Asie-Pacifique - Le vieillissement de la population finira par plomber la croissance

En 2035, l’âge médian en Chine (35 ans aujourd’hui) aura rattrapé celui du Japon (45 ans).
Photo: Agence France-Presse (photo) Peter Parks En 2035, l’âge médian en Chine (35 ans aujourd’hui) aura rattrapé celui du Japon (45 ans).

Les puissances émergentes d’Asie - et l’économie mondiale tout entière, par voie de conséquence - seront tôt ou tard confrontées à un choc démographique au moins aussi brutal que dans les pays riches, prévient le Conference Board du Canada.


Les puissances émergentes seront encore une fois le principal moteur de la croissance économique de la planète cette année, conclut l’organisation indépendante de recherche dans l’édition printanière de ses prévisions économiques mondiales dévoilée mercredi. Au total, l’économie mondiale ne devrait croître que de 2,5 % cette année et de 3,2 % l’année prochaine, en termes réels. Cette croissance se fera en dépit des pays de la zone euro (- 0,3 % et + 1 %) et un peu grâce aux États-Unis (2,1 % et 3,2 %), mais continuera surtout de venir des autres pays, notamment ceux de la région Asie-Pacifique, qui devraient enregistrer d’impressionnants taux de croissance de 6,6 % et 7 % en dépit d’une économie japonaise poussive (1,2 % pour les deux années). Le champion de la région demeurera le géant chinois, qui se fixe comme objectif un taux d’expansion moyen de 7,5 % par année, mais qui devrait, encore une fois, battre ces prévisions (8,5 % et 8 %).


Vieillissement rapide


Ces nouveaux chiffres ronflants en Asie-Pacifique cachent cependant la montée d’un phénomène de vieillissement de la population qui finira bien, à moyen ou long terme, par plomber la croissance de la région et de l’économie mondiale tout entière, avertit le Conference Board. La proportion de la population âgée de 65 ans et plus n’est toujours que de 7 % en moyenne en Asie (23 % au Japon), mais semble destinée à monter si vite que l’écart avec l’Europe vieillissante ira en « se rétrécissant rapidement », particulièrement en Chine, à Hong Kong, au Japon et à Taïwan.


De 5,3 enfants par femme dans les années 60, le taux de fertilité en Extrême-Orient n’était plus que de 1,6 en 2010, et même de 1,1 à Taïwan. À ce rythme, l’âge médian de la population en Chine (35 ans) aura rattrapé celui du Japon actuellement (45 ans) avant 2035.


Il y a plusieurs raisons à ce vieillissement rapide en Asie. À l’instar des pays occidentaux bien des années auparavant, la croissance économique des dernières années s’est notamment traduite par une diminution de la fertilité et une augmentation de l’espérance de vie. L’évolution du rôle des femmes dans la société est un autre facteur d’explication. De plus en plus éduquées et désireuses d’obtenir leur autonomie financière, les femmes de ses cultures plus traditionnelles sont portées à retarder le mariage et le moment d’avoir des enfants, sachant qu’elles hériteront de presque toutes les tâches liées à la famille et qu’elles ne recevront pas beaucoup d’aide de leurs employeurs.


En Chine, la politique d’un enfant par famille, introduite dans les années 70, se fait sentir, d’autant plus qu’elle encourage la sélection à la grossesse des enfants mâles. On estime ainsi que 200 millions de petites Chinoises sont nées en moins, réduisant d’autant le futur nombre des naissances dans le pays.


En Corée du Sud, c’est l’importance considérable qu’accordent les familles à l’éducation universitaire et son coût prohibitif - en frais d’inscription et en soutien scolaire privé - qui pèsent sur le nombre d’enfants par famille. Ces coûts sont tels qu’ils comptent pour une large part du lourd problème d’endettement des ménages sud-coréens.

 

Conséquences sociales et économiques


Le vieillissement de la population en Asie aura toutes sortes de conséquences sociales et économiques, souligne le Conference Board.


Habitués de laisser aux enfants la responsabilité de s’occuper de leurs parents, les pays asiatiques sont notamment mal pourvus en matière de politique de retraite et les régimes qui existent sont sérieusement sous-financés. En Corée du Sud, cela a pour résultat que la moitié des personnes vivant sous le seuil de pauvreté ont 65 ans et plus.


Sur le plan économique, l’exemple japonais montre, entre autres, que le vieillissement de la population a pour effet de réduire l’épargne disponible et rend les pouvoirs publics plus dépendants des investisseurs étrangers. Mais la région devra surtout apprendre à se passer de l’un de ses deux facteurs de croissance depuis 30 ans (l’augmentation de la population) et espérer que l’autre (la productivité) compense.


On devra, notamment, prêter encore plus attention à la formation de la main-d’oeuvre, aux conditions de travail des femmes et à toutes les initiatives qui pourraient retarder les départs à la retraite. Au Japon, la moitié des travailleurs de 65 à 70 ans occupent ainsi toujours un emploi, tout comme le quart des travailleurs de 70 à 75 ans. Mais l’exemple japonais illustre aussi comment plusieurs pays asiatiques peuvent rester fermés à l’immigration même si celle-ci pourrait les aider à réduire le choc qui arrive sur eux à grands pas.

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