G20 - Endettement: le Canada veut des cibles explicites

Les ministres des Finances du G20 se réunieront en septembre à Saint-Pétersbourg, en Russie.
Photo: Agence France-Presse (photo) Olga Maltseva Les ministres des Finances du G20 se réunieront en septembre à Saint-Pétersbourg, en Russie.

Le Canada tient mordicus à ce que les pays développés se fixent des cibles explicites de réduction de leur niveau d’endettement.

Le ministre des Finances canadien, Jim Flaherty, ne se formalisait pas trop, vendredi, du fait que ses homologues du G20 ne soient pas encore prêts à se donner de telles cibles. Leur communiqué final, dévoilé au terme d’une réunion de deux jours à Washington, s’est contenté de réitérer la promesse de l’été dernier, au Sommet de Los Cabos, au Mexique, d’accoucher de « stratégies de réduction de leur endettement à moyen terme » pour le prochain Sommet des dirigeants du G20 qui se tiendra à Saint-Pétersbourg, en Russie, en septembre. « Pour être franc, la formulation aurait pu être plus forte, mais c’est suffisant pour continuer à avancer vers le Sommet de Saint-Pétersbourg », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse téléphonique.


Le Canada tient néanmoins à ce que les pays se donnent des « cibles fermes » au chapitre du niveau d’endettement par rapport à la taille de l’économie. « Ça doit être à chaque pays de décider de sa cible, parce que chacun fait face à des situations différentes. Certains pourront être plus ambitieux que d’autres. Mais je crois que le G20 devrait fixer des cibles minimales. »

 

Discipline budgétaire


Jim Flaherty a de nouveau cité son pays en exemple pour sa discipline budgétaire. « Le Canada est un modèle en la matière », a-t-il dit en se référant notamment à l’objectif d’Ottawa de retour à l’équilibre budgétaire pour 2015. « Presque cinq ans après le début de la crise financière, il y a eu quelques progrès, mais la croissance économique mondiale reste modeste, a-t-il ajouté. On ne peut pas se permettre d’être complaisant. »

 

Débats internes


Les dirigeants du G20 s’étaient engagés, lors du Sommet de Toronto en 2010, à diminuer d’au moins de moitié leurs déficits budgétaires pour 2013 et à avoir stabilisé ou réduit leur ratio d’endettement par rapport au produit intérieur brut (PIB) « pour 2016 ». Leurs ministres des Finances avaient réitéré la promesse de cibles d’endettement/PIB explicites pour « après 2016 ».


La grande prudence du communiqué final du G20 sur la réduction de l’endettement trahit les différences de réalité et de points de vue sur la question des mesures d’austérité. Il est essentiel de préserver la viabilité budgétaire dans les pays développés, se contente-t-il d’indiquer sans préciser quelle voie est la plus appropriée.


La dissension sur la question n’a pas faibli en Europe. Alors que le ministre français de l’Économie, Pierre Moscovici, appelait à ne pas « ajouter l’austérité à la récession », son homologue allemand continuait de camper sur ses positions d’orthodoxie budgétaire.


« La réduction des déficits dans la zone euro doit se poursuivre, a déclaré Wolfgang Schäuble. Les Européens sont en voie de résoudre leur problème. Et cela prend du temps avant qu’ils ne renouent avec la croissance. » Dans un entretien dans la presse allemande, il a même appelé la Banque centrale européenne à limiter le montant des liquidités en circulation dans la zone euro, au risque de resserrer les conditions de crédit.


Redoutant, quant à lui, une « fatigue de l’austérité », le secrétaire au Trésor américain, Jacob Lew, a salué « le débat » en Europe sur « le recalibrage du rythme de l’assainissement budgétaire » et a de nouveau appelé les économies en excédent budgétaire à davantage stimuler la demande intérieure.

 

Qu’est-ce qui est trop ?


La question du ratio dette/PIB a donné lieu à un débat enflammé entre des experts, cette semaine, après que des universitaires eurent remis en cause les conclusions d’une influente étude sur le sujet publiée en 2010 par deux économistes de renom. Réalisée par les professeurs de l’Université Harvard Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, cette étude rapportait que les pays développés, qui avaient, par le passé, accumulé un endettement supérieur à 90 % de leur PIB, avaient connu des récessions moyennes de l’ordre de -0,1 %.


Or, disent maintenant des économistes de l’Université du Massachusetts, si Rogoff et Reinhart avaient fait leurs calculs comme il faut, ils auraient plutôt trouvé que ces pays endettés ont connu, non pas des récessions, mais une croissance moyenne de 2,2 %.


Publiée en pleine crise des dettes souveraines en Europe et aux États-Unis, l’étude Rogoff et Reinhart avait été largement reprise par la suite par les experts et les gouvernements comme justification aux politiques d’austérité.


Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le ratio dette/PIB devrait atteindre cette année 86 % au Canada et en Allemagne, 108 % en France, 110 % au Royaume-Uni, 100 % en Espagne, 113 % aux États-Unis, 193 % en Grèce et 224 % au Japon.


Avec l’Agence France-Presse

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