Portrait d’entreprise - Oeuvrer localement, penser globalement

Martial Vincent et Michel Farley ont métamorphosé une PME à l’agonie en une entreprise ultramoderne.
Photo: François Pesant Le Devoir Martial Vincent et Michel Farley ont métamorphosé une PME à l’agonie en une entreprise ultramoderne.

«La force de Varitron est d’être une petite société qui se cherche des partenariats. On est local, mais on pense global. C’est comme ça qu’on se démarque », expose avec enthousiasme et conviction Martial Vincent, chef de la direction et ami d’enfance de Michel Farley, qui en l’espace d’une vingtaine d’années a métamorphosé une PME à l’agonie en une entreprise ultramoderne qui a réussi à se faire une place dans un réseau technologique de haut niveau.

Le 21 février dernier, Varitron Technologies, qui est une firme d’assemblage de produits électroniques, annonçait un partenariat stratégique avec Adetel, un groupe français qui compte 600 ingénieurs et qui se spécialise dans la conception de systèmes électroniques critiques pour les applications de stockage d’énergie, d’électronique de puissance et de contrôle dans des secteurs majeurs : aéronautique, défense, sécurité, ferroviaire et médical. Une dizaine de ces ingénieurs sont déjà installés dans des locaux adjacents à ceux de Varitron sur la Rive-Sud, dans l’arrondissement de Saint-Hubert. L’un des marchés visés ici est celui des sociétés ferroviaires à qui on offre une technologie de récupération d’énergie générée lors du freinage.


Partenariats judicieux


Le 11 décembre 2012, Varitron rejoignait le groupe des partenaires du Centre de collaboration MiQro Innovation (C2MI), qui est un centre d’innovation de classe mondiale ayant pour mission d’accélérer la commercialisation des produits électroniques de prochaine génération et de permettre par ailleurs la réalisation de prototypes de microsystèmes répondant aux besoins du marché. C2MI est né en 2009 d’une collaboration entre l’Université de Sherbrooke et IBM Bromont, ce qui a permis d’obtenir un investissement initial de 218 millions. Parmi ses partenaires, on retrouve notamment Teledyne Dalsa, installée à Bromont et spécialisée en imagerie électronique ; l’un de ses clients est la NASA, pour des prises de vue uniques sur Mars. C’est aussi cette entreprise qui fait des caméras capables de prendre très rapidement des photos d’une plaque d’immatriculation et d’indiquer en même temps la vitesse de cette voiture.


Puis, en janvier 2012, Varitron est devenue le partenaire exclusif au Canada d’Asteelflash, un groupe français ayant un chiffre d’affaires de 1 milliard et 11 sites de production sur quatre continents. En vertu de ce partenariat, Varitron bénéficiera d’un accès privilégié à toutes les installations d’Asteelflash à travers le monde. M. Farley explique que « le contenu canadien, américain ou européen est de plus en plus important, le chinois aussi, et que, pour gagner des clients, il faut être capable de les accompagner partout sur la planète sans en faire les frais ».


Il avoue avoir appris cette leçon, il y a sept ou huit ans, lorsqu’un client lui a préféré un fournisseur chinois pour avoir accès à ce marché. En s’associant avec Asteelfash, Varitron a éliminé cette lacune : « Nous avons un partenaire en Chine, une compagnie française ; notre client peut aller en Chine, où il va trouver des gens qui lui parlent français. »


Ces partenariats prestigieux sont évidemment précieux, et même étonnants, quand on sait que Varitron n’est tout de même qu’une PME, dont M. Farley a fait l’acquisition en 2001 alors qu’elle n’avait que quatre employés. Aujourd’hui, elle en compte 250, répartis dans deux installations, soit 150 à Saint-Hubert et 100 à Granby. Son chiffre d’affaires est de 40 millions et son objectif est d’atteindre des revenus de 100 millions dans deux ans. Des discussions sont en cours en vue d’acquérir une autre usine aux États-Unis, dans le Maine ou le New Hampshire.


Trilliant, une « perle » pour assurer la croissance


Trilliant, un client qui génère présentement près de 50 % de ses revenus, lui a lancé un message : « Équipez-vous pour grandir. » Message bien reçu, puisque Varitron a obtenu l’an passé l’appui financier d’Investissement Québec avec une injection de 4 millions au capital-actions, ce qui lui donne une participation de 27 % dans l’entreprise. M. Farley demeure l’actionnaire principal. Quelques cadres supérieurs ont des participations minoritaires.


L’industrie électronique dans laquelle oeuvre Varitron est en quelque sorte emportée dans un mouvement perpétuel d’innovation. « La cible bouge tout le temps et on ne sait pas où ça s’en va. C’est comme à la chasse au canard : il faut tirer là où le canard se dirige et non pas où il est. Pour l’avenir, il faut être capable de cibler la perle », résume M. Farley. Il faut retenir que Varitron agit toujours comme un sous-traitant qui a pour rôle de fabriquer ou d’assembler des pièces électroniques pour des produits que ses clients vont mettre sur le marché. En plus d’une veille technologique constante, il faut aussi avoir du flair pour miser sur les entreprises et produits qui vont assurer le succès de Varitron.


Jusqu’à maintenant, M. Farley a eu ce flair, et sa « perle » la plus précieuse est Trilliant, un leader mondial dans les réseaux intelligents. L’un de ses produits dont on a le plus parlé au Québec est le compteur intelligent, qu’Hydro-Québec aurait pu acheter, mais auquel la société d’État a préféré un compteur fabriqué par une société concurrente suisse. Varitron oeuvre dans ce créneau depuis 14 ans et Hydro-Québec cherche à implanter le compteur intelligent depuis 10 ans. Quand un appel d’offres a été lancé, M. Farley a formé avec Trilliant un consortium dont la proposition n’a pas été retenue. Pour quelle raison ? « On n’était pas connus. Mais on ne connaît pas toutes les raisons. On demeure prêts à contribuer à ce produit qui actuellement est fabriqué au Mexique et au Vietnam. On peut faire concurrence. On a déjà battu l’Asie », répond Martial Vincent, en ne manquant pas de rappeler que le consortium Telliant-Varitron a obtenu d’importants contrats d’HydroOne en Ontario, ainsi que dans le Maine et en Grande-Bretagne. Pour sa part, M. Farley ne désespère pas de voir un jour les plaquettes assemblées par Varitron dans le réseau intelligent des compteurs d’Hydro-Québec. D’ailleurs, la PME entretient déjà certaines relations avec la société d’État, notamment par l’entremise de l’une de ses filiales, TM4.


Varitron compte actuellement une cinquantaine de clients. Outre sa présence importante dans le domaine des réseaux intelligents, le secteur militaire contribue à 30 % de ses revenus, mais pas pour des armes ou des munitions. Il s’agit plutôt d’outils utiles au soldat, par exemple en optique pour augmenter la vision dans la nuit. Dans l’industrie en général, les plaquettes assemblées chez Varitron se retrouvent dans une grande variété de produits, par exemple dans les thermostats électroniques pour le contrôle de la température dans les frigos. « Mais, avant longtemps ce sera beaucoup plus que ça. On va se servir de ces réseaux pour avoir des maisons intelligentes. Ce sera beaucoup plus que de prendre une lecture des compteurs d’électricité et de l’envoyer à Hydro-Québec sans avoir à marcher dans la rue », ajoute M. Farley, qui par ailleurs a l’ambition de contribuer encore plus au développement de l’industrie électronique, dans ce qu’il appelle « l’axe de l’autoroute 10 », entre Longueuil et Bromont, avec IBM Bromont comme moteur principal.



Collaborateur