’assurance emploi ?
    • N’est-il pas exacte que leurs obligations « coût de vie » chez eux sont différentes de celles de nos concitoyens ?

    Ne risquerons-nous pas de créer la révolte des générations subséquentes considérant que le coût de la vie augmente ici et de dire aux générations futures de travailler à bas prix ?

    Lorsque les deux membres d’un jeune couple doit travailler tous les deux pour boucler leur budget et essayer d’avoir un peu de loisirs; que si l’un perd son emploi, les deux se retrouvent en difficulté monétaire…
    N’est-il pas exact que plusieurs emplois actuels sont précaires et sans fond de pension ; que les centres de distribution de victuailles ont de plus en plus de difficulté à répondre à la demande d’année en année…
    La conjoncture économique est un facteur à considérer également. Autrefois on disait que les années 2000 seraient prometteuses pour tous… On constate que l’écart économique entre les mieux nantis et la population en générale est de plus en plus marquante, malgré une plus grande scolarité des générations nouvelles.

    Après le printemps « érable », quelle saison vivront-nous ? Parfois quand c’est trop, c’est trop et pas assez !

    Un peu de sagesse et de cohérence, s’il vous plaît ! Les gens d’ici ne sont pas tous des profiteurs et des paresseux. Ils ont seulement besoin d’encouragement et d’un salaire convenable.

    D.L., tech. agricole