Vers un huard à 90 ¢US?

Photo: - Le Devoir

Le dollar canadien semble destiné à continuer de se déprécier, avec ou sans l’aide du nouveau gouverneur de la Banque du Canada.

Encore à 1,03 $US en septembre, la devise canadienne a entrepris ensuite une lente descente qui, malgré un léger rebond depuis un mois, la laisse aujourd’hui sous la barre de la parité, à 99,26 ¢US, à la clôture, jeudi. Selon plusieurs analystes, cette tendance n’est pas près de s’arrêter et pourrait même mener à un huard à 90 ¢US à la fin de l’année.


Le nouveau gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, contribuera à cette dépréciation, ont dit jeudi les économistes Stéfane Marion et Krishen Rangasamy de la Financière Banque Nationale, qui prévoient un huard à 95 ¢US, au début de l’automne, suivi d’un rebond qui ramènerait le dollar à 98 ¢US, à l’été 2014. Bien au fait des dommages considérables infligés par la surévaluation du huard aux exportateurs canadiens, à titre d’ancien patron d’Exportation et Développement Canada, le successeur désigné du gouverneur sortant, Mark Carney, n’aura pas, pour ce faire, à se mettre à intervenir directement sur les marchés des changes pour la première fois depuis 1998. Il lui suffira, suggèrent les deux analystes, d’agir de façon « furtive » et « discrète », en exprimant publiquement, par exemple, « ses craintes au sujet des effets négatifs de la vigueur du dollar canadien sur les exportations, et donc, la croissance économique », ou encore en expliquant « comment la force de la monnaie contribue à maintenir l’inflation nettement sous sa cible ».


Pas besoin


Leurs confrères Craig Alexander et Francis Fong, de la Banque TD, ne croient pas à l’abandon par la Banque du Canada de sa neutralité à ce sujet. Elle n’aura, de toute façon, pas à le faire, l’évolution de la réalité économique canadienne menant naturellement à la poursuite d’une tendance qui devrait mener la devise canadienne à 90 ¢US à la fin de l’année, ont-ils prédit jeudi.


L’essoufflement du marché immobilier et des consommateurs et la difficile transition vers plus d’exportations et d’investissement des entreprises font partie de ces facteurs fondamentaux, selon eux. Le tassement des prix des matières premières, le report continuel d’une hausse des taux d’intérêt et la remontée du dollar américain en sont d’autres.


Encore plus bas ?


La plupart des analystes semblent convenir que le huard ne reviendra pas à parité de sitôt. La prévision médiane d’un récent sondage réalisé par Reuters auprès de 51 analystes le plaçait, plutôt, aux environs de 99 ¢US, d’ici six mois, et de 98 ¢US, d’ici un an. Mais le sondage révélait aussi une grande diversité de points de vue, l’écart entre les plus pessimistes et les optimistes étant de 21 ¢.


Selon la Banque TD, le dollar canadien restera à 90 ¢US la première moitié de 2014, avant de remonter un peu à 93 ¢US pour la fin de l’année. Cela resterait nettement plus élevé que ce qu’elle estime être la valeur réelle fondamentale du huard, qu’elle établit entre la limite supérieure des 70 ¢US et la limite inférieure des 90 ¢US.

À voir en vidéo