Banque du Canada - Flaherty déjoue les observateurs

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, et le gouverneur sortant, Mark Carney, entourent le prochain patron de la Banque du Canada, Stephen Poloz.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le ministre des Finances, Jim Flaherty, et le gouverneur sortant, Mark Carney, entourent le prochain patron de la Banque du Canada, Stephen Poloz.

Le gouvernement fédéral a, une nouvelle fois, déjoué les attentes des observateurs dans le choix du gouverneur de sa banque centrale en jetant son dévolu sur Stephen Poloz comme successeur de Mark Carney.


Économiste avec 30 années d’expérience dans le milieu financier, dont 25 dans le secteur public, le président et chef de la direction d’Exportation et développement Canada (EDC) est loin d’être un inconnu. La grande majorité des experts et des observateurs donnaient cependant largement favori depuis des mois le numéro 2 à la Banque du Canada, Tiff Macklem.


« Nous avons mené un processus extrêmement rigoureux et avons cherché les meilleurs candidats à l’échelle mondiale, a déclaré le ministre des Finances, Jim Flaherty. Avec ses 30 ans d’expérience des marchés financiers et des principes de prévision et de politique économique, M. Poloz a une longue et brillante carrière dans les secteurs public et privé. »


Né à Oshawa, en Ontario, et âgé de 57 ans, ce titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Western Ontario est entré à EDC comme économiste en chef en 1999 avant d’en devenir le grand patron en 2011. Société d’État fédérale, EDC soutient et développe le commerce extérieur canadien en offrant notamment des prêts aux compagnies canadiennes ou à leurs clients étrangers. Il avait auparavant occupé différentes fonctions à la Banque du Canada, puis oeuvré 5 années au sein de la firme de recherche boursière montréalaise BCA Research.

 

Succéder à une superstar


Stephen Poloz doit entrer en fonction au début du mois de juin pour un mandat inamovible de 7 ans.


Choisi gouverneur à 42 ans après une fulgurante carrière au gouvernement et dans la haute finance privée, Mark Carney est rapidement devenu la superstar des banquiers centraux en raison de son esprit brillant, son franc-parler, et son rôle moteur dans la réforme des règles financières internationales. Il avait surpris tout le monde, en novembre, en annonçant son départ prochain, après seulement 5 années en poste, pour aller jouer le même rôle à la Banque d’Angleterre, à compter du 1er juillet.


La plupart des observateurs avaient rapidement conclu que son premier sous-gouverneur, Tiff Macklem, était le mieux placé pour lui succéder. Ce Montréalais, au parcours académique presque identique à celui de Stephen Poloz, s’était notamment fait valoir, au Canada comme à l’étranger, pour son rôle dans la gestion de la crise et l’élaboration des nouvelles règles financières.

 

Pas la première surprise


Ce n’est pas la première fois qu’Ottawa et le comité de sélection de la Banque du Canada déjouent les pronostics. Les candidatures des deux prédécesseurs de Stephen Poloz, David Dodge et Mark Carney, avaient aussi été largement sous-estimées à leur époque.


« Qui a dit que le monde des banques centrales était ennuyeux ? », ont réagi les analystes Benjamin Tal et Emanuella Enenajor de la Banque CIBC. Selon eux, les quelques années d’expérience de Stephen Poloz dans le secteur privé pourraient avoir joué en sa faveur, tout comme sa bonne connaissance du monde des exportations, un domaine sur lequel le gouvernement Harper compte de plus en plus pour stimuler la croissance.


« C’est une petite surprise, mais pas un choc », a dit pour sa part Douglas Porter, de la Banque de Montréal. Il ne s’attend pas toutefois à de grands changements de politique à la banque centrale.


Encadré par un Mark Carney rassurant et un Jim Flaherty content de lui-même, Stephen Poloz a affiché une prudence extrême pour sa première conférence de presse jeudi, ne dérogeant pas d’un iota des positions officielles de la banque. « Je n’aurai pas trop d’un mois pour me familiariser avec les différents enjeux », a-t-il fait remarquer.


Il a expliqué bien aimer avoir un contact direct avec la réalité, notamment celle des gens d’affaires. Il avait déclaré, il y a un an : « Je ne me fie pas trop aux économistes pour me faire une idée de la situation réelle. Je préfère aller sur le terrain et parler directement aux chefs d’entreprises et à leurs banquiers. »


Difficile retour à la normale


Il trouvera une économie canadienne essoufflée en raison du ralentissement de marché immobilier, de l’endettement des ménages, du tassement du prix des matières premières, et qui espère depuis longtemps une accélération de la reprise américaine.


Il devra notamment trouver le bon moment et la bonne façon d’entreprendre le long et délicat retour vers une politique monétaire plus normale, alors que la Banque du Canada garde son taux directeur à 1 % ou moins depuis janvier 2009.