Portrait d’entreprise - Ancrée dans la tradition, tournée vers l’avenir

Selon Dany Bonneville, l’objectif des Industries Bonneville est maintenant de construire 1000 maisons usinées par année d’ici à trois ans.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Selon Dany Bonneville, l’objectif des Industries Bonneville est maintenant de construire 1000 maisons usinées par année d’ici à trois ans.

Traditionnellement dans les familles québécoises, les décisions importantes se prenaient autour de la table de la cuisine. Les Bonneville, qui possèdent et dirigent la plus importante entreprise de construction de maisons usinées du Québec, appliquent cette méthode de communication au sein de leur conseil d’administration. Quotidiennement, les administrateurs, tous des Bonneville, se réunissent le matin et le midi autour de la table de leur cuisine privée dans le bureau principal de l’entreprise à Beloeil, sur la Rive-Sud.

Les Industries Bonneville, société fondée en 1961 par le grand-père Paul-Émile, est maintenant dirigée par deux cousins de la troisième génération. Dany et Éric Bonneville sont coprésidents. Les autres membres du conseil sont leurs soeurs Marie-Josée et Bianca, l’une, directrice administrative, l’autre, directrice des ressources humaines. Les pères de ces quatre enfants représentent désormais la sagesse au sein du conseil et n’occupent plus de fonctions précises dans le fonctionnement quotidien de l’entreprise. « Les pères sont là le matin pendant l’été, avant d’aller jouer au golf », confie Dany Bonneville, chargé des ventes, du marketing et de l’administration. Éric a la responsabilité de la production, de la créativité et des nouveaux modèles de maisons, ainsi que du service après-vente.


Il n’y a pas d’actionnaire dominant, les coprésidents doivent forcément être toujours d’accord lors de décisions majeures. Cette entreprise familiale fonctionne d’ailleurs de cette façon depuis plus de cinquante ans. Paul-Émile Bonneville était mineur à Thetford Mines et vendeur des poêles L’Islet le soir, puis vendeur de maisons mobiles, ce qui l’a conduit à ouvrir un magasin de meubles et à acheter des terrains. Finalement, il a décidé de construire lui-même des maisons pour assurer le contrôle de la qualité. Ainsi a vu le jour son usine de Beloeil. « Notre grand-père n’avait qu’une troisième année, mais c’était un visionnaire très déterminé. On a conservé de lui le fait de ne pas s’arrêter devant les obstacles. » Le fondateur avait trois garçons et trois filles. Il y a eu des rachats d’actionnaires, et ce sont finalement deux frères qui sont devenus propriétaires.


« Ce n’est pas facile de faire durer une entreprise familiale pendant 50 ans. Il faut beaucoup de respect, de délicatesse et de patience pour réussir un transfert d’une génération à une autre. C’est beaucoup plus compliqué quand il y a de la famille là-dedans, parce qu’il y a toutes sortes d’émotions qui entrent en jeu. Pour que ça réussisse, il faut qu’il y ait des rachats d’actions, de la simplification à un moment donné, sans quoi l’entreprise devra être vendue à des gens de l’extérieur de la famille », mentionne Dany.


Croissance accélérée


Les deux frères de la seconde génération ont travaillé très fort pour que l’entreprise connaisse « une ascension fulgurante ». Puis, la troisième génération de Bonneville a pris la relève, il y a une quinzaine d’années. Dany, maintenant âgé de 47 ans, et son cousin Éric ont amorcé « un virage vers des produits de plus grande qualité et des modèles et styles de maison plus sophistiqués, à partir de beaucoup de recherches avec des architectes et des designers, pour montrer qu’on était devenus une référence ».


La croissance s’est encore accélérée. En 2012, Bonneville a doublé sa surface de production, du seul fait de l’acquisition de Maisons Alouette, une autre entreprise familiale qui en quarante ans avait construit plus de 20 000 maisons usinées et dont l’usine de fabrication est située à Sainte-Anne-de-la-Rochelle et le bureau principal à Granby. Bonneville fabrique déjà bon an mal an entre 500 et 600 maisons, qui sont vendues à un prix pouvant varier de 150 000 $ à un million. Depuis l’époque du grand-père qui construisait de modestes maisons à 15 000 $ et de la forte vague des bungalows à l’ère de la deuxième génération, les dirigeants actuels sont passés à « des modèles beaucoup plus compliqués, sophistiqués et recherchés, qui nécessitent des budgets allant de 500 000 $ à 700 000 $». Dans le passé, le client était un jeune couple qui voulait une première maison. Aujourd’hui, le client veut une première maison, ou une troisième, ou une maison pour sa retraite, ou une résidence secondaire, explique le coprésident. La plupart des clients sont de simples citoyens ou des familles, mais il y a aussi un certain nombre de promoteurs, par exemple l’ex-hockeyeur Patrice Brisebois qui possède 140 terrains à Mont-Tremblant et pour qui Bonneville est le constructeur exclusif.


1000 maisons par an


L’objectif des Industries Bonneville est maintenant de construire 1000 maisons usinées par année d’ici à trois ans, et pas seulement des maisons unifamiliales. La troisième génération s’intéresse aussi au marché des condos, mais toujours selon la formule des maisons usinées. Un premier immeuble multilogements de 24 condos existe déjà à Beloeil. Peu importe le modèle choisi, le client peut participer à son projet de maison ou alors tout confier au constructeur.


Quel est le chiffre d’affaires d’Industries Bonneville ? Cette information demeure tout à fait confidentielle. Dany Bonneville précise cependant que l’entreprise n’a aucune dette, même après l’acquisition d’Alouette, des investissements de 5 millions dans des terrains l’an passé, la construction d’un centre de design de 1,5 million et l’ouverture de six bureaux de vente depuis 18 mois, ce qui lui donne un total de 13 bureaux au Québec et deux autres en Ontario. Chez Bonneville, on ne fait pas la cour aux clients avec des catalogues, mais avec de vraies maisons en taille un peu réduite. Il y en a une vingtaine autour de bureau principal à Beloeil. Ailleurs, dans les bureaux régionaux il peut y en avoir trois ou quatre.


« La situation économique est bonne au Québec, mais il faut demeurer prudent. On voit des concurrents qui font faillite. On ne veut pas risquer cinquante ans de réussite pour un projet qui ne rapportera peut-être pas d’argent », dit Dany Bonneville, qui n’en demeure pas moins confiant pour l’avenir des maisons usinées, toujours construites au sec, sans pluie, ni froid, ni vent, ni humidité, ce qui est bon tant pour les matériaux que pour les employés qui deviennent alors beaucoup plus productifs que sur les chantiers extérieurs.


L’entreprise compte maintenant 300 employés et sous-traitants et elle est leader dans cette industrie au Québec. Il n’y a pas de données précises quant à sa part de marché, mais il y aurait une trentaine d’entreprises dans ce créneau, la plupart ne fabriquant que quelques dizaines de maisons. Le marché des maisons usinées n’est pas homogène pour l’ensemble du territoire. Il arrive que certaines régions connaissent un cycle de diminution, alors les autres se maintiennent, ce qui, dans l’ensemble, assure une certaine stabilité. Pour les années à venir, Bonneville s’intéresse beaucoup au marché du Grand Nord, d’où l’ouverture récente de bureaux à Val-D’Or, à Sept-Îles et à Chicoutimi.


Enfin, il y a une quatrième génération de Bonneville qui arrive à la vingtaine. Elle fait encore ses études, mais travaille aussi dans l’entreprise pendant les périodes de vacances. Encore faut-il que cette génération ait aussi « le goût » de poursuivre cette aventure familiale. Le temps le dira.


 

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