Apple: un emprunt obligataire record

New York — Le groupe informatique américain Apple s’apprêtait mardi à réaliser un emprunt obligataire de 17 milliards, un montant record pour une entreprise, selon le Wall Street Journal qui cite des investisseurs proches de l’opération.

Avec ce montant, Apple dépasserait le laboratoire pharmaceutique Roche, qui était jusqu’ici le groupe ayant réalisé le plus gros emprunt obligataire avec un montant de 16,5 milliards en 2009, selon des données du cabinet Dealogic citées dans la presse. Apple n’avait toujours pas chiffré officiellement le montant de l’opération mardi soir, mais avait annoncé en matinée dans un document boursier une émission en six tranches, de durées allant de trois à trente ans.


Apple compte utiliser l’argent pour récompenser ses actionnaires et tenter d’inverser la chute de son cours de Bourse, qui même s’il a repris un peu de couleurs ces derniers jours (le titre a clôturé mardi en hausse de 2,9 % à 442,78 $US) reste inférieur de 37 % à son record de 702,10 $US enregistré il y a moins de huit mois.


Le groupe à la pomme a annoncé la semaine dernière qu’il portait de 45 à 100 milliards le montant total qu’il comptait consacrer d’ici fin 2015 au paiement de dividendes ou à des rachats d’actions. Apple n’avait pas vraiment besoin de lever de l’argent sur les marchés. Le groupe n’avait jusqu’ici aucune dette et affichait 145 milliards de liquidités dans ses comptes à fin mars. Mais une grosse partie des fonds se trouve dans des comptes à l’étranger et il a jugé plus avantageux d’emprunter que de les rapatrier.


« La dette est très bon marché en ce moment aux États-Unis et l’argent d’Apple à l’étranger rapporte probablement plus en intérêt que ce que l’emprunt va lui coûter. En plus, ramener l’argent aux États-Unis occasionnerait des taxes élevées, rendant l’opération encore moins attractive financièrement », explique à l’AFP Robert Enderle, un analyste spécialisé dans le secteur technologique.


« Cela a du sens sur le plan financier », reconnaît-il, s’interrogeant en revanche sur l’intérêt stratégique. « Cela va énormément affaiblir l’entreprise sur le long terme », prévient-il, rappelant que les liquidités en réserve d’Apple étaient censées lui servir dans les années de vaches maigres, et que les réduire massivement crée « un risque plus élevé de défaillance d’ici dix ans ».


Un autre analyste, Trip Chowdhry de Global Equities Research, se montre lui aussi sceptique. « La seule chose qui fera remonter l’action, c’est de l’innovation sur les produits », juge-t-il.


Trip Chowdhry critique aussi l’image que renvoie un groupe américain aussi important en préférant s’endetter plutôt que payer des impôts dans son pays. « Si c’était une petite entreprise, ça irait, mais pour Apple cela envoie le mauvais message, juge l’analyste. Ils feraient mieux d’utiliser l’argent qui est à l’étranger » et de payer des impôts dessus, contribuant ainsi à « créer des emplois, et même plus d’activité pour Apple » aux États-Unis.

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