Zone euro - Bruxelles desserre la bride de l’austérité

Bruxelles — Bruxelles a décidé de desserrer la bride de l’austérité à certains pays de la zone euro, dont la France, en accordant vendredi des délais pour ramener les déficits publics dans les clous, après avoir dressé un tableau très sombre de l’économie européenne.

La Commission européenne s’est dite prête à accorder à la France un délai de deux ans, soit jusqu’en 2015, pour ramener son déficit public sous les 3 % du PIB, et a confirmé son intention de laisser aussi deux ans de plus à l’Espagne. Le déficit de la France devrait en effet atteindre 3,9 % cette année et 4,2 % l’an prochain, selon les nouvelles prévisions économiques de la Commission qui table aussi sur une récession cette année (-0,1 %) pour la deuxième économie de la zone euro.


« Étant donné la situation économique, il serait raisonnable de prolonger de deux ans le délai », pour revenir sous la barre des 3 %, a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, au cours d’une conférence de presse. Les prévisions du gouvernement français sont « excessivement optimistes », a-t-il jugé, enjoignant Paris à faire « des efforts beaucoup plus importants et urgents ».


L’Espagne devrait obtenir jusqu’à 2016 pour repasser en dessous des 3 %, ce qui reste une gageure compte tenu du déficit de 7 % prévu en 2014.


Pour les autres États membres de la zone euro, Bruxelles en reste au calendrier déjà défini. Elle envisage cependant d’accorder un an à certains d’entre eux, notamment les Pays-Bas.


Concernant l’Italie, qui vient de se doter d’un nouveau gouvernement, M. Rehn a promis une sortie de la procédure de déficit excessif si le pays parvient à rester durablement sous la barre des 3 % et met en oeuvre des réformes structurelles.


Selon les prévisions de la Commission européenne, le déficit public de l’Italie doit être de 2,9 % cette année et de 2,5 % en 2014. Mais le nouveau chef du gouvernement, Enrico Letta, a annoncé une série de mesures de relance qui ont été évaluées à quelque 10 milliards d’euros, et la Commission attend d’ici la fin du mois que Rome lui fournisse le détail des mesures prévues pour ne pas alourdir son déficit.

 

Chômage record


Ces gestes de bonne volonté de Bruxelles surviennent alors que les Européens sont divisés sur la marche à suivre face à l’impopularité croissante des politiques d’austérité, accusées d’avoir accentué la récession.


Confrontée à une demande intérieure en berne et à un chômage de masse qui touche 12 % de la population active, et affecte plus d’un jeune sur deux en Espagne et en Grèce, l’économie de la zone euro est morose.


« Nous devons tout mettre en oeuvre pour surmonter la crise du chômage qui frappe l’Europe en conséquence de la longue récession qu’elle a traversée. L’ensemble des politiques mises en oeuvre au niveau de l’UE met l’accent sur la croissance à long terme et sur la création d’emplois », a insisté M. Rehn, tout en invitant les pays à « intensifier » la mise en place de réformes structurelles « pour libérer la croissance européenne ».


Selon la Commission, la zone euro connaîtra cette année une récession plus importante que prévu, avec un PIB en repli de 0,4 % (contre - 0,3 % jusqu’ici).

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