Produits dérivés - Le G20 doit en faire plus, dit Mark Carney

Mark Carney: «Lors de la récente crise financière, les marchés des produits dérivés de gré à gré ont représenté une voie de contagion plutôt qu’une source de stabilité.»
Photo: Archives La Presse canadienne Mark Carney: «Lors de la récente crise financière, les marchés des produits dérivés de gré à gré ont représenté une voie de contagion plutôt qu’une source de stabilité.»

Le G20 a raté l’échéancier qu’il s’était fixé, dans le resserrement des règles de l’immense et obscur marché des produits dérivés, et il devra redoubler d’ardeur s’il veut atteindre son but, prévient le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney.


Les pays du G20 s’étaient accordés jusqu’à la fin de 2012 pour mieux encadrer ce secteur par lequel s’était transmise et amplifiée la dernière crise financière. « Bien que des progrès considérables aient été effectués […], une partie du travail a dû être reportée à 2013 », constate celui qui est aussi le président du Conseil de stabilité financière du G20 dans un article de la Revue de la stabilité financière de la Banque de France consacré à la question et publié lundi. La « priorité immédiate » devrait aller à l’éclaircissement des règles de dévoilement des transactions dans ce monde « opaque et interconnecté » afin que les autorités « comprennent mieux les caractéristiques des marchés » et puissent poursuivre la construction de leurs mécanismes d’encadrement.

 

639 000 milliards


Échangés sur les places financières ou de gré à gré, les produits dérivés sont des instruments financiers visant à se protéger contre les fluctuations du cours d’une marchandise, d’une devise, d’un titre de crédit, d’une action en Bourse ou même des taux d’intérêt. La valeur nominale des contrats de dérivés de gré à gré, conclus entre 72 des plus grands opérateurs, s’élevait à 639 000 milliards en juin.


« Lors de la récente crise financière, les marchés des produits dérivés de gré à gré ont représenté une voie de contagion plutôt qu’une source de stabilité », rappelle Mark Carney. L’opacité et la complexité de ce marché avaient empêché les banques de voir que les produits dérivés, qui étaient censés les assurer contre le risque de faillite de l’une des leurs, les reliaient toutes les unes aux autres comme un immense château de cartes.


Dans leurs promesses de réformes du système financier, les pays du G20 avaient notamment résolu de discipliner ce secteur, jusque-là largement laissé à lui-même, en améliorant notamment sa transparence, en réduisant son potentiel de risques systémiques et relevant la protection contre les abus du marché. Pour ce faire, on comptait, entre autres mesures : adopter de nouvelles règles nationales et internationales, encourager l’échange de produits standardisés sur des places financières munies de chambres de compensation, et obliger les transactions de gré à gré restantes à être, au moins, déclarées aux autorités et être accompagnées de garanties financières supplémentaires.


Incertitude


Si le travail d’élaboration des règles nationales et internationales se révèle bien avancé, celles portant sur les transactions de gré à gré « n’ont encore été mises en oeuvre dans aucun pays membre » du G20, constate Mark Carney. Cela se traduit par une grande « incertitude » sur les marchés financiers et une hésitation à s’engager plus avant dans de nouvelles pratiques. On sent aussi poindre de possibles divergences et chevauchements entre les différentes réglementations nationales. « Certes, il n’est pas facile pour les autorités des pays de décider des exigences appropriées, admet celui qui deviendra le gouverneur de la Banque d’Angleterre en juillet, mais il est impératif que cela soit fait le plus tôt possible ». Cela permettra de « fournir aux opérateurs des marchés les directives dont ils ont besoin pour opérer leurs propres ajustements », mais aussi de commencer à alimenter les organismes de réglementation de données qui les aideront à « mieux comprendre les caractéristiques des marchés, ce qui à son tour contribuera à faire avancer la rédaction des règles concernant d’autres volets de la réforme ».


Mark Carney invite à la confiance, mais aussi à la patience. « L’implantation de la réforme par tous les acteurs et sur l’ensemble des marchés et des territoires ne sera sans doute complétée réellement que dans quelques années. »

5 commentaires
  • Stéphane Doré - Inscrit 23 avril 2013 07 h 56

    Seulement 639 milliards ???

    M. Desrosiers, j'ai l'impression que votre chiffre de 639 milliards est incorrect. Bien que le montant soit énorme c'est un "pinotte" comparé à la somme du PIB des pays du G20. J'ai vu le montant de 750 trillions RT.COM. C'est 1000x plus mais selon moi plus réaliste, considérant que dans nos économies aujourd'hui la finance prend une portion démesurée de l'économie globale.

    Bonne journée!

  • Guy Massicotte - Inscrit 23 avril 2013 09 h 24

    Banque$$$

    Le personnage en photo n'est ni un élu, ni un membre du gouvernement. Il est le représentant d'un regroupement privé de banques privés aux intérêts privé de profit. Choisir de le montrer entouré de drapeaux canadien détourne le sens de sa fonction.

  • Éric Desrosiers - Chroniqueur 23 avril 2013 09 h 25

    C'est pas ma faute!

    M. Doré, ce chiffre est tiré directement de l'article de Mark Carney qui cite un rapport de la Banque des règlements internationaux (note de bas de page 4, page 13). Pour vous en convaincre, je vous invite à aller lire l'article eb format PDF à l'adresse suivante:
    http://www.ledevoir.com/documents/pdf/carney.pdf
    Cordialement.
    ED

  • Stéphane Doré - Inscrit 23 avril 2013 10 h 15

    Le document source

    M. Desrosiers,

    Bon, j'ai assez rapidement trouvé le document source en passant par le site de la Banque du Canada, puis celui de la Banque de France. La citation clé:

    The Bank for International Settlements (BIS) reported in June 2012 that the notional amount outstanding of OTC derivatives contracts, across seventy‑two major
    dealers in thirteen countries, was USD 639 trillion.

    Alors voilà. On parle bien de trillion.

    Admettons qu'il y ait eu une erreur de traduction si vous avez utilisez un document en français, j'ai tout de même peine de croire qu'un journaliste financier chevronné puisse passer par dessus une erreur d'un facteur 1000, sans enquêter.

    Veuillez vérifier vos sources plus à fond s'il vous plait.

    Merci!

  • Éric Desrosiers - Chroniqueur 23 avril 2013 11 h 37

    Cher M. Doré...

    Cher M. Doré,
    votre persévérance est tout à votre honneur. Je suis allé, à mon tour, dans le site web de la Banque de France pour trouver la version anglaise de l'article de Mark Carney, puis dans celui de la Banque de règlements internationaux (BRI) pour consulter le rapport qui y était cité. Vous aviez vu juste. Une erreur de traduction semble avoir été commise et le chiffre donné par la BRI est de 639 billions («trillions» en anglais) ou 639 000 milliards. Un rectificatif sera apporté dans les meilleurs délais.
    Pour le reste, si un document officiel, signé par le président du Conseil de stabilité financière du G20, citant l'organisme international chargé très précisément de superviser ce secteur très «obscur et complexe» (la BRI), et publié en français par la banque centrale de France, ne constitue pas, à vos yeux, une source d'information sur laquelle un «journaliste financier chevronné» devrait normalement pouvoir se fier dans sa couverture quotidienne, je me demande ce qu'il vous faut?
    En espérant que vous avez témoigné de plus d'indulgence dans le message que vous n'avez, sans doute, pas manquez d'envoyer aussi au pauvre auteur du texte dont je rapportais simplement le contenu, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney.
    Cordialement,
    ÉD